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Une minute de lecture

La nuit aurait pu apporter un léger repos si les étoiles n’étaient ces appareils ennemis, si le chant n’était ce dernier coq du village où le peuple prend refuge, et si le coq d’abord n’était pas déjà mort, dévoré par tous. Il faut imaginer de pauvres maisons sur roulette, ni école ni église, rien de sacré dans les bagages ; il faut entendre ce silence où plus aucun hymne ne résonne sinon confusément du bout des lèvres des plus vaillants, c’est-à-dire de plus personne à présent. Et pourtant ça chante. L'âme de l'Arménie est quelque part autour, elle nous entoure.

Ces enfants lâchées au bord de la route avec la peur plus grande encore que la faim au ventre, forcées d’être femmes quand les hanches ni rien de saillant n’existent, les seins à peine plus gros qu’une bouche de nourrisson.

Les pères sentent (sans vraiment comprendre) qu’il vaut toujours mieux que leurs filles dorment mal (viol) car mariage veut dire pain, eau tous les matins et peut-être qu’avec le temps une certaine tranquillité dans l'habitude, au moins une résignation calme dans ces jours qui se ressemblent... que de continuer à endurer cette marche meurtrière.

Quand on a faim, on ne pense pas, on ne pense plus. On ne pleure plus. C’est une marche meurtrière, physiquement, psychologiquement, meurtrière. La grand-mère d’Areve était une ces femmes qui traversa la mer Rouge et qui lui parlait de la misère de son peuple qui fut grand — et qui le demeure. Areve, ma fille, sois fière ! Tu es une Arménienne.

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