Eustache Bafouille

2 minutes de lecture

Mnéééééééééééééééésyyyyyys !

Je lui narrai alors l’outrecuidance teintée de goujaterie de mon jules. Que dis-je, mon Eustache.

Fort bien Mnésys, fort bien… la parole est la défense pour la plaidoirie. Maître Mnésys, je vous en prie, posez le décor, la scène et les protagonistes. Car hélas, me voilà bien las.

À peine avais-je refermé la porte, décidé à savourer mon indignation en solitaire, qu’un léger raclement se fit entendre de l’autre côté.

Puis :

— Mon cher… permettez-vous que je me défende avant d’être définitivement condamné à l’exil olfactif ?

Silence ! Je levai les yeux au ciel.

— Vous êtes déjà condamné, Eustache.

— Voilà qui est expéditif. Et moi qui pensais bénéficier d’un procès équitable…

Un soupir m’échappa. Mauvaise idée. Je le savais déjà.

— Parlez, donc. Mais brièvement. Et à distance.

Puis le cliquetis discret d’un objet posé au sol.

— J’ai laissé mes bottes au seuil, dit-il. Et pris la liberté d’user des thermes, comme conseillé. Vous noterez l’effort.

Je m’approchai malgré moi.

Prudence.

Inspection.

Diable… il est propre.

— Continuez, dis-je, avec moins d’assurance que je ne l’aurais souhaité.

— Fort bien. Plaidons.

Un silence théâtral, parfaitement assumé.

— Premièrement : oui, je suis rentré tard.

— Deuxièmement : oui, je sentais… la vie.

— Troisièmement : non, je ne l’ai point fait par goût du désordre ou désir de vous indisposer.

— Ah ? fis-je, sceptique.

— Non. J’ai hésité, voyez-vous.

Je haussai un sourcil.

— Hésité ?

— À rentrer. Ou à rester.

Le ton avait changé. À peine.

— Et vous avez choisi… ?

— De rentrer. Malgré tout.

Je croisai les bras.

— Voilà qui ne plaide guère en votre faveur.

— Au contraire, mon cher.

Il avance d’un pas mesuré.

— J’aurais pu rester ailleurs. Éviter vos remontrances, vos regards accusateurs… et vos sentences matinales.

Il marqua une pause.

— Mais je savais que vous vous inquiéteriez.

Touché. Je détestais ça.

— Vous présumez beaucoup de moi.

— Je vous observe beaucoup, rectifia-t-il.

Il reprit, plus léger :

— Quant aux effluves… je plaide coupable. Mais temporairement seulement. La preuve : me voici lavé, rincé, presque présentable.

— Presque… le mot est poli.

Un sourire passa. Je le sentis, plus que je ne le vis.

— Enfin, conclut-il, je sollicite la clémence du tribunal pour une faute dont les conséquences ont déjà été réparées… et dont l’intention, j’ose le dire, n’était point malveillante.

Après un silence un peu long, je le fixai. Il soutint mon regard.

Presque… sincère.

Insupportable.

— Et si je refuse ? demandai-je.

Il haussa légèrement les épaules.

— Alors je patienterai. À distance réglementaire. Jusqu’à ce que votre courroux se lasse.

— Il pourrait durer.

— J’ai du temps.

Puis, plus bas :

— Et vous aussi.

Traître.

Je détournai les yeux.

— Très bien, Eustache.

Il inclina la tête.

— La cour vous accorde… un sursis.

— Je vous en suis infiniment reconnaissant.

— N’abusez pas.

— Jamais, mentit-il avec élégance.

Je soupirai.

— Venez déjeuner. Mais à une condition.

— Laquelle ?

Je le regardai, lentement.

— Si je détecte le moindre relâchement… je vous renvoie aux thermes.

Un sourire franc, cette fois.

— Marché conclu.

Il entra.

Propre.

Et, chose plus dangereuse encore… calme.

Lavé de ses péchés.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Aurelian3310 ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0