Chapitre 4 - Requiem pour des outils
La porte se referma derrière lui sans bruit.
John MacElding ne ralentit pas. Il n’en avait pas besoin. Tout ici était conçu pour guider sans imposer, pour diriger sans montrer. Le marbre reprenait immédiatement le contrôle de l’espace, froid, net, presque irréel.
Alice Genevois leva les yeux avant même qu’il ne parle.
— Alors ?
— C’est propre.
— Trop ?
— Toujours.
Elle esquissa un léger sourire, déjà en train d’activer une projection.
— Départ dans trois heures. Vol privé. Aucun enregistrement officiel. Vous voyagez sous couverture civile.
John s’arrêta à quelques pas.
— Identité ?
Elle fit apparaître le dossier.
— Industriel indépendant. Secteur armement et technologies de défense. Investissements récents dans des structures difficiles à tracer. Profil crédible, discret, mais suffisamment exposé pour justifier votre présence.
— Je suis censé acheter quoi ?
— L’accès.
Un silence.
— Gala de charité. Fondation technologique. Donateurs triés sur le volet. Beaucoup d’argent, beaucoup d’influence, et surtout… beaucoup de choses à cacher.
— Classique.
— Votre présence est logique. Votre comportement devra l’être aussi.
Elle fit défiler une dernière information.
— Votre contact sera sur place. Il ne viendra pas à vous. Il observera.
— Je n’aime pas ça.
— Vous allez devoir.
Elle coupa la projection.
Le silence resta.
— Faites attention, John.
— À quoi ?
— À ce que vous allez croire maîtriser.
— Je ne maîtrise rien.
— C’est faux.
Elle s’approcha légèrement.
— Vous contrôlez tout… jusqu’au moment où quelque chose ne joue plus selon vos règles.
Un léger décalage dans l’air.
— Et cette fois ?
— Cette fois, vous ne verrez pas venir.
John soutint son regard.
— Parfait.
— Pourquoi ?
— Parce que c’est là que ça devient intéressant.
Elle esquissa un sourire, plus discret.
— Bon vol.
— Merci, Alice.
— Revenez.
— Je fais toujours ça.
— Pas comme avant.
Il passa à côté d’elle.
Sans la toucher.
Mais sans l’ignorer.
La salle suivante changeait tout.
Moins ouverte. Plus dense. Plus fonctionnelle.
Noah Kessler était penché sur une surface noire, absorbé.
— Vous êtes encore vivant.
— Vous êtes encore désagréable.
— C’est ce qui vous sauve.
John s’approcha.
— Qu’est-ce que vous avez ?
Kessler activa la table. Les dispositifs apparurent, alignés, nets.
— Rien de spectaculaire. Tout est utile.
John observa.
— Parfait.
Kessler désigna le premier.
— Le bracelet.
Un anneau noir, discret.
— Il lit les réactions physiques. Température, tension musculaire, rythme. Vous saurez quand quelqu’un ment, hésite ou anticipe.
— Donc je vois avant d’entendre.
— Exactement.
Un second objet glissa.
— Clé d’accès.
Une capsule métallique.
— Vous la posez. Elle s’intègre. Porte, système, terminal. Elle devient une autorisation valide.
— Sans alerte.
— Sans trace.
Kessler activa un troisième module.
— Capteur réseau.
Une plaque fine.
— Il détecte les flux cachés. Communications invisibles, réseaux parallèles, systèmes non déclarés.
— Ce qui ne devrait pas être là.
— Ce qui ne veut pas être vu.
Un autre objet apparut.
— Balise de substitution.
John le fixa.
— Expliquez.
— Si on vous suit, elle prend votre place. Les systèmes suivent la balise. Pas vous.
— Combien de temps ?
— Suffisant pour disparaître.
Kessler marqua une pause.
— Celui-là est différent.
Un module compact.
— Amplification physique. Réflexes, vitesse, précision.
— Et après ?
— Vous ralentissez.
— Combien ?
— Suffisamment pour que ça compte.
John ne répondit pas.
Dernier dispositif.
Kessler le posa lentement.
— Celui-là… vous évitez.
— Donc il va servir.
— Si vous l’utilisez, c’est que tout est déjà compromis.
John fixa l’objet.
— Qu’est-ce qu’il fait ?
— Il coupe les systèmes autour de vous.
— Complètement ?
— Non. Juste assez pour créer un trou.
— Combien de temps ?
— Quelques secondes.
— Suffisant.
— Si vous êtes rapide.
Le silence retomba.
John prit les dispositifs un à un, les intégrant sans hésitation.
— Là c’est clair.
— Enfin.
— Vous avez fait du bon travail.
— Je m’adapte.
John se tourna vers la sortie.
— Je pars.
— Je sais.
— Essayez de ne pas mourir.
John esquissa un léger sourire.
— Pas aujourd’hui.
La porte s’ouvrit.
Et cette fois, la mission ne ressemblait à aucune autre.

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