La route
Elle se réveilla d'un coup, comme on se réveille dans un endroit inconnu.
La pièce. La paillasse. L'odeur de renfermé et de vieux bois. Elle mit une seconde à tout remettre en place, et pendant cette seconde son cœur fit quelque chose de désagréable dans sa poitrine.
L'homme était toujours assis face à la porte. Il n'avait pas bougé, ou si peu qu'elle ne pouvait pas le dire. La lumière avait changé — plus chaude, plus oblique. Elle avait dormi longtemps.
— Vous n'avez pas dormi, dit-elle.
— Non.
Elle s'assit, les bras autour des genoux. Son estomac fit un bruit qu'elle aurait préféré éviter.
— Il y a à manger ?
— Non.
Il dit ça sans s'en excuser, sans chercher à combler le silence qui suivit. Elle l'observa de profil — la mâchoire, l'épaule bandée, le carreau qu'elle avait retiré la nuit précédente. Il tenait l'épée différemment maintenant, moins en garde, plus comme quelqu'un qui a quelque chose dans les mains sans savoir quoi en faire.
— Chasser serait imprudent, dit-il. Nous sommes encore trop proches.
— Je sais.
Elle le savait. Ça ne rendait pas la faim moins réelle.
Elle se leva, fit le tour de la pièce sans raison particulière — les bols vides, le volet décroché, une jarre renversée dans un coin qui avait dû contenir quelque chose il y a longtemps. Rien d'utile. La chaumière avait été vidée par ceux qui l'avaient abandonnée, ou par d'autres après.
Elle revint vers lui.
— Je ne sais toujours pas qui vous êtes, dit-elle.
— Non.
— Vous non plus.
— Non.
Il n'avait pas l'air de trouver ça particulièrement troublant. Ou plutôt — elle cherchait le trouble sur son visage et trouvait autre chose. Pas de la résignation. Quelque chose de plus actif que ça, comme quelqu'un qui fait le compte de ce qu'il a au lieu de s'arrêter sur ce qui manque.
— Vous saviez que j'étais là, dit-elle. Dans la tour. Vous saviez ce que j'étais.
Il réfléchit avant de répondre. Elle commençait à reconnaître ça — cette façon de ne pas parler avant d'avoir quelque chose à dire.
— Je savais où aller, dit-il enfin. Je ne sais pas comment.
— Et maintenant ?
— Maintenant je ne sais pas.
Le silence s'installa. Dehors, un oiseau. Le cheval qui s'ébroua. La lumière qui continuait de descendre vers le crépuscule.
Freyla croisa les bras. L'estomac, à nouveau.
Dans la tour, elle n'avait pas pensé à son père. Elle n'avait pas pu. Pas vraiment — pas au-delà des images qui surgissaient malgré elle avant de s'endormir et qu'elle apprenait à éteindre avant qu'elles fassent trop de dégâts. Se souvenir dans une cage, c'est s'installer dans la douleur sans issue. Elle avait appris ça tôt, et elle avait tenu à cette règle pendant quinze ans avec la même rigueur qu'on tient à ce qui vous maintient en vie.
Mais elle n'était plus dans la tour.
Elle pensa à son père sur le trône, et aux gens qui entraient dans la grande salle avec des dossiers et des requêtes, et à la façon dont les séances finissaient parfois tard et qu'on lui apportait alors à manger là où elle était, parce qu'on ne voulait pas interrompre. Il y avait un duc qui insistait pour lui passer quelque chose quand les serviteurs oubliaient — un homme large, avec une voix grave et des mains qui ressemblaient à des battoirs. Il la prenait parfois sur ses genoux quand elle s'endormait sur un banc, et elle faisait semblant de ne pas se réveiller parce que c'était plus confortable.
Elle devait avoir trois ans. Quatre. Aldritt.
— Je sais où aller, dit-elle.
Il leva les yeux vers elle.
— À l'ouest. Il y a un duc — un ami de mon père. Je me souviens de lui. Je ne sais pas s'il est encore en vie, je ne sais pas s'il acceptera de nous aider, mais c'est la seule adresse que j'aie.
Il considéra ça un moment.
— C'est loin ?
— Je ne sais pas exactement. Je n'ai jamais fait le trajet.
Une pause.
— Plusieurs jours, dit-il. Probablement.
— Oui.
Il se leva, rengaina l'épée, et alla détacher le cheval. Elle prit ça pour une réponse.
Le soleil touchait la ligne des arbres quand ils repartirent.
Ils allèrent vers l'ouest, sans carte et sans certitude. Juste la direction, et le souvenir flou d'une géographie apprise dans des livres que Freyla n'avait jamais eu l'occasion de vérifier.
Ils voyageaient la nuit. Ils s'arrêtaient aux premières lueurs du jour.
Chaque halte ressemblait à la précédente — une grange à moitié effondrée, le creux d'un rocher, une fois le dessous d'un pont de pierre sur une rivière à sec. Peu importait l'endroit. Il prenait toujours la même posture : face à l'entrée, l'épée sur les genoux, la lame dégainée. Immobile. Les yeux ouverts.
Elle ne l'avait jamais vu dormir.
Elle avait cessé de se demander si c'était normal. Rien dans ce qu'il était ne semblait relever de ce mot.
Le jour, pendant qu'elle dormait, il disparaissait. Elle l'entendait partir — ses pas, le cheval qui bougeait — et il revenait avant qu'elle se réveille, ou juste après. Il revenait toujours avec quelque chose. Un lapin, un soir. Du poisson une autre fois, enveloppé dans des feuilles larges, encore humide de la rivière. Une fois, il revint avec un chevreuil sur l'épaule, la tête coupée net, le sang séché sur son manteau. Il le posa devant elle sans explication.
Elle n'en demanda pas. Elle mangea comme à un festin.
Un autre matin, il revint avec un cheval. Pas grand, pas jeune, mais solide. Elle ne posa pas de question sur celui-là non plus.
Ce qui l'occupait davantage, c'était son épaule. Chaque matin avant de s'endormir, elle défaisait le bandage et refaisait avec ce qu'elle trouvait — des lanières découpées, de l'eau propre quand il y en avait, une fois une plante qu'elle avait reconnue dans un des livres de Torve et dont elle espérait se souvenir correctement. La blessure ne s'était pas infectée. Elle commençait à cicatriser. Elle ne savait pas si c'était son travail ou sa nature à lui, et elle n'était pas sûre de vouloir le savoir.
Il supportait les soins sans un mot, sans un mouvement. Comme quelqu'un qui attend que ça finisse, pas comme quelqu'un qui souffre.
Les jours se ressemblaient. Ils ne parlaient pas beaucoup — pas par hostilité, juste parce que les mots ne semblaient pas s'imposer. Elle posait des questions de temps en temps. Il répondait quand il avait quelque chose à dire. Elle apprit à distinguer ses silences : ceux qui signifiaient qu'il ne savait pas, ceux qui signifiaient qu'il réfléchissait encore, et ceux qui signifiaient que la question n'avait pas de réponse utile pour le moment.
Elle apprit aussi autre chose, sans se l'avouer tout de suite : elle dormait mieux depuis que quelqu'un regardait la porte.
Ils évitèrent les bourgs.
Ce n'était pas difficile — les lumières se voyaient de loin, et les chiens aboyaient avant qu'on arrive. Ils passaient en lisière, au plus près de la forêt, et reprenaient leur chemin une fois les toits disparus derrière eux.
Puis la forêt s'ouvrit.
Pas d'un coup — progressivement, les arbres s'espacèrent, les taillis laissèrent place à des haies, et les haies à des champs. De grands champs plats qui couraient jusqu'à l'horizon, labourés pour certains, en herbe pour d'autres, avec des fermes qui pointaient au loin comme des taches sombres dans la lumière du matin. L'air sentait différemment ici. La terre retournée. Le foin.
Le sentier forestier devint un chemin, puis le chemin rejoignit une route. Pas large, mais entretenue — deux ornières profondes dans la terre, des bords réguliers, les traces de passages nombreux.
Ils croisèrent des gens.
Les premiers les regardèrent, puis détournèrent les yeux. Freyla comprit vite que c'était lui — sa taille, le cheval de trait, l'épée au côté. Peu auraient voulu croiser son chemin sans bonne raison, et encore moins lui chercher des ennuis. On les laissait passer. On regardait ailleurs.
De plus en plus de charrettes, chargées de foin ou de grain, tirées par des bœufs qui avançaient sans se presser. Des paysans qui allaient quelque part avec la régularité de gens qui font la même chose depuis longtemps. Kornmark — elle le sentait sans le voir encore, dans cet air agricole, dans cette abondance tranquille que même quinze ans de règne mal acquis n'avaient pas réussi à éteindre tout à fait.
Ils longeaient un flanc de colline quand ils la virent.
Une charrette, sur la route devant eux, arrêtée en travers. Trois hommes à cheval autour — non, quatre. Ils avaient coincé l'attelage contre le talus et l'un d'eux avait mis pied à terre. Le paysan sur le siège ne bougeait plus. Une femme à côté de lui serrait quelque chose contre elle.
— Il faut les aider, dit Freyla.
Il n'hésita pas. Il talonna le cheval.
Ce qui suivit fut bref. Le cheval de trait était lourd et il allait vite, et l'homme qui le montait tenait l'épée d'une main comme si elle ne pesait rien. Le premier bandit qui se retourna n'eut pas le temps de comprendre. Le second non plus. Un seul mouvement, horizontal, et ils vidèrent leurs selles ensemble.
Les deux autres virent ça.
Ils partirent.
Freyla arriva au trot, le temps d'une respiration après. Les deux corps étaient dans la poussière de la route. L'homme rengainait l'épée sans regarder ce qu'il avait fait — pas par dédain, juste parce que c'était fait et que ça ne méritait pas d'attention supplémentaire.
Le paysan sur le siège de la charrette les regardait tous les deux. Il était blanc. Sa femme l'était encore plus. Ils regardaient l'homme avec l'expression des gens qui viennent d'être sauvés par quelque chose qu'ils ne comprennent pas et ne sont pas certains d'apprécier.
Ce fut l'homme qui parla en premier, après un silence qui dura assez longtemps pour être inconfortable.
— On... on a une ferme, dit-il. Pas loin. Si vous voulez un toit pour ce soir. Et à manger.
Il dit ça comme une offrande qu'il espérait acceptable. Comme on pose quelque chose à distance raisonnable d'un animal dont on ne connaît pas les intentions.
Freyla le regarda. Il ne dit rien — il laissait la décision lui appartenir. Elle se retourna vers le paysan.
— Nous acceptons, dit-elle.
La ferme était basse et longue, avec un toit de chaume qui descendait presque jusqu'aux épaules. Le fermier poussa la porte et s'effaça pour les laisser entrer. l'homme passa le seuil, se baissa pour le chambranle — comme d'habitude — puis se baissa encore pour éviter la poutre maîtresse, et encore une fois pour le bord du foyer.
Freyla le regarda faire et sentit quelque chose remonter qu'elle n'avait pas senti depuis longtemps. Pas tout à fait un sourire — quelque chose de moins décidé que ça, qui n'alla pas plus loin que le coin des lèvres, mais qui était là.
Il ne le vit pas. Il s'était trouvé le seul endroit de la pièce où il pouvait se tenir debout sans risquer, et il s'y était posté avec l'air de quelqu'un qui ne commentait pas la situation.
La femme avait déjà commencé. Une marmite sur le feu, une odeur qui s'installa lentement dans la pièce et que Freyla identifia avec un temps de retard — porc, légumes, quelque chose d'épicé. La femme ne les regardait pas beaucoup. Elle regardait son mari, et son mari regardait ses mains, et personne ne parlait encore.
Ce fut le fernier qui rompit le silence — prudemment, comme on reprend pied sur un sol qu'on n'est pas sûr de trouver solide.
— Vous venez de loin ?
— De l'est, dit Freyla.
Il hocha la tête sans poser d'autre question sur ce point. De l'est, avec ce genre d'escorte, après ce qu'il venait de voir sur la route — il avait sans doute décidé que certaines choses ne le regardaient pas. Il se détendit un peu, suffisamment pour lever les yeux sur elle vraiment.
Elle vit ce qu'il voyait — une femme, rousse, les cheveux défaits et la mise pas très nette après plusieurs jours de route, mais dont le regard ne correspondait pas à l'état du reste. Il déplaça son attention vers l'homme, brièvement, et la ramena sur elle avec le tact de quelqu'un qui a fait son choix sur qui il allait parler ce soir.
La soupe arriva. La femme servit sans cérémonie et s'assit à l'écart. Il tint son bol à deux mains et ne dit rien. Freyla mangea lentement, méthodiquement, parce qu'elle avait faim depuis des jours mais qu'elle voulait aussi que ça dure.
— Le duc de l'ouest, dit-elle entre deux cuillerées. Il est toujours là ?
L'homme leva les yeux.
— Aldritt ? Oui. Toujours. Vieux, mais solide, ce qu'on dit.
Quelque chose se dénoua dans sa poitrine. Elle ne l'avait pas senti noué jusque là.
— La capitale est loin d'ici ?
— Trois jours, à cheval. Moins si vous poussez.
Elle hocha la tête. Puis elle posa d'autres questions — sur les routes, sur les villages à éviter, sur les passages qu'on contrôlait ou non. L'homme répondait de bonne grâce, un peu surpris par le rythme. Elle s'en aperçut et ne ralentit pas pour autant. Quinze ans. Elle avait quinze ans de questions en retard sur le monde et cet homme avait la malchance d'être le premier à sa portée.
Elle lui demanda comment se portaient les récoltes cette année, si le duché avait récupéré depuis la famine d'il y a quatre ans, ce qu'on pensait du régime dans les campagnes, si les gens parlaient de ça.
L'homme répondit à certaines questions, esquiva les autres avec le soin de quelqu'un qui a appris à choisir ses mots depuis quinze ans. On ne parlait pas trop. On gardait la tête baissée. Ça allait, en gros. Mieux qu'ailleurs, disait-on.
Elle n'insista pas sur ce point.
À un moment, elle le surprit qui la regardait. Pas avec curiosité — avec quelque chose de plus neutre, plus attentif. Elle soutint son regard une seconde, puis se retourna vers son bol.
La soupe était bonne. C'était, jusqu'à présent, le meilleur repas de sa vie d'adulte.
Ce n'était pas difficile à battre, mais ça comptait quand même.
Quand les bols furent vides, le fermier se leva et leur fit signe de le suivre. Un couloir bas, une porte au fond. Il l'ouvrit.
La chambre était petite — un lit, une table, une chaise. Des affaires accrochées à un clou, un manteau d'enfant devenu trop petit pour qui le portait. Le fermier s'arrêta sur le seuil.
— C'est la chambre de notre fils, dit-il. Il est parti il y a deux ans. À la ville. Pour voir si c'était mieux.
Il ne dit pas si c'était mieux. Freyla ne demanda pas.
— On n'a que ça, dit-il. Un seul lit.
— Ça ira, dit-elle.
Il hocha la tête et ne posa pas d'autre question.
La fermière apparut derrière eux avec quelque chose plié sur les bras — une robe, sombre, en laine épaisse, propre. Elle la tendit vers Freyla avec une expression qui n'appelait ni commentaire ni remerciement excessif.
— Elle me va plus depuis un moment, dit-elle. Vous êtes à peu près ma taille d'avant.
Freyla prit la robe. La femme était plus large qu'elle, plus ancrée dans ses chaussures, mais elles avaient la même taille, à peu près. Elle regarda le tissu, passa un doigt sur le col.
— Merci, dit-elle.
La fermière hocha la tête et repartit.
Il se tourna vers la porte.
— Je vous attends dehors, dit-il.
— Il vous faut un nom.
Il s'arrêta.
Silence.
— Gleymrok, dit Freyla.
Il ne demanda pas d'où ça venait. Il hocha légèrement la tête.
— Bonne nuit, dit-il.
Il sortit. Freyla entra dans la chambre et ferma derrière elle.
Elle resta un moment avec la robe dans les mains et cette soudaine impression d'espace — pas l'espace dehors, l'autre, le simple fait que personne ne la regardait.
Elle se changea vite, parce qu'elle n'avait pas l'habitude de prendre son temps pour ça et parce que ses mains n'attendaient pas la permission de son esprit. La robe tombait bien. Elle n'avait pas porté quelque chose de propre depuis des jours, quelque chose qui n'était pas la tenue qu'elle avait sur elle quand tout avait commencé. Elle lissa le tissu sur ses hanches, sans miroir pour vérifier, et décida que ça n'avait pas d'importance.
Dehors, le fermier était assis sur un banc bas contre le mur de la ferme, une pipe entre les dents et un verre sur le genou. Il leva les yeux en voyant Gleymrok sortir, ne dit rien, et alla chercher un deuxième verre à l'intérieur. Il revint, le remplit d'un alcool pâle tiré d'une jarre sans étiquette, et le posa à côté de lui sur le banc.
Gleymrok s'assit. Prit le verre. Le fermier ne regardait pas les étoiles d'une façon particulière — il regardait juste devant lui, comme quelqu'un qui a l'habitude de finir ses soirées comme ça et qui n'en demande pas plus.
Ils restèrent dehors sans parler.
La pipe du fermier rougit par intermittence dans le noir. Quelque part derrière la ferme, le cheval de trait souffla. Le petit cheval de Freyla, attaché à côté, bougea sans répondre.
Au bout d'un moment, le fermier se leva, frappa sa pipe contre le bord du banc pour en vider le fourneau, et rentra.
— Bonne nuit, dit-il.
Gleymrok ne répondit pas. Ou peut-être qu'il dit quelque chose de bas — le fermier n'attendit pas pour le savoir.
La porte se referma.
Gleymrok resta dehors.
Il y avait quelque chose dans le silence de la nuit qui permettait de relâcher ce qu'on tenait serré. Pas grand-chose. Juste un peu.
Il posa l'épée en travers de ses genoux et regarda devant lui — les champs, le ciel bas, les deux chevaux attachés au poteau. Il ne cherchait pas à penser. La pensée venait d'elle-même quand on lui en laissait la place, et c'était suffisant.
Il ne savait pas qui il était. Ce n'était pas une formule — c'était un fait nu, sans bord, sans fond. Il n'avait pas de visage dans une mémoire, pas d'endroit dont il serait venu, pas de nom à se donner. Elle venait de lui en donner un. Gleymrok. Il le laissa exister sans savoir s'il le reconnaissait. Il avait une épée. C'était l'intégralité de ce qu'il possédait.
Il la regarda.
Elle était brisée au tiers, large comme une main, et il y avait quelque chose le long du métal qui n'était pas du reflet. Une lumière ténue, presque rien. Elle s'allumait quand il tuait — pas longtemps, pas fortement, mais elle était là. Il était le seul à s'en apercevoir. Ou bien les autres s'en apercevaient trop tard pour que ça compte.
Il ne savait pas ce que ça signifiait. Il nota que ça signifiait quelque chose, et il laissa ça de côté.
La femme à l'intérieur.
Il n'était pas certain de savoir quoi en faire. Il avait su où aller — la tour, l'escalier, les gardes. Il avait su qu'elle était ce qu'elle était. Ma reine. Les mots étaient sortis avant qu'il les forme, comme quelque chose qui n'avait pas attendu son autorisation. Mais maintenant qu'il la regardait — qu'il l'avait regardée manger de la soupe avec la concentration de quelqu'un qui n'a pas eu assez à manger depuis longtemps, qu'il l'avait entendue poser des questions à ce fermier avec une précision qui ressemblait à de la faim d'un autre ordre — il ne voyait pas une reine. Il voyait une jeune femme, jolie, dont il ne savait rien.
Elle lui avait dit que le duc était un ami de son père.
Il n'en tira pas les conclusions évidentes. Peut-être qu'elles n'étaient pas encore accessibles. Peut-être qu'il n'était pas encore l'homme qu'il aurait fallu pour les tirer.

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