43 | Sur la route
Quelqu’un criait dans la clarté de la lune. Une agonie si particulière, si familière, que le hurlement s’étouffait peu à peu. Astra, affalée contre un tronc d’arbre au bord d’une route accidentée. Son regard contemplait la scène de chaos. Une hache figée dans une portière défoncée. Un engin encastré dans un tronc d’arbre. Des flammes brûlant les carcasses de la collision meurtrière. Des corps jonchaient le bitume entre les différents véhicules. L’odeur nauséabonde se mêlait à la fumée. Elle se tourna vers le ciel d’où les étoiles mortes illuminaient une partie du monde. Soudainement, les oiseaux s’envolèrent en masse. Astra se redressa, surprise, les observant disparaître dans la nuit.
La route montait dans la vallée, entourée par un immense bois où tant de personnes se retrouvaient perdues chaque année, et elle menait à diverses maisons isolées ainsi qu’à une ville. Astra traînait des pieds refusant de marcher sur le bitume brûlant. Les souvenirs d’avant l’accident étaient flous, pourtant elle avait l’impression que cela avait quelque chose à voir avec l’immense silhouette planant au-dessus de la ville. Son estomac se noua d’appréhension. La forêt était drôlement silencieuse. Il lui semblait avoir lu quelque chose que cela n’arrivait qu’en présence d’un danger.
Lequel ? songea-t-elle, fléchissant les genoux afin de monter une pente raide.
Un râle retentit. Elle sursauta. S’arrêtant, son regard contempla son environnement tandis que l’anxiété vint saisir ses tripes. Il n’y avait rien dans la pénombre. Obscurité ? Levant les yeux au ciel, elle s’aperçut que la lune avait disparu. Puis Astra se souvint de quelque chose. Une créature était tombée du ciel, sur la route, causant une collision. La panique s’était rapidement répandue comme une traînée de poudre. Et la mort, immense et brutale, s’était déchaînée. Le souvenir s’estompa. Astra commença à courir comme si elle avait le feu aux fesses. Elle sentait cette présence froide et menaçante dans son dos.
Astra s’enfonça dans les bois espérant perdre son poursuivant. Ce n’était pas une bonne idée mais ce n’était pas non une mauvaise idée. Elle évita à peine les plantes piquantes, faillit s’étaler une dizaine de fois à cause des racines et des pierres, se faufila entre les troncs.Elle déboula quelques minutes plus tard sur une nouvelle route. Elle s’arrêta à bout de souffle et se tourna dans la direction qu’elle était venue. Son cœur rata un battement. La créature lâcha un rugissement qui résonna dans toute la forêt. Astra n’attendit pas, traversa la route manquant de se faire renverser. Elle dévala une pente se heurtant violemment aux arbres jusqu’à un sentier en contrebas. La bête continuait de la suivre.
Un sifflement eut lieu. Une lance se planta à ses pieds. Astra saisit l’arme et fit face à l’étrange être qui s’arrêta à quelques mètres d’elle. Il se redressa, surplombant sa frêle stature, l’air fier. La peau du monstre luisait dans l’obscurité. Il possédait quatre longues pattes, un corps courbé et une gueule semblable à celle du xénomorphe dans Alien. La réalité rattrapait-elle la fiction ? Astra n’avait pas envie de chercher la réponse. Ses mains tremblaient. Elle ne quittait pas la bête du regard. Celle-ci lâcha un râle avant de se jeter sur elle. Astra se recula, trébucha et bascula dans un creux.
— Va crever, sale merdeux !
Sa voix eut l’effet d’un écho dans toute la forêt. Le vent se leva abruptement. La créature s’arrêta au bord du trou, l’air hébété. Astra profita de l’opportunité : elle lança son arme. L’autre poussa un rugissement rageur. Il s’écroula par terre, se débattant avec la lance. Astra ne perdit pas de temps. Elle rampa hors du creux et s’élança de nouveau dans les bois. Elle retrouva aisément une route, descendit celle-ci jusqu’au lieu de l’accident où des silhouettes se distinguaient dans la noirceur de la nuit, cependant, elle ne chercha pas à les contourner et se contenta de traverser les carcasses, jetant un œil en arrière toutes les cinq secondes. Le monstre la poursuivait encore et toujours.
La lune apparut. Astra cligna des yeux. Qu’est-ce que c’était ? Elle sentit quelque chose l’effleurer et par instinct, elle se jeta sur le côté, roula derrière une épave de voiture. Avant que la bête ne puisse l’attaquer, quelqu’un se dressa devant elle. Une multitude d’armes transperça le monstre, le tuant sur le coup. Son protecteur se tourna vers elle. Son sang ne fit qu’un tour. Ce n’était pas un humain. L’être se pencha, saisit son tee-shirt et la plaça contre lui. Puis il commença à donner des ordres tout en marchant le long de la route.
— Hey ! Lâche moi ! Lâ—
Plus aucun son ne sortit de la bouche d’Astra. Elle tenta de parler plusieurs fois sans vraiment comprendre ce qui lui arriver. Astra abandonna au bout d’un moment. Elle regarda ces étranges individus s’occuper du cadavre de la bête. Le brusque rugissement du vent la fit sursauter. Elle leva les yeux vers le ciel. Celui-ci était en train de se déchirer. Une faille rougeoyante s’élargissait peu à peu.
— [!] [?] [.]
— Hmm…!
— …
Puis, son monde devint noir.
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