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Isaac lisait beaucoup et sans plus se faire d'illusion : il ne serait jamais célèbre, persévérerait malgré tout. Non pas pour le plaisir de lire, c'était une torture, mais pour le plaisir seul de s'instruire. Et de s’élever. Cultivé, il l'est donc devenu aux yeux de tous (aussi parce que le niveau ambiant, à l'évidence, était d'une médiocrité hallucinante). Il lui répugnait de tourner ces cinquante pages le matin, or il ne se servait d'aucun prétexte qui était alors quotidien, mal de tête, irritation à la gorge, douleur au ventre, problème de vessie... pour ajourner le beau travail. Il faisait.

Son père détestait le voir lire : il craignait pour sa virilité. C'est pourtant le livre, la culture qui permit à Isaac de s'attirer les faveurs du sexe opposé. Les faveurs n'étaient pas immédiatement sexuelles. C'était d'abord une affaire de simple curiosité entre gens qui ont du goût. Mais très vite, bien entendu, la conversation dérivait sur une envie de fouiller l'intimité de l'autre.

Que penses-tu de la phrase de Valéry : "Ce qu'il y a de plus profond en l'homme, c'est la peau" ? Aimes-tu les massages ? Et Voltaire, qu'en penses-tu ? Que fais-tu au milieu de la nuit quand tu ne dors pas ? Suis-je la plus belle ? T’arrive-t-il de m’imaginer sous la douche ? Et pourquoi alors... dans ces moments-là... ne me touches-tu pas ?

Areve lui posait un tas de questions et n'attendait pas spécialement les réponses ou du moins ne les écoutait-elle pas toujours. Isaac entreprit de lui plaire dès le commencement. Il l'aimait, mais ne comprenait pas au juste ce qu’il aimait ; il adorait en tout cas le mystère de son entrejambe qu'elle entretenait sans peut-être le savoir, qui offrait un champ de recherche admirable du corps féminin et un trésor absolu de souvenirs ! Devenir sienne, tel était du moins l’objectif.

Elle se donnait entièrement à lui, s'oubliant vraiment plus d'une fois, cependant que lui ne se laisserait jamais deviner ni par elle ni par personne ; aussi bien serait-il une énigme pour lui-même jusqu'à la fin de cette drôle de vie. Chef-d'œuvre d’intelligence pratique, et les femmes s’en souviendraient, Isaac sentait, devenait cette fleur noire de la divinité qui voudrait s’incarner, se venger pour tout l’amour gaspillé et les offenses impossibles à pardonner.

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