La Contre-attaque du Lézard

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Trois heures s'étaient écoulées et tous les sujets du royaume s'étaient retrouvés dans le Colisée des Champions, l'endroit le plus prisé de tout le royaume de la Forêt des Fées, autant par les riches que par les pauvres.

La reine, ses ministres, ses suivantes et ses gardes du corps s'installèrent dans le balcon royal, les princesses et leurs champions se situaient un étage en-dessous, collés côte-à-côte – même la Fée ! Oui, oui ! En même temps, la reine n'allait pas construire une place spéciale juste pour elle, cela serait trop d'honneur. Cependant la suite royale avait subi un réarrangement pour l'accueillir, elle et son champion – la reine tenait à avoir à côté d'elle cet électron libre.

Tout le peuple était installé dans les gradins, plus les personnes étaient riches, plus elles avaient les meilleures places au milieu.

Pourquoi pas plus haut ou plus bas ?

Hé bien, cela a une explication très simple : tout en haut, on voit presque rien même avec une vision de onze sur dix et les sièges étaient pas vraiment « réglementés », et tout en bas, le risque de se prendre un objet non voulu comme un débris, un bout de lance, une fourche, un trident, une épée, un char de gladiateur, un bras de golem, voire un minotaure était vraiment plus commun qu'on pourrait le penser – le Colisée n'aurait même pas la moyenne sur les sites d'avis et de conseils touristiques.

Le public était perplexe, le premier jour d'ouverture du tournoi était censé être le lendemain de la parade, il devait y avoir tout un spectacle avec de la magie et tout le tintouin, mais là, on leur annonçait qu'un combat atypique allait se tenir désormais. De plus, la sécurité du Royaume et toutes ses sections avait été renforcée – parce que, c'est drôle deux minutes les tentatives d'assassinats ratées mais à force, on peut remarquer que la sécurité du fief de la reine des Féériques de ce lieu était une vraie passoire – car le danger atteignait désormais les sujets du Royaume.

Le peuple ne pourrait plus agir de façon aussi décontractée qu'auparavant, il fallait prendre des précautions : gardes à l'entrée de chaque lieu administratif ou où est-ce que les princesses et autres personnes importantes pourraient se trouver, dans chaque endroit de réunions, patrouilles dans la forêt du Cerf aux Bois Blancs Tachetés, mines magiques à l'extérieur du Royaume, plus d'effectifs sur le haut des murailles et des tourelles, fouilles chez tous les suspects et dans les Basfonds...

Il aura fallu attendre que ça soit plusieurs princesses qui soient mises en danger pour que la Défense – l'unité royale qui se charge de la sécurité du Royaume – se bouge le train.

Tout avait été mis en place pour que la « Bataille pour le Royaume de Sylvania » se déroule sans accroc.

Le showman du stade débarqua sous une pluie de feu d'artifice, chevauchant une raie-manta volante étoilée. Il fut accueilli par un tonnerre d'applaudissement de la part des spectateurs – on ne pouvait nier qu'il était aimé par cette foule en délire.

Cet « homme », car il n'avait pas de genre, n'était autre qu'un slime bleu avec un chapeau haut-de-forme.

Lorsque l'animal marin atterrit, le blob roula sur le sol et se mit à prendre une forme humanoïde et la fête reprit de plus belle.

- Est-ce que vous êtes prêts pour le plus grand spectacle de votre vie ? hurla le blob dans une sphère magique mégaphonique.

La foule lui cria unanimement sa réponse.

- Hé bien, j'en suis ravi ! Moi, le grand Tadzi, je vais vous présenter les plus grands combats de votre vie, combats réalisés par les champions de leurs princesses pour qu'elles puissent se hisser jusqu'au trône de Sylvania ! Mais pour l'heure, vous allez assister à un combat fratricide entre les deux énergumènes qui ont attenté à la vie de l'une de nos belles princesses. Le gagnant de ce match aura droit de recouvrer sa liberté ! Je vais donc vous présenter nos deux compères !

Il fit apparaître un bras de son tronc, puis un poing et ensuite un doigt pointant le côté droit du stade, là où se trouvait l'une des cellules d'attente, et s'exclama :

- À ma droite se trouve dans sa « salle d'attente » ... UN HUMAIN ! Je sais que vous en avez déjà vu mais rappelez-vous que bien qu'ils ressemblent à bien d'entre nous, ils restent tout de même de vils créatures.

La barrière menant à la zone de combat s'ouvrit et le Héros sortit de sa « loge » encore enchainé, trainant cette chaine d'« acier » sur le sol, les poignets liés à ses chevilles. Il était encore plus attaché que dans son cachot dans les Limbes, et encore plus contusionné de partout. Et de sa bouche, qui était grande ouverte, coulait du sang.

Ce fumier de Triface n'y est pas allé de main morte, pensa la reine outrée, pourquoi tant de hargne, anciens rois ?

La Fée se leva, fulminant de rage, elle voulut descendre dans l'arène pour arrêter cette future parodie de combat qui allait, de toute manière, être inéquitable, mais la reine Audisélia lui intima de s'asseoir : toute malencontreuse action de sa part envers cet humain pourrait ternir le peu de réputation qu'elle avait – surtout si cela n'est que dans le but de défendre un simple humain. Elle se rassit à contre-cœur mais jeta un regard noir à Sa Majesté.

Tu te trompes jeune fille, cela ne proviendrait jamais de moi un ordre aussi barbare...

- Ne vous laissez pas berner par ses blessures, prévint le présentateur, ces vilaines choses ont la particularité de révéler leur vraie nature au bord du précipice de la mort. Ne vous attendez à rien de valeureux venant d'eux. Surtout celui-ci ! Moi et mes petits enquêteurs, Mali et Malas, avons glané quelques informations sur notre cher humain.

Mali et Malas n'étaient rien d'autre que des mouches qui avaient acquis le don de la parole « humaine », elles étaient les fervents acolytes de Tadzi, et avaient un peu le titre de « journaliste-people » du Royaume, et il faut avouer qu'elles étaient rudement efficaces dans leur domaine.

- Vous avez devant vous, mesdames et messieurs, un criminel de haut vol...

Il fit apparaitre un énorme parchemin qu'il déplia le faisant se répandre longuement sur le sol.

- Il est accusé de... oh mais c'est terrible ça...

Il fait semblant d'être choqué alors qu'il l'a lu la veille.

- De meurtres, proxénétisme, torture, génocide, faux-moyennage, escroquerie, détention de faux et production de faux, ventes d'armes illégales, complots... et je vous laisse imaginer le meilleur (enfin le pire) !

Il enroula son parchemin rempli des crimes du garçon et l'avala.

Il y avait une chose parmi cette longue énumération qui était fausse et qui agaça le Héros.

- Comme vous avez pu l'entendre, cet Homme n'est pas un enfant de chœur et doit être le plus grand criminel que compte Franca, ne vous laissez pas attendrir par son jeune âge, ou sa forme juvénile, les avertit-il, ce n'est pas un chiot apeuré et blessé auquel vous avez affaire mais une véritable abomination de la nature ! Il est celui qu'on nomme par-delà ces murs : le « Démon-Sans-Visage ». Voici qui est notre premier combattant !

Une montée de huée se fit entendre dans tout le stade, et ils scandèrent « Abomination » avec véhémence. Ça n'était pas la première fois qu'on l'appelait ainsi, ni même rare qu'il reçoive cette insulte précisément, autant de la part des humains que des Féériques... Il était vraisemblablement une anomalie parmi tous les peuples qui pullulaient la croûte terrestre.

Peu importe le lieu où il allait, rien ne changeait...

Tadzi fit passer son bras du côté droit au côté gauche et pointa la cage qui était face à celle du Héros, la grille s'ouvrait petit à petit, elle grinçait fortement comme si ses jointures et ses engrenages étaient rouillés, elle avait vraiment du mal à s'élever.

- À ma gauche va bientôt apparaître le complice de cet humain ! Un pauvre homme-lézard, tout frêle qui devait obéir aux ordres malveillants de cet homme, il l'a même rebaptisé avec un prénom typiquement humain, je voudrais ce soir que vous applaudissiez ce pauvre saurien sans aucune force qui va devoir regagner sa liberté en affrontant son persécuteur. Voici Jor...

Une déflagration retentit près de la grille de la cellule d'attente de l'adversaire du Héros, il en sortit une énorme créature verte reptilienne, elle devait faire quatre, cinq fois la taille du Héros ! Il était passé du petit lézard tout gentil Rango à cette brute épaisse qu'était le Dr Connors.

Le lézard brisa ses chaines et fonça sur le présentateur, le garçon courut lui aussi vers le slime humanoïde, l'attrapa et le réduit à une taille de ballon de basket pour l'envoyer dans le public.

Il « sauva » le blob – parce qu'en définitif, un slime, ça ne meurt pas aussi facilement – et se prit à sa place l'écrasement que lui avait réservé Jordan, le lézard géant frappa le sol avec ses poings à répétition avant de le saisir par la tête avec ses gros doigts et l'envoyer valser contre le mur en-dessous des gradins à l'aide de sa queue.

Parmi le public royal, la reine Audisélia et la Fée furent prises de stupeur devant la nouvelle apparence de l'assassin. La reine se doutait que cela était un coup du tas de boue sur patte, elle se leva pour partir à sa recherche avec Sawyer, mais quelle ne fut pas sa surprise de voir qu'il se trouvait juste derrière elle.

- On peut dire ce qu'on veut sur les humains, mais c'est bien dans le pire qu'ils excellent, dit le Juge d'un ton ironique.

- Donc c'est bien ta faute s'il a revête cette monstrueuse forme hideuse ? demanda la reine.

- Il le fallait, avoua-t-il, si je ne l'avais pas fait, il se serait encore pris une raclée monumentale.

- Mais ça n'est pas équitable ! s'écria la Fée.

La reine lui intima de retourner s'asseoir mais la Fée ignora son ordre et se dressa face à Triface, elle tenta de lui saisir le bras mais en la touchant, Audisélia ressentit un étrange frisson lui parcourir tout son corps, c'était la première fois qu'elle sentait une sensation aussi... « spéciale » ...

- Et alors ? s'énerva le golem inquisiteur.

Audisélia prit la Fée par les épaules et la fit reculer derrière elle, toutes les deux se mirent à craindre cet être à trois visages. Elle ne l'avait jamais vu autant perdre son sang-froid, pourquoi tenait-il tant à le tuer ?

En a-t-il reçu l'ordre ? pensa la reine, de qui ?

Elle reprit ses esprits et ordonna la Fée de retourner à sa place, cette fois-ci, elle n'eut rien à redire, malgré ses montées de courage, elle restait malgré tout une personne peureuse. La reine dit :

- Ce traitement n'est pas impartial, Triface. Déjà que je t'ai laissé faire ton jugement sur la base d'aucune preuve tangible, un simple témoignage sans valeur d'un criminel, je ne peux pas tolérer cette machination à laquelle tu joues. À moins qu'il ne s'agisse que de la condamnation du jeune humain...

- Très perspicace, Ma Majesté, la félicita-t-il, vous êtes toujours indéniablement l'une des personnes les plus intelligentes de ce royaume.

- Cesse tes vaines flatteries, et par la même occasion, ce stupide combat, lui ordonna-t-elle.

- J'ai été conçu pour exterminer tous les êtres nuisibles qui s'infiltreront au sein de ce royaume prospère et dénué de ces cloportes d'humains, je suis la fusion des trois premiers rois guerriers qui ont combattu les envahisseurs humains lors de la fondation de cet endroit, je suis celui qui rendra justice à tous les sujets de sa Majesté ! dit-il en s'avançant vers la reine avec un pas ferme et décidé.

Sawyer et Globox se dressèrent face à lui et le pointèrent avec leurs armes respectives, mais il n'en avait rien à faire, il passa à travers eux grâce à sa faculté de devenir du sable et continua son avance vers la reine.

- Donc je ne vois pas pourquoi je me préoccuperais de la vie d'un incommode et misérable humain. Certes, cette mystérieuse magie qui le recouvre est intrigante mais nous n'avons absolument pas besoin de le garder en vie pour l'étudier. À moins que vous m'ayez caché quelque chose d'important sur cet homme, et j'espère que ce n'est pas basé sur vos stupides croyances au sujet de ce foutu héros de légende ! J'ai déjà été bien aimable d'épargner cette humaine dont vous vous êtes amourachée autrefois.

La reine se mit à rougir d'un coup d'un seul.

- Mais quelles inepties que vous débitez là ? balbutia Audisélia gênée en regardant le sol.

- A d'autres, cracha la troisième face, je n'ai que faire de vos histoires de cœur inter-espèce, continua-t-il en continuant sa marche vers cette fois-ci les tribunes pour observer le combat, j'ai été conçu à une époque où il n'y avait aucun havre de paix pour nos frères et sœurs Féériques, à une époque où les Hommes s'acharnaient à nous persécuter, à nous malmener, à se jouer de nous... Je ne laisserai pas une autre catastrophe se passer comme à l'époque de la Félonne ou de la construction de ce royaume à cause d'un jugement « impartial » ...

Dans le stade, le Héros sortit des gravats provoqués par le choc de son corps contre le mur, il était un peu sonné par les coups que lui avaient asséné l'homme-lézard sous stéroïde – faut dire que son pharmacien était vraiment compétent pour l'avoir chargé d'autant de « bonnes intentions » –, mais ça allait pour l'instant... Bien qu'il ne fût pas vraiment dans son assiette à cause du « coup de foudre » qu'il s'était pris en pleine tête. Ses flux gastriques commençaient à lui remonter l'œsophage, il était à deux doigts de vomir ses tripes.

Le Héros revint sur le terrain et se mit face à cette immense armoire à glace verte, toujours les mains menottées, toujours les chevilles enchainées, lié à sa cellule d'attente, il avançait d'un pas chancelant, sentant son ventre se tordre de douleur. Le regard fou de l'assassin homme-lézard lui confirma que dans son état actuel, il ne pourrait rien faire face à ce reptile monté sur deux pattes, dénué de toute raison. Il allait tout donner avant d'envisager de l'utiliser.

Tous les deux cavalèrent l'un vers l'autre, cependant, le Héros avait oublié qu'il était enchainé à la roulette à l'intérieur de la cellule d'attente, et que donc ses mouvements étaient restreints et que la distance qu'il pouvait parcourir était minuscule. Il fut retenu par ses chaines et tomba sur le dos. Ce kaiju du pauvre en profita pour se jeter sur le Héros, celui-ci réussit à l'esquiver de justesse en roulant sur le sol mais l'onde de choc que provoqua l'assassin transformé en incroyable monstre de jade écailleux l'expulsa dans les airs, et il le renvoya violemment sur le plancher des vaches avec ses poings et il atterrit sur lui en lui explosant l'abdomen avant de pousser un cri lui explosant les tympans.

La Fée fut outrée par toute la violence à laquelle ils assistaient, un énorme poids lui pesait sur le ventre de voir l'homme qui avait pris sa défense se faire tant molester juste parce qu'il était humain. Personne ne daignait réagir, tout le monde restait stoïque face à cet ignoble spectacle.

Les humains sont-ils à ce point malveillants pour mériter un tel châtiment ? se demanda-t-elle.

Elle s'approchait de Beneltig et lui demanda s'il pouvait l'aider.

- Bien sûr... que non ! Es-tu folle, bon sang ? Tu veux que je défie non seulement ce monstre mais en plus, le Juge Fou ? lui répondit-il, comparé à lui, moi je ne suis que des spaghettis et ce lézard serait les boulettes de viande dans un plat de spaghetti bolognaise.

- Hein ?

- Laisse tomber. Tout ce que tu as à savoir, c'est que je ne me battrai pas face à ce monstre, surtout pour lui.

- Même pour moi ?

- Même pour toi.

Il est sérieux, là ? Il n'y a pas que moi qui suis choquée quand même !

Et il n'y avait pas que moi qui était choquée. La réponse du protecteur surprit énormément la Fée, elle n'aurait pas cru cela de lui – même si ce n'était pas inhabituel de sa personnalité.

Quel dégoût devait-elle ressentir envers lui !

Elle préféra se préoccuper de la survie de son sauveur qui était dans cette arène en train de se faire battre à mort parce qu'il l'avait protégée.

Le Héros se releva une nouvelle fois, il n'aurait pas cru être en aussi grande difficulté. En des temps normaux, il n'aurait eu aucun mal à se défaire d'une brute aussi faible et dont les coups étaient si prévisibles, mais sa confrontation avec la reine lui avait endolori les membres, perturbant sa concentration et sa vue.

Décidément... il allait devoir l'utiliser.

Il prit une grande inspiration, il leva les mains au ciel et attendit la tête basse qu'elle vienne.

Le lézard bodybuildé tournait autour de lui, méfiant, il s'attendait à une attaque-surprise de la part du jeune guerrier. Bien qu'il ait perdu la parole et agissait comme un sauvage, il ne semblait pas être totalement dénué d'intelligence. Le garçon était-il en train de préparer un sort puissant ? Non. Il ne se souvenait pas l'avoir vu utiliser la magie auparavant, il devait juste avoir abandonné l'idée de se battre et faisait sa misérable prière envers son dieu.

La bave aux lèvres, ravi de pouvoir bientôt se repaître du corps de ce gamin qui l'avait humilié, il lui fonça dessus et leva son bras pour l'écraser pour en faire une délectable crêpe de chair.

Le Héros l'entendait arriver à toute vitesse, peu importe la distance où elle se trouvait, peu importe la profondeur du lieu où elle se trouvait, peu importe les intempéries et autres désagréments, elle arriverait toujours dans le même laps de temps.

L'entendant arriver, il leva la tête vers les cieux et ouvrit les yeux, il vit quelque chose briller loin et qui fendit l'air.

Le kaiju miniature s'empressa de vouloir croquer un bout de notre héros, malheureusement pour lui, ce n'allait pas être son quatre-heure de chance.

Descendant du ciel à toute vitesse, il se saisit de l'épée Ymir qui pulvérisa ses menottes et trancha les doigts de la main droite de l'homme-lézard mutant, avant de se retrouver derrière lui.

- IMPOSSIBLE ! s'écria la reine, ça ne peut pas être Ymir !

La Fée, qui ne voulait pas voir son sauveur humain se faire écrabouiller comme une assiette, s'était cachée les yeux avec les mains, en entendant les cris de stupeur de ses contemporains, elle craignait le pire. Mais la curiosité prit le pas sur la peur, elle écarta les doigts et assista à un miracle et à la conclusion de ce long temps d'attente : l'humain, défait de ses menottes, avait obtenu une épée, et le lézard géant avait perdu les doigts de la main droite.

Qui avait pu lui donner une arme aussi singulière ? Une épée dont la lame était rouge à son sommet et devenait orange en arrivant vers la base avant de prendre la couleur grise de l'acier, son pommeau était riveté et sa poignée était en un cuir ancien mais sublime. Quatre trous se trouvaient au milieu de la lame et des petits piques s'étalaient sur le côté, et lorsque le garçon faisait des mouvements avec son épée, un bruit surprenant en émanait.

Bien qu'elle soit contente qu'il puisse enfin s'en sortir, elle ne percevait rien de bon dans cette arme. Si elle percevait de la magie noire provenir du corps de l'humain sans pour autant définir sa totale bienveillance ou non, pour elle, il était indéniable que cette épée était purement maléfique.

Le Juge Triface était énervé de voir que l'humain avait réussi à s'en sortir par un tour de passe-passe, même s'il n'était pas prévu qu'il reste enchainé durant son combat, cela l'arrangerait que l'assassin dont il avait modifié le corps avec la biotechnologie qu'il s'était procuré perde le contrôle de son esprit et se déchaine ne laissant pas le temps de mettre en place un combat « équitable ».

Cependant, la venue de cette stupide arme a ruiné ses plans, elle était si dur qu'elle brisa aisément l'Ardésium en mille morceaux. La reine semblait informée sur la nature de cet Homme et de cette lame, mais là, il y avait de moins en moins de chance que son jugement soit appliqué, et il ne pouvait laisser cela se faire.

- Les humains doivent tous mourir.

Le Héros fixa son arme fétiche, l'observant sous toutes les coutures, il n'y voyait aucune impureté, aucune fêlure, elle était toujours aussi « pure » et propre que la première fois qu'il l'obtint de sa part. C'était remarquable de voir que malgré toutes les personnes qui soient tombées sous les coups de cette lame, elle ne s'émoussait pas – de toute manière, elle n'avait pas intérêt à l'être tant qu'elle ne finissait pas dans le torse du chevalier !

Pour l'heure, bien qu'il détestât faire usage de ses pouvoirs, il allait devoir les utiliser un peu plus que d'habitude pour pouvoir se confronter à cette monstrueux adversaire.

Il « délia » ses lèvres et chuchota quelques mots à Ymir et une flopée de sang sortit de son bras, mais tout le liquide vital stagna dans les airs avant de revenir sur le corps du garçon, des dessins rouges se répandaient sur ses bras et sur sa face sans visage, faisant percevoir un peu mieux la forme de celui-ci. Ses pupilles s'entourèrent d'un halo doré et il lui vint une musculature plus prononcée, ses dents devinrent plus acérées, et un sourire carnassier s'afficha, de plus de la fumée s'échappait de sa bouche et des pores de son corps, il ressemblait aux machines d'Elestigma, une cité fonctionnant qu'avec des machines à vapeur, elle ressemblait aux anciennes villes avant la chute de l'Humanité ou la conquête spatiale avortée, en fait, elle semblait provenir d'un temps beaucoup plus lointain, une ère nommée « la Belle Époque » dans les anciens livres d'histoire.

Voici un aperçu de la véritable forme de celui qu'on surnommait le « Démon-Sans-Visage » ou encore plus récemment, le « Démon Au Visage de Ténèbres ».

Le lézard géant se pliait de douleurs, il était furieux de s'être fait couper les doigts aussi facilement. C'en était trop, c'était encore une humiliation de la part de ce foutu humain.

Il se retourna et voulut saisir le Héros transformé, mais son adversaire l'arrêta en mettant ses mains contre les siennes.

Ils se poussèrent l'un l'autre de toutes leurs forces, mais il ne fut pas longtemps pour désigner le vainqueur de ce duel de force : la suprématie de l'être humain était incontestable. Tout le monde pouvait observer la nervosité de l'assassin, sa gueule qui se perlait de sueur face à son inéluctable défaite. La force du Héros devint de plus en plus forte, elle était si grande que ses mains passèrent à travers les paumes de son opposant, il lui attrapa les poignets à l'intérieur de ses bras et les tordit.

Sans aucune opposition, Jordan l'homme-lézard posa un genou à terre sous l'horrible douleur que lui faisait subir le « Héros », il ne pouvait se soustraire à cette douleur qui était insoutenable, ce n'était pas possible qu'un tel être puisse exister, surtout s'il est humain – même des ogres ou des grands généraux gobelins ne montraient pas autant de violence lorsqu'ils combattaient. Il ne comptait pas perdre la face une nouvelle fois, surtout si son employeur se trouvait dans les gradins, ce qui lui rappela qu'il avait un travail à terminer, mais avec ce monstre en face de lui, il ne pourrait pas exécuter l'assassinat de la princesse-fée sans ailes, puis avec cette nouvelle forme acquise, il pourrait s'échapper aisément et même affronter les Gardiens de la Forêt !

Le Démon au Visage de Ténèbres le retira de sa réflexion en l'envoyant contre le mur de l'arène comme il l'avait fait avec lui, il se secoua les mains pour enlever tous les fluides qui se retrouvaient dessus, puis sauta sur le Lézard et lui asséna une multitude de coups dans la mâchoire et dans l'abdomen, sans s'arrêter, avec une violence inouïe, lui cassant quelques dents et quelques côtes au passage, avant de lui saisir la queue et de le renvoyer au centre du stade, et de s'en prendre encore à lui avec un double coup de pied sauté.

Cependant, l'homme-lézard réussit à l'attraper avec sa queue et à le plaquer au sol, il put découvrir le sourire sadique qu'affichait l'homme qu'il affrontait, il devait s'extasier à faire du mal à l'homme-lézard, cet enfant était devenu complètement fou, il était retenu contre le sol, se débattant comme un forcené, tout en gardant ce sourire diabolique. Jordan pouvait l'enfoncer plus profondément dans le sol, en lui compressant les poumons avec son poids, il continuait à avoir cet atroce sourire moqueur. Peu importe qu'il soit aux portes de la mort, il maintenait ce visage de fou qui commençait à effrayer le saurien.

Il jeta le héros démoniaque loin de lui, celui-ci se réceptionna sur ses pieds et ses mains, et se retrouvait sur quatre pattes. Il ressemblait désormais plus à une bête immonde qu'à un être humain doué de raison.

Voilà que le lézard qui avait subi cette transformation pour battre facilement l'Homme qui l'avait rabaissé en lui rendant son humiliation, au prix de sa raison, se retrouvait face à quelqu'un qui avait payé un prix plus fort pour des conséquences plus graves. Il vit la conséquence de s'adonner à ce genre de pratique pour un simple combat en la personne du Héros.

Il était indéniable que malgré toutes les affreuses créatures qui peuplaient Nueva Terra, l'Homme redoublait d'efforts pour en être toujours à leur sommet, pour être au-dessus de la chaine alimentaire des êtres les plus cruels de cette planète.

La peur que le reptile éprouvât vis-à-vis de l'humain commençait à lui rendre la raison et à le détransformer, s'il retrouvait sa véritable apparence, il n'aurait plus aucune chance de vaincre cette ignominie.

L'homme-lézard reçut un coup de pied dans la gueule le stoppant dans ses questionnements existentiels, Jordan riposta aussitôt mais le Héros esquiva le coup sans se rendre compte qu'il avait fait tomber Ymir. L'assassin se saisit de l'arme et ressentit toute la malfaisance qu'il en émanait, mais il n'avait point de temps à perdre à la garder entre ses mains pour la comprendre, il allait s'en servir, non pour attaquer le Héros mais pour enfin terminer le travail pour lequel on l'avait engagé : tuer la Fée de la légende !

Il lança à toute vitesse l'arme du Héros sur la fée aptère, le Héros observait la trajectoire de l'épée pour savoir à quel moment elle atteindrait sa cible. La Fée, elle, n'eut pas le temps de s'apercevoir qu'un projectile venait tout droit sur elle, en plein sur son nez.

Aucun garde, aucun protecteur ou champion, ou Triface n'eurent le temps de réagir, s'ils le faisaient, ils tueraient la princesse par inadvertance, mais surtout, ils n'avaient que faire de sa vie, cela ferait de la concurrence en moins, mais surtout, ce déchet quitterait ce monde une bonne fois pour toute. La reine et l'un de ses gardes du corps en seraient capables, mais la reine, prise par une soudaine curiosité, bloqua les deux gardes de le faire grâce à ses pouvoirs, elle voulait voir comment le Héros allait réagir.

Malheureusement pour Triface et les xénophobes, apparut devant la Fée, une grande forme noire, les deux pieds aux extrémités de sa tête et l'une de ses mains s'appuyant sur sa cuisse.

- Qu'est-ce que vous faites ? s'écria la Fée en écarquillant les yeux de surprise, et comment vous êtes arrivé là ?

Puis elle remarqua la lame que son sauveur tenait entre deux de ses doigts, un peu de sang coulait de ceux-ci, mais ce n'était que de simples blessures superficielles. Elle put s'imaginer rapidement la scène, et sérieusement, si elle n'avait pas des abdos solides, elle se serait faite dessus.

Toujours avec ce sourire macabre, il jubilait d'excitation durant ce combat, ce lézard le poussait à faire plus d'efforts que durant ses autres combats. Puis il regarda la Fée pour voir si elle allait bien, il s'aperçut de l'image qu'il renvoyait aux autres sous cette forme en voyant la peur dans son regard vis-à-vis de lui, enfin, il savait très bien que sous cette forme, les gens le craignaient, et c'était son objectif puisqu'il l'avait cherché alors qu'ils en payent les conséquences. Néanmoins, que la personne qu'il avait sauvée deux fois ait peur de lui, l'affecta un peu. Son sourire disparut, et il sentit qu'en même temps ses gigantesques capacités surhumaines s'en allaient aussi – c'était bien la première fois que cela lui arrivait.

Alors il fallait en finir vite avec ce combat avant que les pouvoirs de l'épée et de la malédiction s'estompent de son corps.

Il la relança contre le lézard et se propulsa du siège de la Fée explosant son dossier, rattrapant rapidement l'épée, et la lame arrivant presque à la hauteur de l'opposant du Héros, celui-ci fut téléporté près de lui révélant ainsi, pour ceux qui n'aurait pas suivi, qu'il était capable de se téléporter grâce à cette arme.

- Mais... cela ne ressemblait-il pas à l'une de tes capacités Sawyer ? demandèrent Globox et Audisélia.

- Effectivement, s'en étonna le principal intéressé.

Profitant des chaines qu'il se trainait depuis le début du combat, le Héros se faufila entre les jambes du lézard géant et lui coupa ses tendons, le faisant ployer ses genoux à terre, puis téléporta à chacun des côtés de l'assassin, l'enroulant avec sa chaine pour restreindre ses mouvements – heureusement que ses bêtas l'avaient attaché avec des chaines super longues. Il saucissonna l'homme-lézard grâce à ses téléportations et l'agilité que lui offrait Ymir.

Le lézard géant a été vaincu – ficelé comme un rôti de porc, faisant de lui un rôti de lézard.

Le Héros perdit ses facultés provenant de cette épée démoniaque et s'effondra contre le monstrueux homme-lézard, il était à bout de souffle, c'était bien la première fois qu'il perdait ses pouvoirs aussi vite.

Comment cela se faisait-il ?

Il a juste croisé le regard de cette fille et le voilà qu'il perd ses moyens...

Hu hu !

Non. Ça devait être le coup d'éclair qui lui a traversé le cerveau qui avait atténué ses pouvoirs.

Surement ça !

Et puis, tant pis !

Tant que le plus dur a été fait et qu'il n'avait pas eu à tuer, c'était tout bénef pour lui, et il en était satisfait.

Il n'a pas eu à utiliser l'épée.

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