Eustache m’aime
— Dieu que tu es agaçant. Tu m’irrites. Et ta moustache aussi ! À me répéter sans cesse, tous les jours, après tes baisers, ce « je t’aime » creux et mécanique.
— Peut-être, me dit-il, le sourire en coin.
Mais moi, au moins, je te le dis. Et pas dans une vague chronique rédigée à la hâte pour amuser la galerie.
Cette dernière phrase sonna plus sérieuse. Presque un reproche. Ou une déception.
Bon… en toute objectivité… je dois avouer qu’Eustache mène le score… euh… à l’infini contre zéro ?
— Peu importe ! répondis-je.
C’est le karma qui se retourne contre toi. Mille « je t’aime » ne sauraient compenser tes trop nombreuses étourderies… et la préoccupation sincère qui en naît.
— Allons, allons, mon tendre amoureux… adoucit-il.
Je restai là, les sourcils froncés, les lèvres pincées, frisant du nez.
— Fort bien, Eustache… je consens à vous le dire. Je vous… enfin je veux dire… vous m’êtes aussi indispensable que l’air que je respire. Sans vous, mon être suffoque.
— Vains détours, vains détours… tout cela pour un bonjour teinté d’amour.
Mon cher A M O U R… j’en suis fort attristé, et je vous le dis en toute sincérité.
— Eustache… attendez. Je vous en prie. Pouvez-vous patienter… encore ? Juste un peu ?
— Pour vous, mon koala, j’attendrai l’éternité. Mais, entre-temps, je crains hélas que le feu ne soit plus aussi vif et ardent.
Je vous demande bien peu… malgré mes défauts. Je puis vous l’affirmer, vous le dire et le répéter à l’envi : je vous aime.
— Bien… n’est-ce point l’heure de votre prise d’embauche ? Si vous en avez fini, j’aimerais me reposer.
Plus tard, un peu gêné, le cœur fébrile, je lui envoyai un message :
— Monsieur, ce n’est point que je refuse de vous le dire, mais, pour une raison que j’ignore, les mots ne consentent à venir.
Aussi, si vous m’autorisez un dernier détour :
Eustache-san, suki na no da. Anata wa… boku no daiji na hito.
Accusé de réception. Eustache a lu le message.
— Aurelian-sama… boku mo. Mata ne.
Eustache mène en bateau. Je le déteste.

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