Chapitre 15 : CYLIA

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Laisser un homme que l’on fréquente depuis quelques semaines vous suivre, vous plaquer contre le mur, vous doigter en public et enfin jouir dans votre culotte, est-ce socialement acceptable ?

C’est en tout cas la question philosophique que se pose Will qui n’en revient toujours pas de ce que je lui ai raconté. Moi non plus, à vrai dire. J’ai attendu samedi après-midi pour lui en parler, car bien avant minuit, il était trop torché pour écouter quoi que ce soit. De mon côté, je n’ai pas pu reboire une goutte d’alcool, stupéfaite que j’étais de cette entrevue qui m’a semblée irréelle.

— Ce mec est quand même vachement lunatique. En milieu de semaine il te répond sèchement en te faisant passer pour une gamine au sujet de… à quel sujet d’ailleurs ?

— Je ne sais pas, je n’ai moi-même pas bien compris.

— Bon peu importe. Et après, il te propose de venir le rejoindre en week-end romantique, comme s’il n’avait pas été désagréable la veille, et se vexe quand tu déclines. Ensuite il te traque à ta soirée où il te fait une scène de jalousie, te doigte contre un mur avant de prendre salement son pied. Et de te déclarer sa flamme, au passage.

Dit comme ça, ça donne un peu le tournis. Il est spécial, j’avoue.

— Je ne suis pas bien sûr non plus que traiter sa petite amie de « petite conne » pour lui avouer qu’on tient à elle soit dans la norme, ajoute Will, dubitatif.

Je le reconnais. Je ne sais pas si j’ai bien fait de lui raconter cela aussi. J’ai l’impression de donner une mauvaise image d’Anthony, alors qu’il vient tout juste de s’ouvrir et de me révéler en partie ce qu’il ressent.

— Dans « L’amour dure trois ans », me rappelé-je, Beigbeder a dit que ce qui est inquiétant en amour c’est quand on commence à se donner des petits surnoms débiles, et qu’on arrête d’être comme dans un porno où on peut se dire : « Je vais baiser ta bouche, espèce de petite pute ! ».

— Donc, vous semblez sur le bon chemin, résume Will en ricanant. Et puis, si ça dure trois ans, ce sera toujours bien plus que tout ce que tu as vécu en cumulé.

Je pouffe de rire.

— Petit con !

Will jette un Efferalgan dans son deuxième café. Je fais la grimace, mais pas autant que lui quand il avale l’infâme potion. Il doit se taper un sacré mal de crâne, vu son état de la veille. A trente-deux ans, il commence à avoir du mal à récupérer après une cuite. Il se frotte le visage, et sa repousse de barbe fait un bruit très léger de crépitement.

— Tu sais, Cylia, je vais l’avoir à l’œil, ton lascar, m’annonce-t-il soudain.

Je hausse les sourcils, étonnée.

— Mais pourquoi tu dis ça ?

— Parce que comme je te l’ai dit la semaine dernière, je suis très heureux que tu sortes avec quelqu’un mais je ne voudrais pas que ça dégénère. Je me méfie des hommes jaloux et possessifs. Et j’ai un peu l’impression qu’il essaye de prendre l’ascendant sur toi.

Je hausse les épaules.

— Je gère, ne t’en fais pas.

— Mouais. Fais gaffe, quand même.

Je hoche la tête avec un sourire. Intérieurement, je commence à me dire que je ferais peut-être mieux d’en raconter un peu moins à Will. J’apprécie son soutien mais à l’entendre, c’est comme si je ne faisais jamais comme il faut. Trop longue à la détente, trop rapide, pas assez spontanée, trop farouche, pas assez prudente, etc. Je n’aimerais pas qu’il essaye de contrôler ma vie et mes relations.

* * * * *

La maison d’Anthony est située à la périphérie sud-ouest de la ville, et pour s’y rendre, quand on n’a pas de voiture comme moi, c’est vraiment la chiotte. Surtout un 1er de l’an, où le service est réduit au strict minimum. Ça va être une vraie galère pour être à l’heure chez lui. En plus, la nuit ne va pas tarder à tomber.

En me voyant étudier le plan du réseau urbain, Will a levé les yeux au ciel.

— Tiens, m’a-t-il dit en me tendant sa clé de voiture. Tu me fais de la peine, là.

J’ai accueilli ce prêt comme le Saint Graal, tout en l’embrassant sur la joue. Ô joie, ô bonheur ! Avoir son propre véhicule est un luxe auquel j’ai dû renoncer il y a deux ans suite à un méchant accrochage qui a ruiné ma pauvre Fiat Punto. Je n’avais même pas fini de payer le crédit. J’ai donc choisi de me mettre aux transports en commun, bénéficiant malgré tout de la Mégane 3 de Will, de temps en temps.

Alors que je roule vers le sud-ouest de Strasbourg, je savoure le fait d’être bien au chaud et de traverser des rues calmes et peu fréquentées. Tout le monde se remet tranquillement d’une nuit agitée. J’ai le trac de rejoindre Anthony. S’il m’impressionnait avant que nous n’ayons des contacts physiques, c’est encore pire désormais. Son attitude magnétique et son assurance sans limite me désarçonnent et me font frissonner, tout autant qu’elles m’attirent et m’excitent.

Je suis encore en train de me demander ce que je vais dire ou faire en arrivant, quand le GPS me fait emprunter une allée privée, bordée de lauriers tins. Au bout de l’impasse de ce quartier résidentiel moderne, une grande esplanade permet de se garer, au pied d’un haut portail en aluminium anthracite. Les murs crêpis de beige, hauts de plus de deux mètres cinquante, ainsi que l’interphone à caméra et la plaque de l’entreprise gérant l’alarme, annoncent de suite la couleur : Anthony Laplagne tient à préserver son intimité et aime se sentir en sécurité chez lui.

Je sonne, et presque aussitôt, un déclic se fait entendre. Le portail ne s’entrouvre, juste assez pour me laisser passer. A croire qu’il m’attend de pied ferme. Et de fait, Anthony se dresse dans l’encadrement de la porte d’entrée de la grande maison contemporaine. Avec son look casual et ses mains dans les poches, il a l’air décontracté. Et sexy, comme toujours. Mais ses yeux se posent sur moi, comme le loup regarderait l’agneau. Je déglutis. Respire, ma grande, c’est juste ton mec ! Je lui souris, et hésite, à quelques pas de lui.

— Tu ne me dis pas bonjour ? me demande-t-il, amusé.

— Bonjour, fais-je timidement.

Son sourire s’élargit. Pour un peu, mon imagination me jouerait des tours et me donnerait l’illusion qu’il se pourlèche les babines.

— Je suis sûr que tu peux faire beaucoup mieux que ça, déclare-t-il, l’œil pétillant.

Je m’enhardis et franchis le peu de distance qu’il reste entre nous pour déposer au coin de sa bouche un baiser. Un effleurement, léger comme un papillon, du bout des lèvres. Je sais qu’il aime ma douceur. Il s’est rasé, comme d’habitude. Il sent bon. J’aime son parfum, son odeur de mâle toujours propre, même quand il transpire.

— Bonjour, soufflé-je.

— Hum, apprécie-t-il. Te montreras-tu aussi douce entre mes draps ?

Je me mordille la lèvre. N’en a-t-il pas eu assez hier soir ? Le voilà qui parle à nouveau de sexe alors qu’il ne m’a pas encore invitée à entrer.

— Ça dépend de toi.

— De moi ? répète-t-il, comme si j’avais dit une bêtise.

— Si tu es doux également.

Il caresse ma joue.

— Je peux me montrer doux, tu le sais. Ou beaucoup plus… dur, déclare-t-il en serrant mon menton. Et ça, ma belle, ça ne dépend que de toi et de l’effet que tu me fais.

Je me sens rougir. L’espace d’un moment, je me demande si je ne devrais pas faire demi-tour, plutôt que d’entrer dans le château de Barbe-Bleue. Mais le fait est que son aura est le plus puissant des aphrodisiaques, et que je ne saurais y résister.

Anthony s’efface et m’invite à entrer. Il me fait ensuite visiter sa maison. Outre un séjour aussi grand que l’appartement que je partage avec Will et une cuisine ouverte équipée d’appareils électroménagers dernier cri, il y a une pièce vide – une future chambre d’amis, me précise Anthony – et une salle de bain, ainsi qu’un bureau. A l’étage, je découvre trois chambres, dont une seule est meublée, façon suite parentale avec une salle de bains qui me fait pâlir d’envie. Une troisième salle d’eau, équipée uniquement d’une douche, d’un petit lavabo et d’un WC – le troisième de la maison également – complète l’ensemble.

— Je n’utilise pas cette pièce, m’avoue Anthony.

— Et tu vis dans cette grande maison tout seul ?

— Comme tu le vois. Je n’ai pas d’épouse cachée dans un placard.

La décoration est soignée, épurée, presque austère, même. Un peu à l’image de son propriétaire, élégante et pas forcément très chaleureuse. Il manque un peu de couleur. Une touche féminine serait la bienvenue.

— Tu ne te sens jamais seul ?

— Non. Je me supporte tout à fait sans avoir besoin de rechercher de la compagnie.

Au sous-sol, couvrant toute la surface de la maison, je découvre un double garage, une buanderie, une pièce pour le bricolage équipée d’un établi, et une salle de sport. Banc de musculation, tapis de course, vélo elliptique, barre de traction, sac de frappe, haltères, corde à sauter… Il y a tout ce qu’il faut pour s’entraîner comme un champion. Je ne peux m’empêcher d’être admirative.

— C’est mon défouloir, m’explique Anthony en haussant les épaules.

— Je comprends mieux d’où te viennent ce physique et cette endurance…, commenté-je en caressant nonchalamment la selle du vélo.

Je le fixe avec ce qui se veut être un regard coquin. Dans ma tête, j’ai l’impression d’avoir une attitude plutôt séductrice, mais en réalité ça ne semble provoquer aucun émoi chez Anthony qui me regarde comme s’il attendait que j’aie fini mes bêtises.

— Je vais te montrer le jardin et la piscine, dit-il en repartant ver l’escalier, me laissant plantée comme une godiche qui caresse la partie phallique d’une selle de vélo.

OK, j’ai l’air ridicule, visiblement ! J’ai un peu le sentiment que je n’ai pas de prise sur lui, en termes d’excitation. Si ça vient de moi, ça ne lui fait pas d’effet. Je mets ça sur le compte de son côté plutôt dominant.

La piscine, couverte et éclairée de bleue, et le jardin parsemé de lumières sont splendides, même de nuit. Je pourrais facilement tomber amoureuse de cette maison, autant que du chalet. Et de leur propriétaire, un jour peut-être, s’il me met plus à l’aise.

Anthony ouvre une bouteille d’un vin moelleux et m’invite à préparer les toasts pour le foie gras.

— Pour fêter la nouvelle année, me dit-il. Ne va pas croire que c’est Byzance tous les jours avec moi. Je mène une vie plutôt équilibrée.

Je crois qu’il a compris qu’outre notre écart d’âge, je suis parfois mal à l’aise face à notre différence de niveaux de vie. Il tend son verre pour trinquer.

— A cette nouvelle année ! proposé-je dans un léger « Tchin ! ».

— A nous, résume-t-il en portant le verre à ses lèvres.

Nous échangeons quelques banalités, moi assise sur le canapé, et lui assis à même le tapis, me faisant face. La table basse en verre nous sépare, et ça me semble un rempart sécuritaire tant que je n’aurais pas fini ce premier verre pour me détendre un peu.

Nous ne parlons pas de la soirée d’hier et je me garde bien d’aborder le sujet. Il ne peut pourtant pas faire comme s’il ne s’était rien passé. Moi non plus, d’ailleurs. L’instant était osé, indécent. Troublant.

— Quelles sont tes bonnes résolutions pour cette année ? me demande soudain Anthony, interrompant le défilé de mes pensées.

— Je ne suis pas posé la question, encore.

— Mais moi, je te la pose.

Je réfléchis. Je ne fume pas. Je ne bois pas. Enfin, pas trop. Je ne me ronge pas les ongles.

— Et bien, en général les années précédentes, c’était d’arrêter de sortir avec des toquards.

— Problème déjà résolu, rétorque-t-il, comme s’il était la solution miracle à tous mes maux. Quoi d’autre ?

— Faire du sport. Parce que… enfin, tu vois bien, quoi.

Je ne suis pas très à l’aise sur ce sujet. Il plisse les yeux.

— Je vois quoi ?

— Ben… ça, dis-je en désignant mon ventre rebondi, mes hanches et mes cuisses rembourrées.

— Moi, j’aime ton corps, me dit-il. Il ne plait peut-être pas à tout le monde, mais à moi, si.

Je n’ai pas dit qu’il ne plaisait pas aux autres, j’ai essayé de dire que je n’en suis pas forcément satisfaite. Décidément, il a l’art de poser des phrases à la fois maladroites et pleines d’assurance. C’est déconcertant.

— Enfin bref, tout le monde prend cette bonne résolution, s’inscrit à la salle de sport, y va trois semaines et abandonne.

— Les gens ont peu d’ambition et de persévérance, réplique-t-il.

— Et toi, quelles sont tes bonnes résolutions ? demandé-je pour couper court à ce sujet désagréable.

— Je n’en ai pas. J’ai déjà une hygiène de vie irréprochable. Et j’ai déjà arrêté de fréquenter des trainées insignifiantes.

— « Trainées insignifiantes », répété-je. Carrément !

Il rit.

— Il faut appeler un chat, un chat ! Je t’ai rencontrée, maintenant. Et je fonde beaucoup d’espoir sur toi, ajoute-t-il plus sérieusement. J’espère ne pas être déçu.

— Tu me mets la pression, dis-je en essayant de prendre les choses à la rigolade malgré l’intensité de ses propos et de son regard.

— Tu sais parfaitement encaisser. Et je dis les choses telles qu’elles sont, c’est tout.

Je bois une gorgée de vin. La dernière de ce premier verre. Il va m’en falloir un deuxième, c’est certain. D’ailleurs Anthony se lève aussitôt pour aller nous resservir.

— La voiture qui est dehors, c’est la tienne ?

— C’est celle de Will. La mienne, il y a longtemps qu’elle a été transformée en petit cube.

— Tu n’en as pas racheté ?

— Je n’ai pas les moyens.

Anthony pose nos verres remplis sur la table basse, puis se rassois au même endroit.

— Tu devrais travailler pour moi, Cylia.

Je manque de recracher le vin. J’ai dû mal comprendre.

— Si tu travaillais dans mon entreprise, explique-t-il devant mon air ahuri, tu aurais de nombreux avantages. Outre une pénibilité moindre, je pourrais te fournir un véhicule de fonction. Et un bien meilleur salaire pour pouvoir te racheter une voiture par la suite.

­— Parce que tu connais mon salaire actuel ? lui demandé-je, un brin moqueuse.

— Quel que soit le montant, je suis absolument certain de pouvoir t’offrir mieux que ça, rétorque-t-il sèchement.

Je crois qu’il n’apprécie pas quand je ne le prends pas au sérieux. Je fronce les sourcils.

— Je suis en train de te faire une proposition d’emploi, là, me précise-t-il.

— Mais comment ça ?

— J’ai un poste de secrétaire et hospitality manager à pourvoir.

Je le regarde avec encore plus d’incompréhension.

— Mais… je n’ai aucune formation en secrétariat, bredouillé-je. Et je ne sais même pas ce que veut dire l’autre terme.

— Hospitality manager ? Responsable d’hébergement.

— Et… euh… concrètement ?

— C’est une personne qui gère les hébergements lors de conventions ou de congrès, par exemple. Mais ça ne se limite pas à ça. En gros, je cherche une personne capable de gérer les plannings de déplacements de mes collaborateurs, et les miens. Réserver vols, voitures, trains et hébergement. Quelqu’un capable de m’assurer un reporting régulier et de gérer également la partie événementielle de l’entreprise. Nous organisons parfois des soirées pour nos clients, comme celle qui a eu lieu dans ton bar.

Je n’arrive pas à défroncer les sourcils, même si je l’écoute attentivement.

— Mais je n’ai jamais fait ce genre de choses, pourquoi penser à moi pour ce poste ?

— Et bien, tu m’as l’air d’une fille intelligente, tu sembles apprendre vite et t’adapter facilement au changement. Je t’ai déjà vu réagir de façon très pro et mesurée face à des situations difficiles.

Je fais la grimace à l’évocation des circonstances de notre première rencontre. Il n’a pas tort, cependant, je suis restée stoïque malgré le problème.

— Tu as un bon relationnel et le sens de l’organisation, tu l’as prouvé aussi avec ton travail au bar. Tu es à l’écoute et tu cherches toujours la meilleure solution pour répondre aux attentes de tout le monde. Pour moi, ce sont les qualités recherchées pour le poste que je te propose.

— Attends, ce n’est pas le candidat qui est censé se vendre ? lui dis-je en riant.

Anthony me regarde avec le plus grand sérieux :

— D’habitude, oui. Mais là, c’est moi le chasseur de têtes.

Je cherche mes mots.

— Ecoute Anthony, j’apprécie énormément que tu penses que j’ai les qualités que tu énonces pour ce poste, mais…

— Mais quoi ? Tu ne veux pas d’un travail moins pénible, mieux payé, plus stimulant ? Dans un cadre de travail agréable, sans client bourré qui cherche à te mettre la main au cul ? Sans oublier les horaires de travail qui seraient en journée, et donc te laisseraient tes soirées et tes week-ends entièrement libres. Ça veut dire plus de temps pour toi. Et donc plus de temps pour nous.

Vu sous cet angle…

— Il est certain que ta proposition est très alléchante. Mais tu n’as jamais entendu parler de la règle du « No zob in job » » ?

Anthony se marre.

— Oh si, et je t’assure que parfois d’ailleurs il a été compliqué de la respecter avec certaines collaboratrices un peu trop… ambitieuses.

— Et bien moi je ne serais pas à l’aise avec l’idée de coucher avec le patron.

— Premièrement, le patron c’est mon père, même si je serai effectivement ton boss. Deuxièmement, nous ne sommes pas censés coucher ensemble sur notre lieu de travail. Non pas que l’idée me déplaise, Cylia. Car je suis certain que si j’étais moins sérieux au travail, j’adorerais venir glisser mes mains sous ton chemisier avant de te prendre sur la photocopieuse.

C’est moi qui me mets à rire.

— Abus de pouvoir et harcèlement sexuel au travail. J’imagine déjà les gros titres dans le journal, Monsieur Laplagne !

— Puisqu’on parle de harcèlement sexuel…

Anthony se déplace jusqu’à moi et je reconnais de suite son œil de prédateur. A genoux devant moi, il écarte mes cuisses et je me laisse faire, le cœur battant déjà la chamade. Il embrasse mes collants d’hiver noirs, en remontant lentement vers mon entre-jambes.

— Hier soir je n’ai pas pu te visiter entièrement, mais j’entends bien corriger ça maintenant.

Avant que je n’ai pu l’en empêcher, il déchire soudain le nylon de mes collants, créant une large ouverture au niveau de mon sexe, qu’il dénude en écartant ma lingerie.

— Oh putain, murmuré-je, abasourdie par cette nouvelle démonstration de sa perversion.

— Ne sois pas grossière ! me tance-t-il sévèrement avant de plonger son visage entre mes cuisses.

Je pousse un cri de surprise, galvanisée par son désir, et je retiens difficilement un autre juron. Sa bouche chaude me caresse et je me mets à gémir. Il me pousse en arrière, m’obligeant à m’allonger sur le canapé, pendant que sa langue me pénètre.

— Très bientôt, me chuchote-t-il en redressant la tête, c’est toi qui me rendras la pareille.

Je ne demande pas mieux. Mais jusqu’à maintenant, je n’ai pas eu voix au chapitre lors de nos parties de jambes en l’air. C’est lui qui décide de tout, et il me fait tourner la tête bien avant que j’ai eu le temps de comprendre ce qui m’arrive.

— Quand… Quand tu veux, murmuré-je entre deux gémissements.

— Exactement, réplique-t-il, quand je le voudrai. Tu apprends vite.

Il se redresse et fouille dans la poche de son pantalon. Il en ressort un petit emballage argenté qu’il ouvre avec une dextérité fascinante. Paré de son capuchon de latex, il me fait languir encore un peu.

— Promets-moi que tu vas réfléchir très sérieusement à ma proposition, ordonne-t-il.

Je réponds précipitamment, juste pour qu’il cesse de me faire attendre de cette façon.

— Je vais y réfléchir.

C’est tout ce qu’il avait besoin d’entendre avant de s’enfoncer brutalement en moi.

* * * * *

J’ai repris le travail, Will aussi, et Anthony aussi. Il a beaucoup de projets et nous nous voyons moins. Il ne vient plus tous les soirs me voir au pub après le bureau. Et il m’a déjà demandé à trois reprises si j’avais réfléchi à sa proposition. Janvier s’étire et il s’impatiente.

— J’y ai réfléchi, mais je me sens bien dans ce que je fais, dis-je un soir où il me raccompagne au pied de mon immeuble. L’équipe est comme une famille pour moi, on rigole beaucoup, il y a une bonne ambiance.

Et puis travailler sous tes ordres m’inquiète un peu.

— La vie ne peut pas être qu’une bonne tranche de rigolade, Cylia, il faut voir un peu plus loin que ça.

— Mais c’est important aussi de se lever le matin et d’être motivée par ce qu’on fait, argumenté-je.

— Motivée pour servir des bières à des poivrots ? Tu te fous de moi, Cylia ? Je te propose un poste en or pour essayer de te sortir de ce bar miteux et que tu retrouves un cadre de travail décent, et toi tu fais la fine bouche !

Il a l’air de très mauvaise humeur ce soir.

— Ce n’est pas ce que je voulais dire. J’apprécie ta proposition, mais je ne suis pas à l’aise avec l’idée de travailler au même endroit que toi. J’ai peur que ça nuise à notre relation.

Il s’arrête. Il me regarde comme si j’avais dit une énorme bêtise. Puis il expire un grand coup, exhalant un nuage de buée dans la froideur de la nuit, avant d’annoncer :

— Je ne vais pas pouvoir continuer à tenir ce rythme, Cylia. J’ai autre chose à faire que courir les bars tous les soirs. Ton travail et tes horaires ne sont pas compatibles avec notre relation, je te l’ai déjà dit.

— On arrive quand même à se voir entre midi et deux, ou le dimanche, protesté-je. On peut trouver du temps.

Il ricane.

— C’est unilatéral, là. Moi j’essaye de trouver du temps, mais toi non. Je suis PDG adjoint je te rappelle ! J’ai des responsabilités ! Mes pauses déjeuners en principe, elles sont consacrées à des choses bien plus importantes que batifoler !

— « Batifoler », c’est comme ça que tu définis notre relation ? m’agacé-je à mon tour.

— Non, c’est comme ça que TOI tu considères notre relation ! s’emporte-t-il. Moi j’attends beaucoup plus d’une relation de couple. Je ne suis pas ton plan cul !

— Mais…, commencé-je, abasourdie.

— C’est ton obstination qui nuit à notre relation ! Si tu n’es pas prête à faire en sorte que ça marche, alors nous n’avons rien à faire ensemble !

C’est comme si j’avais pris une gifle. Je rentre la tête dans mes épaules, choquée par sa véhémence. Il est en train de me larguer ? Le visage fermé, Anthony me tend mon sac à dos qu’il portait pour moi.

— Je vais te laisser réfléchir à ce que tu veux pour nous. Reviens me parler quand tu auras plus de maturité.

Et sans que j’ai pu trouver une réponse appropriée, il fait demi-tour et me laisse plantée dehors, à mi-chemin de chez moi.

* * * * *

Une semaine. Une semaine s’est écoulée sans qu’il ne donne de signe de vie. Et moi, de mon côté, je ne sais pas du tout comment réagir. Je me sens toujours aussi estomaquée et je n’arrive pas à digérer cette conversation qui tourne en boucle dans ma tête.

« Ton obstination nuit à notre relation ! … Je ne suis pas ton plan cul ! … Reviens me parler quand tu auras plus de maturité ! ».

C’est raide.

— Oublie-le, en fait c’est un sale con, ce gars ! siffle Will alors que j’essuie les verres, les yeux perdus dans le vide. C’est moche, ce qu’il fait !

J’aligne les verres sur l’étagère au-dessus du comptoir. J’ai l’impression d’être sur pilote automatique. Je soupire.

— Il m’a quand même proposé un travail. C’est vrai Will, j’adore travailler ici, j’adore notre équipe, mais je ne pourrais pas non plus faire ça toute ma vie.

— Probablement, mais il ne devrait pas non plus te mettre une telle pression. Je trouve ça super malsain, Cylia. C’est à toi de décider du jour où tu auras envie de partir d’ici.

— Mais c’est vrai aussi qu’avec mes horaires on ne peut pas passer une seule soirée ensemble en semaine.

— Mais de là à tout remettre en question pour lui… Je te rappelle que vous sortez ensemble depuis à peine deux mois ! Tu as bien pris ton temps avant de sortir avec lui, alors je ne vois pas de raison de se précipiter maintenant.

Parce que je crois que je commence à avoir peur de le perdre. Je suis en train de me demander si je peux ou non exprimer cette pensée à Will quand il regarde sa montre.

— Faut que je file, ma belle, mes élèves ne vont pas tarder.

Il m’embrasse sur la joue.

— Laisse-le revenir. S’il tient à toi, inutile de ramper devant lui à la moindre engueulade.

J’esquisse un faible sourire. Les bras de fer, ce n’est pas vraiment pour moi. Je me force à retrouver un air avenant alors que les clients commencent à affluer. En l’absence de mon coéquipier habituel, parti à son cours de guitare, c’est Hervé qui vient me donner un coup de main au bar.

Je ne peux m’empêcher de lorgner à plusieurs reprises en direction de la porte d’entrée du pub. Mais Anthony ne la franchira pas ce soir. Pas plus qu’il ne l’a franchie ces derniers jours.

Lorsque nous procédons à la fermeture vers une heure du matin, Hervé se rapproche de moi.

— Tout va bien, Cylia ? Je te trouve un peu préoccupée ces derniers temps.

— Oui, tout va bien, ne t’en fais, le rassuré-je avec un sourire forcé.

Hervé se gratte la tête. Il semble un peu mal à l’aise.

— En fait, j’ai, plus ou moins, entendu des bribes de conversation avec Will depuis la semaine dernière. Je ne voulais pas écouter aux portes mais…

Ah.

— Enfin, je voulais te dire que je suis au courant que tu as une offre d’emploi plus intéressante.

— Hervé, commencé-je, je n’ai…

— Attends, laisse-moi finir. Ce que je veux te dire, c’est que si tu as une opportunité qui se présente, saisis-la !

Je le dévisage, stupéfaite, alors qu’il poursuit :

— Tu es un super bon élément, Cylia. Je n’ai rien à redire sur ton travail. C’est même un vrai plaisir de t’avoir dans l’équipe, tu le sais. Mais tu vaux mieux que ça. Nous savons toi et moi d’où tu viens, les études que tu faisais, et à côté de quoi tu es passée bien malgré toi. Je ne serais jamais en mesure de te proposer une évolution de poste, ou un salaire beaucoup plus élevé. Et je ne voudrais pas que tu te sentes obligée de rester ici parce que tu te sens redevable envers moi ou l’équipe. Tu comprends ce que je veux dire ?

Je pose ma main sur son bras avec chaleur. C’est maintenant un vrai sourire qui s’affiche sur mon visage.

— Merci, Hervé. Ça me fait du bien d’entendre ça. Mais tu sais… Si j’ai commencé à travailler ici par besoin, sache que je suis restée aussi par envie.

— Je sais, ma grande. Alors sens-toi libre. Et ne te ferme jamais aucune porte.

S’il n’était pas mon patron, je crois que je le serrerais dans mes bras. Après l’avoir à nouveau remercié pour ses encouragements, j’enfile mon manteau et récupère mon sac à dos dans le minuscule vestiaire. Je regarde une dernière fois l’écran de mon téléphone, tout en sachant déjà qu’il n’affichera aucun appel manqué ni aucun message d’Anthony.

En marchant dans la nuit froide en direction de l’appartement, j’essaye de refaire le tri dans mes pensées. Ce qu’a dit Hervé n’est pas sans impact. Peut-être qu’effectivement je me mets des barrières en raison de la reconnaissance que j’ai envers lui et le pub. Peut-être aussi que l’inconnu – un nouveau métier, dans une nouvelle entreprise, avec de nouveaux collègues, et de nouvelles conditions de travail – me fait peur. Peut-être que…

Je secoue la tête. Je suis fatiguée. J’ai mal dans le bas du dos, à force de me pencher par-dessus le comptoir pour entendre les commandes des clients. Je reporte mon attention sur le chemin. C’est la dernière grande ligne droite avant l’avenue, puis deux pâtés de maison et enfin l’arrivée.

La traversée de la ruelle ne m’a jamais effrayée, jusqu’à présent. Je sais qu'Anthony trouve lugubre ces quatre-cents mètres de goudron, flanqués d’un côté d’une rangée de locaux commerciaux et de bureaux à louer, d’un parc aux grilles fermées la nuit, et d’un second groupe de bâtiments neufs et inoccupés. De l’autre côté, c’est la ligne de chemin de fer et la gare de fret, dont les accès sont défendus par un grillage d’environ deux mètres cinquante de hauteur. A intervalles réguliers, les lampadaires diffusent une lumière blanche et froide, et cet éclairage agressif m’a toujours semblé rassurant.

Pourtant ce soir, quelque chose ne va pas. Je me sais douée d’une imagination galopante, mais pour le coup ce qui n’était qu’une sensation désagréable tend à se muer en une sombre réalité. Depuis la sortie du bar, il me semble qu’un homme me suit. Au début, je pensais qu’il empruntait simplement le même chemin, mais maintenant je commence à m’inquiéter.

Lui aussi a tourné dans la ruelle juste après moi, et en jetant régulièrement un œil par-dessus mon épaule, mes craintes se confirment : il a accéléré le pas et se rapproche dangereusement. Les mains dans les poches de son sweat, capuche rabattue sur sa tête et assombrissant son visage, il m’emboîte le pas et j’envisage dans ma tête toutes les options que j’ai :

1) Faire comme si de rien n’était : suicidaire. Ça fait un moment que j’ai augmenté mon allure, et vu le nombre de fois où je me suis retournée, il sait que je l’ai repéré. Inutile d’attendre patiemment les ennuis.

2) Piquer un sprint : aucune chance. Mon immeuble est à environ six-cents mètres et j’ai arrêté le running, faute de temps et de motivation. Il risque facilement de me rattraper.

3) Appeler à l’aide : il n’y a pas âme qui vive sur ce chemin, et où est ce putain de téléphone ? Dans mon sac à dos accroché à mon épaule. Evidemment. L’enlever. L’ouvrir. Fouiller dans ce bordel aux innombrables poches que je trimballe partout avec moi. Déverrouiller le téléphone. Faire le 17. Attendre d’être mise en relation. Décrire la situation. Attendre l’arrivée des renforts. Bref, c’est inutile, il sera sur moi bien avant la troisième étape du plan.

4) Me défendre : dernière option. Je ne vais pas pouvoir compter sur ma carrure et ma force, c’est certain. Je saisis mes clés dans la poche de ma veste. Je referme mon poing dessus, une clé dépassant entre chaque doigt, les autres ressortant de ma paume. C’est une arme dérisoire. Mon cœur affolé cogne de plus en plus fort. Une voix au fond de moi me crie que c’est une idée ridicule et que je n’ai aucune chance.

Trois-cents mètres avant la fin de la ruelle. Cinq-cents avant mon immeuble. Le parc ! Les grilles sont restées ouvertes ce soir apparemment, et j’aperçois deux hommes qui discutent à voix basse sous le portique en pierre taillée. Dans un élan désespéré, je me précipite vers eux et les interpelle aussitôt.

— S’il vous plait, vous pouvez m’aider ?

Ils se tournent vers moi et me regardent, visiblement surpris. Ils semblent avoir une quarantaine d’années, peut-être moins. Le plus grand, un costaud à la peau blanche avec un bonnet bleu foncé et une barbe de trois jours, fronce les sourcils. Le plus petit, trapu et typé méditerranéen, me scanne de la tête aux pieds avec un sourire.

­ — Un problème, ma jolie ?

Intérieurement, je lève les yeux au ciel. J’ai horreur des hommes qui se permettent des familiarités avec les femmes sans les connaître. Mais j’ai besoin d’aide, et je passe outre.

— Vous voyez ce type, juste là, derrière moi ? Je crois qu’il en a après moi.

— Sans déconner ? bougonne-t-il en penchant la tête pour regarder par-dessus mon épaule. Vous en êtes sûre ?

­— A peu près sûre, oui.

Je me retourne. Cinquante mètres seulement me sépare de l’individu dont je ne distingue toujours pas les traits sous sa capuche. Si mon cœur bat à tout rompre, je me sens malgré tout rassurée d’avoir trouvé un secours potentiel.

­— Hey toi ! aboie soudain le petit à l’intention de l’inquiétante silhouette.

Je ne m’attendais pas à ce que mes sauveurs l’interpellent directement, ni à ce que le type se dirige vers nous pour toute réponse. Je pensais plutôt attendre qu’il passe son chemin puis demander aux deux autres de bien vouloir m’accompagner jusqu’en bas de chez moi. Je crains que les choses ne dégénèrent entre eux désormais.

Je me glisse derrière le grand costaud pour me mettre à l’abri. Ça y est, il est à notre hauteur. Je me fais toute petite. L’individu se découvre, révélant un crâne rasé, un visage pâle et émacié, et un nez déformé encadrés par deux yeux noirs enfoncés dans leurs orbites.

— Y a un problème ? demande-t-il à mes sauveurs.

Il me semble très calme pour un agresseur potentiel, et cette espèce de sang-froid, loin de me rassurer, me donne le frisson.

— Ouais, je crois bien, réplique le petit trapu. La demoiselle ici présente nous dit qu’il y a un homme qui en a après elle.

L’individu me fixe intensément quelques secondes. Mon cœur pulse un peu plus fort dans ma poitrine.

­— La demoiselle fait erreur, répond-il simplement.

— Ah ouais ? fait mon sauveur sur un ton menaçant, en se rapprochant de lui. Elle nous baratine, tu crois ?

Ça va mal finir. Je visualise déjà les deux hommes en venir aux mains et je n’ai aucune envie d’assister à un débordement de violence.

— Je sais pas, réplique l’inconnu à capuche. Je pense juste qu’elle sait pas compter.

Le petit se retourne vers moi. Un lent sourire malsain se dessine sur son visage.

— T’en dis quoi, ma jolie ?

Mon cœur cesse de battre. Je comprends d’instinct la situation sans arriver à me convaincre de ce qui se passe. C’est à ce moment que le grand fait volte-face et me ceinture de ses bras. Je n’ai pas le temps de réagir. Mon sac à dos glisse de mon épaule et s’écrase au sol. Dans son élan, l’homme s’engouffre sous le portique, et m’entraine avec lui vers les ténèbres.

— Trois pour le prix d’un, petite veinarde, glisse-t-il à mon oreille.

Son haleine pue le tabac froid. Le cri d’effroi qui tente de s’échapper de ma gorge se meurt alors qu’il me projette brutalement contre la grille. Il me bloque avec son corps massif. Je hurle enfin.

— Lâchez-moi ! Foutez-moi la paix !

Je me débats, terrifiée face à cette montagne qui ne bouge pas d’un poil.

— Tu la fermes ! ordonne-t-il.

Je crie de plus belle. Ses deux acolytes nous ont suivis. L’homme à la capuche a ramassé mon sac et entreprend de le fouiller sans se presser. Le petit fait le tour du portail. A travers les barreaux, il passe son écharpe autour de ma gorge et serre, plaquant ma tête contre la grille et me coupant le souffle. Le grand relâche sa prise et s’écarte. Je porte mes mains à mon cou et tente de desserrer l’étau, mais en vain. Je ne peux plus crier.

— On ne t’a jamais dit que les jeunes femmes ne devraient pas se promener seules la nuit ? demande le grand en fouillant les poches de ma veste.

— Ni à quel point c’est stupide de faire toujours le même trajet tous les soirs ? grince le petit derrière moi, sans desserrer l’écharpe.

— Pre… Prenez ce que… vous voulez… et laissez-moi, articulé-je péniblement.

Ils ont mon sac, mon portefeuille, mon téléphone. Je n’ai pas beaucoup de liquide, mais qu’ils le prennent ! Ils ricanent.

— Prendre ce qu’on veut ? Mais c’est bien pour ça qu’on est là !

— Y a que dalle dans son sac, signale le crâne rasé. Son tel c’est de la merde.

— On n’a qu’à prendre autre chose. Son cul tremblant par exemple ! suggère le grand.

Il revient aussitôt se coller à moi. Je me débats férocement.

— Mais c’est qu’elle est nerveuse, la petite, jubile-t-il. Et si on regardait ce qu’il y a sous ce manteau ? T’as l’air d’avoir de sacrées miches !

En proie à une panique totale, je rue, pendant qu’il défait la fermeture éclair de ma veste. Ma vue est trouble. J’étouffe et j’ai l’impression d’agir au ralenti et d’être molle. Les clés. Je les serre depuis la ruelle entre mes doigts, à m’en creuser la peau. Rassemblant toute mon énergie, je frappe. Le coup atteint mon agresseur à la tempe et lui arrache son bonnet.

— Salope ! rugit-il en me frappant au visage.

La douleur me vrille la tête. Je vacille. Mes clés tombent au sol. Si je n’étais pas retenue par la gorge, je me serais probablement effondrée. Je suffoque. Les larmes me brouillent la vue.

— Bordel ! Ça t’ennuierait d’être un peu plus professionnel ? aboie le petit derrière moi à l’intention de son complice. On a dit : « Pas le visage » !

Le grand maugrée des paroles incompréhensibles et s’éloigne de quelques pas en se frottant la tempe. Il y a un moment de flottement. Mes oreilles bourdonnent. J’ai l’impression que l’écharpe me serre encore plus fort.

— Cylia Martay, énonce le crâne rasé qui tient au bout de ses doigts ma carte d’identité. Et maintenant, on sait même où t’habites, dis donc !

Je le distingue mal. L’un de mes yeux a du mal à rester ouvert. Les deux en fait. Ne tombe pas dans les pommes ! C’est la dernière pensée que j’ai avant de m’effondrer.

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