Caspian, l'homme de paille - 2
— Tu crois que je ne savais pas que tu t’échappais pour gambader ? Je le remarquais bien lors des récoltes. Voilà, maintenant, je t’ai remplacé par un mannequin plus sophistiqué.
La tête basse, Caspian interroge l’homme :
— C’est-à-dire ?
— Il est en fer, planté à même le sol. Il n’a pas d’yeux, de bouche. Il sert juste à faire fuir les oiseaux.
— Je vois, répond tristement l’homme de paille. Et que vais-je devenir ? Je ne sais rien faire d’autre qu’épouvantail.
Son ancien propriétaire hausse les épaules.
— Aucune idée, ça ne me concerne plus.
Résigné, Caspian s’éloigne de la maison qu’il a toujours connue. Ne sachant où aller, il marche au hasard. La nuit est tombée. Des étoiles clignotent doucement, éclairant le chemin d’une lueur rassurante.
Caspian croise une vieille dame au chignon blanc, ployant sous le bois des branchages qu’elle porte dans son dos. L’épouvantail va aussitôt à sa rencontre.
— Laissez-moi vous aider.
— Ah, merci bien. Je craignais de ne pas arriver à rentrer chez moi.
L’homme de paille soulève sans difficulté les fagots et suit à grands pas l’inconnue. Cette dernière est assez bavarde.
— Je m’appelle Dolly. J’habite juste à l’entrée du village. Il me semble t’avoir déjà vu. Tu n’es pas l’épouvantail de la maison en brique rouge à l’orée de la forêt ?
— Oui.
— Pourquoi est-ce que tu n’es pas planté dans le champ ?
Caspian murmure un peu honteux :
— J’ai rêvé de liberté, de balade dans les bois, et à cause de ça, j’ai été remplacé par un personnage de fer.
Dolly fixe sur son compagnon un regard perçant. Elle lui tape alors dans l’épaule, le faisant presque trébucher. D’une voix forte et joyeuse, la vieille dame lui dit :
— Si cela te convient, je te propose de t’installer chez moi. Tu m’aideras au ménage, dans le jardin, et pour le bricolage. En échange, tu auras le gite et le couvert et lorsque je n’aurai pas besoin de tes services, tu pourras gambader dans la nature autant qu’il te plaira. Est-ce que ça te convient ?
S’il avait eu des larmes, Caspian aurait pleuré de joie. Il se contente de regarder Dolly avec gratitude.
— Oh, oui ! J’aimerai beaucoup.
— Alors tope là !
La vieille dame lui tend la main, dans laquelle l’homme de paille, met la sienne. Le pacte est ainsi conclu.
(à suivre)

Annotations
Versions