Eustache rase les murs
« Eustache… tu empestes les effluves d’alcôves à des lieues à la ronde ! »
Telles furent mes dernières paroles avant que je ne m’enfermasse dans la chambre.
Si je consens volontiers à moult incartades, trop c’est trop. Mais enfin… je ne te demande pas grand-chose. Simplement de prévenir et de ne pas rentrer à cinq heures du matin comme un adolescent qui aurait fait le mur.
Puis d’éviter de rejoindre le lit conjugal imbibé de senteurs, disons… explicites, et plus que douteuses, voire écœurantes.
Non, Eustache ! Ce soir, ou plutôt ce matin, oui ; Eustache rase les murs !
Même la patience du Bouddha a ses limites. Non, Eustache. Pas la peine de remuer tes moustaches. C’est non.
Car moi, vois-tu, j’aimerais déjeuner… l’odorat en paix. Et dordailler peu après.
Va, brave Eustache, va… les thermes sont situés à cinq mètres sur ta gauche.
Va, et ne t’avise pas de te présenter devant moi avant que d’être reluisant.
Je te préviens : je scruterai, examinerai jusqu’à la moindre parcelle de peau ; y compris ta pilosité généreuse.
Et non. J’ai mal dormi.
Pardon ? T’attendre la nuit entière ? As-tu perdu l’esprit ? Suis-je de ce genre-là ?
Jamais. Tu m’indisposes, et je n’entends pas souffrir davantage les relents suffocants des matelas sur lesquels tu t’attardes.
Oui, Eustache. Je suis fâché. Et plus que cela, je suis mort d’inquiétude. Tempérée par le soulagement du bruit de la clé dans la serrure, entendu plus tôt.
Ta tambouille qui exhale la souille… ouille, ouille, ouille, Eustache bredouille.
Je suis chafouin.
Joyeux matin.

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