Chapitre 1 : mon havre de paix

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En 1985 , à ma naissance, j'habitais pour la première fois dans un appartement d'une ville du nord de la France. Puis en 1988, nous déménageâmes dans une maison d'une ville voisine située plus en centre ville. C'était un quartier récemment construit avec un petit parc de jeux pour les enfants situés au bout de notre jardin et auquel nous pouvions accéder par une petite barrière.

J'étais une petite fille slave par mon père et française par ma mère, aux cheveux châtains avec des anglaises, avec un visage ovale, des yeux un peu bridés noisettes, des tâches de rousseurs sur un nez retroussé, une petite bouche étroite, une silhouette très mince. J'étais l'aînée d'une fratrie de trois enfants : moi, mon frère Armand âgé d'un et demi de moins, puis ma sœur Lise âgée de cinq ans de moins. Éduquée, enfant, par une famille soucieuse de tout nous donner matériellement, je me sentais protégée. Je pensais qu'une belle maison avec une belle chambre à moi, un beau jardin, des jeux de société, des vêtements de qualités, des soins médicaux variés me maintiendraient hors de danger. De plus, je croyais que ma sécurité affective était évidente. En effet, entourée de frères et sœurs très présents, j'étais très fusionnelle avec mon petit frère. Nous passions tout notre temps temps libre ensemble. Nous jouions ensemble, nous nous baignions ensemble, nous dormions dans la même chambre jusqu'à mes trois ans, nous partagions la même bande d'amis. Lors des réunions familiales élargies, je me sentais intégrée. Je partais régulièrement en vacances chez mes grands mères avec qui je m'entendais très bien. Mes grands pères étaient mort aux environs de ma naissance prématurément. Je jouais beaucoup avec mes cousins et mes cousines qui me suivaient volontiers dans mes créations de jeux collectifs. Ma famille élargie est très grande, aussi bien du côté de mon père que du côté de ma mère. J'étais la plupart du temps en très bonne santé, pleine d'énergie. Notre alimentation était très variée, pauvre en graisse et en sucre. Je vivais dans le confort. Mon éducation d'aînée était stricte, il fallait obéir sous peine de punitions violentes : fessée, claques ou j'étais obligée de garder la chambre. Ces punitions étaient de mon père ou ma mère mais surtout mon père. Je considérais que ces punitions étaient excessives et injustifiées alors parfois je réagissais en hurlant et pleurant pendant un long moment. Moi et mon frère, nous ne connaissions ni le respect ni la tendresse de nos parents. Parfois, mon père faisait le clown et essayait de nous faire rire. Il nous emmenait faire des promenade à pieds ou à vélo. De temps en temps, nous partions en excursion sur le bord de mer près de chez nous. A chaque vacance, en été et en hiver, il nous emmenait faire des promenades et parfois nous partions à deux en randonnée une journée sur les hautes montagnes françaises. Il pratique beaucoup le sport. Aujourd'hui, en retraite, il est coach sportif. Il nous ramenait des petits jouets. Ma mère passait beaucoup de temps à s'occuper de la maison quand elle ne travaillait pas et les rares fois où je la réclamais pour jouer avec moi, elle me demandait de ranger ma chambre comme elle aimait le faire elle-même avec le reste de la maison. Mes parents me donnèrent une éducation religieuse chrétienne catholique. Qui me plût beaucoup. Ils me firent baptiser. Je suivis des cours de catéchisme, je passais ma communion puis par la suite ma profession de foi, puis j'allais à l'aumônerie et enfin je passais des vacances chrétiennes. Dans ma rue, j'étais tous les jours dehors avec Andrea et mon frère. Andrea était une voisine roumaine menue mâte de peau avec un visage mince et de longs cheveux châtains très fins. Elle était, comme moi, très sportive. Nous passions beaucoup de temps à jouer dans le parc, faire du vélo ou du roller dans le quartier, grimper aux arbres, construire des cabanes, aller à la piscine pendant trois heures. Je me sentais libre.


Puis ce fût pour moi la période de l'école primaire. Je me sentais réussir partout : à l'école, car j'étais première de ma classe, au sport, car j'étais championne de mon club de gymnastique artistique, dans mon quartier car j'avais des copines fidèles que je fréquentais tous les soirs après l'école, durant mes loisirs où j'excellais en dessin, avec les beaux garçons car j'avais déjà eu un petit copain, Dylan, un blond aux yeux bleus très populaire à qui j'avais donné mon 1er baiser, en vacances, où je randonnais ou faisais du ski dans des endroits magnifiques qui me procuraient un plaisir incroyable. Tout était parfait. Je me voyais déjà, plus tard, institutrice de maternelle, propriétaire d'une maison à moi avec un beau jardin. Mais je n'avais pas hâte de grandir. J'avais l'impression que mes parents étaient stressés de nous éduquer à la perfection, que même si nous étions sages moi, mon frère et sœur, mes parents se mettaient la pression pour nous donner une excellente éducation. Ils me semblaient qu'ils avaient bien conscience que nous étions une vraie responsabilité. Et je ne souhaitais pas être à leur place. Trop d'anxiété et trop de stress.

J'ai donc grandi en croyant avoir toutes les cartes en main pour avoir une base de vie future stable et équilibrée. Des racines saines. Ou en tout cas, je le croyais.


En première année d'école primaire, j'avais quatre ans, je commençais à être attirée par les garçons. J'aimais bien un joli garçon blond, qui était selon moi très intelligent puisque 1er de notre classe. Un jour, alors qu'il était seul, j'allais lui parler. Mais les garçons de la classe le virent, et se précipitèrent vers nous pour nous chanter la marche nuptiale et nous crier que nous étions amoureux. Nous étions tous les deux très gênés. Donc je l'oubliais.

Un jour, je jouais seule dans le parc de jeux public à côté de chez nous, quand soudain un homme surgit de nulle part. Il était habillé avec un grand imperméable beige et long. Assez brusquement, il me demanda comment je m'appelais et si je voulais le suivre. Je me souvins alors que mon père m'avait dit que des inconnus pouvaient m'enlever lorsque j'étais sans surveillance. Je le quittais rapidement pour rejoindre la maison protectrice. Plusieurs années plus tard après avoir déménagé, je retournais dans la ville et je recroisais dans une rue proche, un homme en imperméable qui, arrivé à ma hauteur, entrouvrait son manteau pour me montrer son sexe. Un exhibitionniste. Peut être était-ce le même homme.


Un autre jour, seule je jouais de nouveau dans le parc de jeux public. Je devais avoir le même âge. Je grimpais dans la cage du toboggan. Il s'y trouvait trois garçons âgés de huit à dix ans qui discutaient. Pour descendre dans le toboggan, il fallait que les garçon me laissent passer. Le plus grand me demanda de lui montrer mon sexe pour avoir leur autorisation de passer. Sous le choc, je le fis, un peu inconsciente de mon acte et surtout gênée, mais pressée de me sortir de là.


Un autre jour, j'avais cinq ans, les copines de ma classe vinrent me demander si je voulais sortir avec le plus beau et populaire garçon de notre école : Martin, un autre blond aux yeux bleus. C'était un garçon dynamique et expressif qui se faisait souvent remarquer. Elle lui demandèrent s'il voulait sortir avec moi et il dit oui. Alors, elles se ressemblèrent dans un coin du préau et nous cachèrent de leur corps pour pour que nous échangeâmes un premier baiser. J'étais mal à l'aise de cette situation, ne le connaissant pas beaucoup, alors je l' embrassais plutôt le front. Puis quelques instants après, je lui dis que je rompais. Il se vexa, et me fis un baiser baveux sur la joue en guise de rupture.


Une autre fois, alors que je jouais à « attraper » avec mes copines, une fille de ma classe qui semblait ne pas beaucoup m'apprécier, me heurta à côté d'un énorme poteau en béton alors que je courrais, ce qui projeta ma tête contre la surface très dure avec une grande violence. J'eus une énorme bosse sur le front de la taille d'un gros œuf. Personne ne me conduit chez le médecin ni à l'hôpital, on me laissa en état de choc finir l'école. Aujourd'hui, j'ai encore une marque sur le front qui restera toute ma vie.


Mon petit hâvre de paix tout était un petit garçon de mon âge nommé Dimitri. Il était plutôt petit, costaud. Ses cheveux blonds coupés au bol volaient au vent quand il jouait au football. Je regardais dans la cour s'animait ses jambes et ses avants bras musclés qui dépassaient de son T shirt numéroté. Sa peau mâte étincelait à la lumière du soleil, tout comme les reflets dorés de sa chevelure soyeuse. Sa large tête arborait un visage régulier, aux traits saillants et marqués : de beaux yeux bleus surmontés de sourcils bien dessinés, un nez grecque et une bouche en relief aux contours flous. Dimitri était pour moi la beauté incarnée et surtout un vrai garçon viril. En tant que fille, j'observais son comportement pour chercher comment l'aborder. J'étais ravie de sa réserve que j'attribuais aussi à la virilité. J'avais des sensations de fille pour lui le garçon, à ce moment pas encore matures, mais j'étais attirée par lui comme un aimant. Je cherchais la moindre occasion pour aller regarder son beau visage de près. J'oubliais la distance respectueuse que je lui devais en tant que fille et en tant que camarade de classe. Puisque les garçons et les filles restaient souvent entre eux. Et puisque c'était les garçons qui « devaient » prendre les initiatives en amour. Je respectais sa timidité, mais de temps en temps je me laissais aller vers lui. C'était un garçon qui se plaisait à jouer dehors, dans la cour. Il débordait d'énergie dès qu'il était à l'extérieur et se mettait à s'agiter avec son ballon et quelques compagnons de foot. J'avais complètement craqué pour lui. Il me semblait qu'il pouvait comprendre ma réserve à moi à l'égard des autres. Car il semblait avoir la même. Tout comme moi, c'était un enfant calme mais il était discret et solitaire tandis que moi j'évoluais parmi toutes les filles de ma classe. Tous les soirs, je me couchais, lisais un livre, puis passais trente minutes à m'imaginer le rencontrer seul à seul dans un parc, sur un banc. C'était mon fantasme. C'était très sage, je rêvais, j'espérais, que nous ayons un jour plus d'intimité. Je m'imaginais que nous n'étions que deux sans les autres élèves de l'école. Dans un silence profond, à méditer en priant. Petit à petit, je me sentais attirée par son physique, puis par ses expressions faciales, puis par son comportement. Je ressentais une attirance puissante pour lui ainsi qu'une admiration sans borne pour son physique. Puis il me remarqua. En effet, je lui tournais autour malgré moi, et il finit par remarquer ma présence. Il me connaissait déjà un peu, car nous étions dans la même classe.

Un jour miraculeux, il m'aborda pour que je joue avec lui. J'en fus surprise. J'essayais de refréner mon enthousiasme pour qu'il ne remarque pas mon émoi afin de ne pas le gêner. J'essayais de ne pas m'imposer à lui, car je voulais que ce que je ressente soit réciproque et il me fallait juste qu'il me remarque pour y réfléchir. Car je le respectais profondément. Je voulais que nous nous rapprochions naturellement ou rien. A partir de ce moment là, il nous arriva de temps en temps de nous retrouver. Je garde précieusement ces souvenirs en mémoire car ce fut la seule foi de ma vie où je trouvais autant échos à mon attirance vis à vis de la gente masculine. Cela dura an an.

Brutalement, Je cessais de fantasmer sur lui le jour où il vînt me demander si je voulais sortir avec son copain Aurélien. J'ignore s'il voulait me faire prendre conscience que je pouvais sortir avec un garçon ou si il voulait me repousser en utilisant son copain. Je lui répondis en bredouillant qu'il ne comprenait pas. Quoi qu'il en soit, à partir de ce moment là, j'essayai de m'intéresser à Aurélien pour lui faire plaisir. Il lui ressemblait beaucoup mais était plus grand et plus élançé. Le soir je me couchais, lisais puis essayais de fantasmer sur Aurélien, mais il m'inspirait peu. J'ai pensé de Dimitri : un de perdu, dix de retrouvés... Aujourd'hui, à trente sept ans, je n'ai plus vibré autant pour un autre. C'était mon premier « amour », je le comprends aujourd'hui, et on n'oublie pas son premier « amour ». J'ai juste gardé cette tendance hommes aux yeux bleus costauds, sportifs.

J'ai retrouvé il y six ans Aurélien sur facebook. Nous nous sommes rencontrés deux fois dans un bar puis dans un restaurant et nous avons essayé de sortir ensemble. Je lui ai ensuite demandé le téléphone de Dimitri, mais il avait coupé les ponts avec lui. Aurélien a beaucoup insisté, il insiste encore, pour qu'on se revoit mais je n'ai plus de courage. Récemment j'ai fini par lui dire que je souhaitais une amitié entre nous, et j'ai accepté de le revoir prochainement pour boire un café. En réalité, aujourd'hui, je n'ai plus la force de tomber amoureuse. Au fur et à mesure de l'écriture de ce témoignage, j'expliquerai mon parcours affectif et vous me comprendrez. Ce n'est pas le sujet principal de mon livre mais c'est essentiel.


Entre temps, durant cette période de l'école primaire, mes parents nous avaient fait découvrir les camps naturistes pendant les vacances d'été. Le naturisme propose à ses adeptes de vivre des vacances totalement nus. Le but étant de faire la communion avec la nature, en extériorisant notre intériorité en oubliant les barrières vestimentaires de style, sociologiques et de classe dans des lieux de natures vierges reculés de la zone urbaine. Au début de ses vacances, j'avais six ans, tout se passait agréablement. Le soleil sur ma peau me procurait une vrai sérénité, et la nature sauvage et déserte de ces lieux me permettait une liberté de mouvement que je ne connaissais pas en ville. J'arpentais seule les rivières traversant les forêts montagnardes et j'étais fière de cette indépendance que permettait cet environnement. Puis les années passant, j'entrai dans la puberté, et le regard des garçons changea. Ils se mirent à observer mon corps dont les poils pubiens et les seins poussaient. Dans un de ces campings naturistes, je rencontrai deux frères sympathiques – ils étaient minces et blonds aux yeux bleus – et je me liais d'amitié avec eux. Je leur portais une attention modérée car je ne les trouvais pas assez viril pour me plaire. Mais je passais mes journées avec eux et mon petit frère à découvrir les alentours du camping. Je n'avais aucune intention envers eux sauf de continuer de partir à l'aventure au sein de notre groupe.

Puis, un jour, il plut, et j'allai me réfugier seule à la bibliothèque. Je feuilletai quelques instants les livres puis décidais de sortir. Juste avant de passer la porte, j'entendis les deux frères faire irruption dans la pièce et soudain l'un d'eux saisit mes deux poignets et les plaqua de force au dessus de ma tête contre le mur derrière moi. Je me retrouvais, sous le choc, coincée entre lui et le mur, maintenue immobile. Je criai ma surprise ! Le garçon colla son corps nu au mien et se frotta contre moi. Mes poignets douloureux, j'essayai de me dégager. Il essaya alors de m'embrasser la bouche et visa juste. Comprenant soudainement qu'il s'excitait sur moi, je le repoussai et sortis de la bibliothèque, bouleversée et révoltée ! Choquée.

Mes parents durent sentir l'incident même si je ne dis rien par honte. Ce fut nos dernières vacances naturistes. J'oubliai cet incident, mais avec Dimitri, ou plutôt avec la gente masculine, quelque chose était brisé. Je ne vous dirai pas ce que j'ai ressenti davantage car cela m'a anesthésiée.

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