Eustache persiste
Je crois qu’il a raison. Quelque chose ne va pas… Mais quoi ?
Eustache m’a traîné de force chez des spécialistes en tout genre. Toujours rien. Ou pas vraiment.
Puis, un jour, une vieille doctoresse, dont les rides auraient presque pu rattraper l’âge, a trouvé. Je ne saurais vous retranscrire le jargon médical, mais, pour résumer :
mise à jour nerveuse corrompue.
Apparemment, une sorte de craquage différé, un décalage entre le corps et ses flux électriques… à cause de Eustache.
Oui.
Le pauvre… sa présence a tout foutu en l’air. Il a provoqué l’effondrement de décennies de contrôle et d’accommodements en tout genre. Il a réagencé l’édifice. Un architecte, en somme.
Eustache… tu m’embarrasses. Mais je te garde. Tant pis pour toi.
— Monsieur, il semblerait, et j’en suis le premier navré, que vous soyez la cause de mon infortune.
— Mon tendre ami, m’en voilà fort embarrassé. Jamais je n’ai nourri pareille ambition, encore moins conçu tel projet.
— Hélas, Monsieur… je crains que, malgré vos papillonnages, vous me soyez désormais enchaîné.
— Je dois reconnaître que cela est fâcheux. M’accorderez-vous néanmoins quelque leste et indulgence à la chaîne qui me retient à vous ?
— Toujours, Monsieur. Je n’ai qu’une parole, et ne compte point vous faire esclave.
— Vous me comblez, mon cher ami. Aussi suis-je préparé à vous en témoigner formellement… par l’union, s’il le faut.
— Monsieur, discuter d’union en tel lieu ne me semble guère approprié… et peu digne des romans français.
— Je vous l’accorde, mon bel amant. N’y voyez là que l’expression spontanée, quoique sincère, de mon affection.
— Alors j’y consens.
Eustache… reste coi.

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