4.2

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Thadeus Kreisth, village de Vedènne

Le chaos commença par le premier homme à tomber au sol.

Après l'orage, ce fut la mort qui s’invita à l’entrevue autrefois très secrète de l’inquisiteur.

Une flèche avait atteint au torse l’un des acolytes de Kreisth. L’expression de sa surprise et douleur fut la seule chose qu’il laissa après sa mort. Choses gravées irrémédiablement sur son visage. La nuit bien calme qui avait étreint Vedènne se voyait brisée.

Le chaos prenait les abords du bâtiment où se trouvaient l’inquisiteur et ses hommes et au-dehors, les acolytes de Kreisth étaient engagés par leurs assaillants qui semblaient surgir de toute part.

Kreisth et les occupants de la maison ne furent pas épargnés par la violence qui se déchaînait. Certains combattants du pacte avaient fait céder la défense qui s'était créée autour du bâtiment et un combat prenait à présent place dans le rez-de-chaussée.

L’inquisiteur avait alors harangué ses hommes tandis qu’un de ses combattants lui avait apporté son épée encore prise dans son fourreau. Dégainant l’arme, il la fit bientôt siffler dans l’air en la recouvrant bien vite du sang des infidèles du culte.

Les hommes de l’inquisiteur luttaient âprement. Le combat était mené dans un corps-à-corps des plus sauvages, une lutte rapprochée animale où se rencontrait le fanatisme des membres du pacte et celle des hommes de l’inquisition. Aucun quartier n’était donné ou même souhaité par les belligérants.

Les mercenaires de Petiti essayaient tant bien que mal de garder entravés leurs prisonniers, mais ces derniers leur donnaient du fil à retordre. Les hommes des duchés formaient une sorte de cercle défensif autour de Juliano, leur chef, tel un solide roc sur lequel la vague d’assaillants venait se jeter.

Kreisth avait entretemps ramassé la tige de fer chauffé à blanc du brasero et, équipé de ces deux armes, il combattait chacun des hommes qui se portaient à sa rencontre. Ils étaient tués, purifiés par le fer et le feu.

L’acier de la lame coupait, le fer de la tige brûlait et en quelques duels l’inquisiteur avait presque rejoint Juliano et ses hommes non loin de la porte d’entrée.

Mais alors qu’il se taillait un chemin sanglant, il vit la formation des hommes du duché battre de l’aile. Elle pliait sous le poids du nombre et ce qui la fit flancher ne fut pas les assauts extérieurs, mais bien dû aux prisonniers qu’elle gardait en son centre.

L’homme aux balafres s’était mis debout à grand coups de coude, aidé par ses co-prisonniers qui occupaient leurs gardes. Il avait récupéré sur le sol une des nombreuses armes qui y gisaient et coupant ses liens plongea dans le chaos la formation de Petiti.

Entre chaque regard qu’il se permettait de lancer en direction des mercenaires du sud, Kreisth eut juste le temps de voir Juliano être attaqué par le balafré avant de dévier une lame qui se dirigeait vers sa propre tête.

Par les Trois, articula Kreisth avec énervement.

En un battement de cils, l’inquisiteur avait repoussé l’attaque, tué son agresseur, mais lorsqu’il put regarder à nouveau la position de Juliano, il le vit à genoux.

Rugissant intérieurement, Kreisth intensifia ses efforts.

La fatigue de la journée se faisait sentir. Ses bras étaient lourds et seule sa détermination le faisait continuer à avancer. Sa détermination et son instinct de survie.

Parant une hache qui se destinait à lui, Kreisth attaqua l’homme de sa tige en laissant sur le visage de son agresseur une grande brûlure.

Sa seconde arme était l’une des quelques sources de lumière orangée présentes. Elle dansait dans les airs entre chaque coup de l’inquisiteur. Entre chaque attaque et brûlure qu’il infligeait aux combattants du pacte. Quelques-uns de ses combattants s’étaient ralliés à lui et c'est ensemble qu’ils rallièrent les mercenaires du sud. Nulle trace de leurs prisonniers toutefois. Parmi les nombreux corps qui gisaient au sol, trois d'entre eux appartenaient aux anciens captifs de Petiti, mais les autres avaient dû profiter du chaos pour fuir.

Le balafré avait semble-t-il marqué le coup et Juliano était au sol, l’un de ses hommes en train de couvrir la plaie d’un tissu. S’agenouillant vers lui, Kreisth lui adressa la parole alors que les bruits de combats résonnaient encore avec force tout autour d'eux.

— Vous voilà bien mal embarqué Petiti, on dirait que vous avez été suivis… commença Kreisht avec une voix calme malgré le combat qui l'entourait.

— Il semblerait, articula Juliano.

— Attendez donc là, je vais m'occuper du reste de nos “invités”.

Juliano ne gratifia Kreisth que d’un hochement de tête entre chacune de ses grimaces de douleur.

Laissant la tige qui avait bien perdu de sa chaleur, l'inquisiteur se releva en prenant une lame courte sur le sol et tel l’homme de parole qu’il était, se mit à attaquer à nouveau les quelques hommes du pacte encore autour de l’entrée.

Le rez-de-chaussée fut bien vite débarrassé du reste de ses intrus.

Retirant sa lame du dernier d’entre eux, Kreisth se précipita alors dehors pour se joindre au reste de ses hommes. Comme pour ajouter plus de supplices aux membres de l’inquisition, la pluie s’était intensifiée et les éclairs faisaient comme des flashs lumineux capturant des images de cette brutale scène de combat.

La cour et la rue qui faisaient face à la maison représentaient un espace somme toute assez large. Les hommes de l’inquisiteur avaient formé deux lignes de part et d’autre de la rue. Deux murailles qui retenaient le flot d’assaillants qui tentait de se frayer un chemin avec force.

De temps à autre, un homme de Kreisth tombait et quelques hommes du pacte passaient, mais ils étaient prestement repris par les quelques soldats de l’inquisiteur qui se tenait dans l’espace séparant les lignes. L’un deux, trop fier de sa réussite ou trop confiant chargea l’inquisiteur qui le tua simplement dans sa course d’un revers de sa lame.

La situation ne tenait plus qu’à un fil, mais l’inquisiteur était arrivé à point nommé pour aider ses hommes.

Levant son épée en l’air, il cria :

— POUR LES TROIS !

— POUR LES TROIS ! reprirent les hommes qui l’avaient suivi en dehors et ils se jetèrent tous dans la mêlée.

Ce supplément de force était exactement ce qu’il fallait aux défenseurs.

Comme en adéquation avec la lutte qui avait pris l'intérieur du bâtiment, les affrontements qui couvraient la rue étaient disputés. Les hommes du pacte étaient fidèles à leurs réputations, tout comme les combattants de l’inquisition. Il s’agissait d’hommes à la hauteur des réputés acolytes de Kreisth.

L’inquisiteur luttait, épaule contre épaule, avec ses hommes qui maintenaient avec discipline leur formation. Leurs ennemis n’étaient pas venus en nombre suffisant pour tourner la situation en leur faveur, mais ils n'en étaient pas moins dangereux pour autant. Tout autre adversaire aurait d’ailleurs tourné les talons depuis un bon moment au vu du combat d'attrition qui était à présent mené en défaveurs des assaillants.

Les rangs du pacte se clairsemaient de plus en plus, mais toujours aucun fuyard. Les hommes de Kreisth durent ainsi les abattre jusqu’au dernier pour en être libérés.

L'inquisiteur qui avait son épée presque figée dans le corps de son adversaire dut l’accompagner jusqu’au sol pour pouvoir reprendre son arme.

Ce faisant, il se dressa sur une véritable allée de cadavre.

Il ne restait plus que les deux lignes d’acolytes de l’inquisiteur debout face à ce sombre spectacle.

Veni lux , fit l’inquisiteur se fendant d’un sourire.

Finis tenebrarum, reprient ses hommes avec force.

La lutte avait été gagnée, mais à un prix élevé.

Voilà de la tripaille comme les locaux en ont rarement vu, se dit Kreisth.

Laissant ses hommes s'occuper des quelques rescapés qui reposaient sur le sol gorgé d’eau et de sang, Kreisth s’en retourna dans le bâtiment. Les corps des guerriers du pacte morts étaient sortis par ses combattants et au centre de la pièce se tenait Juliano, assis sur le sol, aidé de ses hommes.

— Qu'en est-il ? fit l’inquisiteur en rengainant son épée dans le fourreau que l’un de ses acolytes lui ramenait.

— Une blessure… au ventre, dit Juliano avec douleur. Le pendard m’a attaqué par-derrière.

— Faites voir ça, demanda l’inquisiteur en se baissant.

Le sang coulait de la blessure. Un couteau avait dû tailler la chair, le tissu et le cuir avec facilité. Remettant le tissu gorgé de rouge qui avait dissimulé la plaie, il regarda à nouveau Juliano.

— Un coup au ventre… articula l’homme des duchés. C'est une mort lente.

— Pas forcément, vous êtes jeune. Vous avez la force de l'âge avec vous. Et il faut dire que je connais un habile religieux dans un temple monacal non loin de là. Faites le ammenez pas vos hommes. Je vous donnerai l’un des miens pour vous guider et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, vous serez sur pied, hein !? dit Kreisth en donnant une petite tape sur l’épaule de Juliano. Mais pour l'heure, il va falloir s’assurer que vous restiez en vie. Apportez-moi donc le brasero et du tissu propre, dit Kreisth à ses hommes. On dirait que les fers vont servir à nouveau.

En un grand sourire, l'inquisiteur allait se mettre au travail. Il allait utiliser ses outils pour cette fois guérir. Ou tout du moins, maintenir en vie Juliano pour qu’il rejoigne des mains plus expertes.

Il n’avait pas réagi quant à l’un des corps qui se tenait non loin de lui sur le plancher du sol. Le Ghesïl ramené par Petiti était là, bien mort dans une grande flaque de son sang noir. C’était leur objectif après tout, mais cela n’en restait pas moins un gâchis. L’inquisiteur allait devoir combattre sur deux fronts à compter de maintenant. Lutter face à deux ennemis dangereux, bien que l’ordre ne disposait plus que de l’une de ses trois têtes pensantes après cette nuit. Mais un animal acculé est d'autant plus dangereux. Le culte, le pacte venait de le prouver.

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