Chapitre 3 - Sous contrôle
L’espace s’ouvrait en profondeur, mais rien n’y était laissé au hasard.
Chaque ligne, chaque surface, chaque silence participait à une logique qui dépassait la simple architecture. John MacElding avançait sans ralentir, ses pas résonnant avec précision sur le marbre, comme s’ils étaient attendus.
Un premier seuil, presque invisible, marquait la transition.
Le pré-bureau apparaissait dans la continuité du vide, plus contenu, mais tout aussi froid. Une surface de travail minimaliste, quelques interfaces intégrées dans la matière, et derrière, une présence qui contrastait avec l’ensemble.
Alice Genevois ne leva pas immédiatement les yeux.
Elle terminait ce qu’elle faisait. Toujours.
Puis elle releva le regard.
— Vous êtes en avance, John.
Il s’arrêta à quelques pas, sans s’imposer.
— Je n’aime pas attendre.
— Je sais.
Un léger silence s’installa, maîtrisé, comme une habitude.
Elle se leva. Élégance simple, précision dans chaque geste, rien de superflu. Son regard s’attarda une fraction de seconde de trop.
— Shanghai ?
— Terminé.
— Toujours aussi discret ?
— Toujours aussi efficace.
Elle esquissa un sourire.
— Vous avez laissé quelque chose derrière vous ?
— Rien qui puisse remonter jusqu’ici.
— Vous êtes sûr ?
John la regarda, sans répondre immédiatement.
— Je ne viens jamais avec des certitudes.
— C’est pour ça que vous revenez.
Un temps.
— Vous allez finir par vous lasser de moi, Alice.
— Pas aujourd’hui.
Elle détourna légèrement le regard, puis activa une interface invisible à même la surface du bureau.
— La directrice vous attend.
Elle marqua une pause.
— Et elle n’aime pas attendre.
John inclina légèrement la tête.
— Personne n’aime.
Elle s’approcha, réduisant la distance sans jamais la franchir complètement.
— Vous devriez faire attention.
— À quoi ?
— À ce que vous laissez passer.
— Je ne laisse rien passer.
— C’est ce que vous croyez.
Le silence s’étira, juste assez pour exister.
Puis elle activa la communication.
— Madame.
Un instant.
— Ikarus 6 est là.
La réponse fut immédiate, nette.
— Faites-le entrer, mademoiselle Genevois.
Alice recula d’un pas, retrouvant instantanément sa posture professionnelle.
— Vous pouvez y aller, John.
Il passa à côté d’elle sans la toucher.
— À tout à l’heure.
— Si tout se passe bien.
— Ça ne se passe jamais bien.
Un léger sourire.
— Je sais.
La porte s’ouvrit sans bruit.
Le bureau de la directrice n’avait rien d’un bureau.
Un espace vaste, dépouillé, dominé par une table centrale et une lumière froide qui ne laissait aucune place à l’ombre. Helena Voss se tenait debout, immobile, comme si elle faisait partie du décor.
— MacElding.
— Directrice.
— Vous avez pris votre temps.
— J’ai terminé correctement.
— Je n’en ai jamais douté.
Elle fit quelques pas, lentement, sans le quitter des yeux.
— Shanghai était un test.
John ne réagit pas.
— Pas pour vous.
Un léger silence.
— Pour eux.
— Et ?
— Ils vous observent.
John soutint son regard.
— Ils vont être déçus.
— Je n’en serais pas si certaine.
Elle activa une projection.
Une structure apparut, instable, fragmentée, difficile à lire au premier regard.
— Une puce.
— Ça ne ressemble pas à une puce.
— Parce que ce n’est pas un objet classique.
Elle ajusta l’image.
— Intelligence artificielle embarquée. Autonome. Capable de s’adapter, d’apprendre, et surtout… de pénétrer n’importe quel système existant.
— Tous ?
— Tous.
Un temps.
— Défense, nucléaire, militaire, civil. Rien ne lui résiste.
— Donc quelqu’un peut tout prendre en otage.
— Quelqu’un peut tout arrêter.
John observa la projection sans ciller.
— Ou tout déclencher.
— Exactement.
Le silence se referma.
— Où ?
— Nous n’avons pas de localisation fiable.
— Mais vous avez une direction.
— Nous avons un point d’entrée.
Elle fit apparaître un visage.
— Un intermédiaire.
— Toujours.
— Il ne détient pas la puce.
— Il sait où elle est.
— Il pense savoir.
John fixa l’image.
— Nom ?
— Sans importance.
— Tous les noms ont une importance.
— Celui-ci disparaîtra bientôt.
Un léger silence.
— Vous allez commencer proprement.
— Je ne commence jamais autrement.
— Vous allez faire semblant de croire à ce qu’on vous donne.
— Et ensuite ?
— Vous verrez ce qui ne colle pas.
John esquissa un léger sourire.
— C’est toujours là que ça devient intéressant.
Helena Voss s’arrêta face à lui.
— Ce qui vous attend n’est pas chaotique, MacElding.
— Alors ce n’est pas un problème.
— C’est exactement pour cela que ça en est un.
Un instant.
— Cette fois, vous n’êtes pas le seul à jouer.
— Je ne l’ai jamais été.
— Non.
Elle marqua une pause.
— Mais cette fois, quelqu’un connaît déjà vos coups.
Le silence s’installa.
— Parfait.
— Pourquoi ?
John releva légèrement le regard.
— Ça m’évitera de perdre du temps.
Helena Voss ne sourit pas.
— Faites attention.
— À quoi ?
— À ce que vous ne voyez pas.
John se détourna.
— C’est toujours ce qui compte.
Il quitta la pièce sans ajouter un mot.
Derrière lui, le système s’activa.
La mission venait de commencer.

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