Chapitre 1 - Shanghai ne pardonne pas
La pluie s’écrasait sur Shanghai comme une mécanique mal réglée, répétitive, agressive, incapable de s’arrêter. Les lumières de la ville se reflétaient sur le béton détrempé, transformant chaque rue en surface instable, presque vivante. Dans ce chaos maîtrisé, John MacElding avançait sans ralentir.
Il ne fuyait pas.
Il terminait.
Deux silhouettes surgirent à l’angle d’un couloir de service, armes levées, trop lentes, trop visibles. John pivota, ajusta, tira. Deux impacts nets. Les corps chutèrent sans bruit inutile, absorbés par le vacarme extérieur. Il ne regarda pas derrière lui. Ce qui était fait n’existait déjà plus.
Un niveau plus bas, une porte métallique verrouillée, une impulsion sur son datapad, puis un claquement sec. À l’intérieur, des écrans brisés, des câbles arrachés, et au centre, une mallette ouverte, vide. Mauvais signe.
Un mouvement dans le reflet d’une vitre fissurée. Trop tard pour réfléchir.
John se baissa, roula, évita la rafale qui découpa l’air à l’endroit exact où il se trouvait une seconde plus tôt. Il se releva dans le même mouvement, tira à l’aveugle, corrigea, toucha. L’homme s’effondra en arrière, emporté contre les restes d’une console déjà morte.
Le silence ne dura jamais.
Un signal clignota sur son interface. Instabilité structurelle. Décompte enclenché.
Évidemment.
John attrapa la mallette vide, la referma par réflexe, comme si le geste avait encore un sens, puis se dirigea vers la verrière qui donnait sur l’extérieur. Trois étages. Trop haut pour réfléchir. Suffisant pour survivre.
L’explosion commença derrière lui.
Pas une détonation, mais une montée progressive, un souffle qui aspirait tout avant de relâcher. John brisa la vitre d’un coup sec, plongea sans hésitation. Le verre éclata autour de lui, projeté comme une pluie inversée. Impact, roulade, réception. L’eau amortit, le béton rappela à l’ordre.
Il se releva immédiatement.
Toujours en mouvement.
Derrière lui, la structure s’embrasa, avalée par ses propres fondations. Personne ne sortirait par là. C’était prévu.
Son oreillette grésilla.
— Extraction compromise. Nouvelle trajectoire recommandée.
John coupa la communication sans répondre.
Il n’aimait pas les recommandations.
Quelques minutes plus tard, il disparut dans le flux de la ville, absorbé comme une erreur corrigée trop vite.
La suite fut plus calme.
Toujours.
La chambre était située au dernier étage, vue parfaite sur une ville qui ne dormait jamais. Le verre, la lumière, le silence. À l’intérieur, tout était à sa place.
Elle était déjà là.
Allongée sur le lit, un verre à la main, regard amusé, comme si elle connaissait déjà la fin de l’histoire. Une robe abandonnée sur le sol, sans importance désormais. Le champagne était ouvert, les fraises intactes, pour l’instant.
John enleva lentement son manteau, le posa sans un mot, puis s’approcha.
— Tu étais en retard.
— J’étais vivant.
Elle sourit.
— Ça suffisait.
Le reste n’avait pas besoin d’être expliqué.
Le temps passait différemment ici, suspendu, presque irréel, comme si la ville s’était arrêtée juste pour observer.
Sur la table, son datapad s’illumina.
Une notification.
Priorité absolue.
Convocation.
John jeta un regard rapide, sans lire, puis détourna les yeux.
Elle attrapa une fraise, le regarda avec un mélange de curiosité et de défi.
— Tu ne répondais pas ?
— Plus tard.
— Ça avait l’air important.
John prit le verre de champagne, but une gorgée, sans quitter son regard.
— Ça pouvait attendre.
Elle se rapprocha légèrement.
— Et toi ?
Il esquissa un sourire à peine visible.
— Jamais.
Le datapad continua de vibrer.
Personne ne répondit.
Pas tout de suite.

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