Chapitre 2 – Une interruption presque bienvenue
Je me réveillai tard.
Cotonneux.
La tête en vrac.
Et pas à cause d’une gueule de bois.
J’essayai de me souvenir.
Mais replonger dans des souvenirs d’enfance, après tant d’années… comment faire confiance à sa propre mémoire ?
Je me souviens pourtant de certains rêves.
Déplaisants. Récurrents.
À en crier. À en frapper le mur contre lequel mon lit était adossé.
De ma mère, réveillée en sursaut.
Elle-même épuisée par ces nuits hachées.
De moi, déboulant comme un dératé dans la chambre de mes parents, paniqué.
Parmi ces cauchemars familiers, il y en avait un qui me terrifiait plus que les autres.
Non par sa violence.
Ni par la présence d’une créature.
Mais par sa nature.
Je me réveillais.
Dans le rêve.
Paralysé.
Ou plutôt sidéré par la peur.
Incapable de bouger.
Avec cette sensation d’étouffer.
Lorsque, enfin, j’arrivais à m’asseoir sur mon lit, des barreaux de bois — semblables à ceux de mon petit lit pour bébé — se dressaient tout autour.
En y repensant, je sens encore la matière sous mes doigts.
Je les secouais.
Ils produisaient un bruit sec. Réel.
Mais il m’était impossible de sortir.
De fuir.
Je finissais toujours par m’écrouler.
Comme victime d’une forme d’asphyxie.
Et quand je rouvrais les yeux, le matin était là.
Mais moi, j’avais changé de place.
Je dormais non pas la tête sur l’oreiller, mais au pied du lit.
Le corps entièrement engourdi.
Comme si j’avais passé la nuit les muscles contractés, tendus jusqu’à la douleur.
C’est au cours de l’un de ces cauchemars qu’il apparut.
J’empoignais fébrilement les barreaux, les secouant de toutes mes forces d’enfant, quand il surgit.
Sans prévenir.
Je me figeai presque instantanément.
Puis je tournai la tête.
Instinctivement.
Comme si je savais déjà que quelque chose venait d’apparaître.
C’était nouveau.
Le cycle infernal venait de se rompre.
Je le regardais.
Ou plutôt, je lui lançais des regards furtifs.
Il m’était impossible de l’observer clairement plus de quelques secondes.
Chaque tentative prolongée se soldait de la même manière : mon corps se crispait… puis basculait, s’enfonçait dans le lit.
Comme guidé.
Naturellement.
Cette nuit-là, je me relevai.
Sans vraiment contrôler mes mouvements.
Comme s’il suggérait.
Puis je me glissai à nouveau sous les draps.
Je clignai des yeux.
Quelque chose avait changé.
La peur était toujours là.
Mais elle ne débordait plus.
Elle se tenait.
Calme.
Une peurquiétude.
Et je me rendormis.
Lentement.
Doucement.
Le matin arriva.
Et, pour une fois, mes muscles étaient plus détendus que d’habitude.
Pas relâchés. Pas complètement.
Autre chose.
Comme s’ils étaient restés prêts.
Tendus, mais disponibles.
Crispalestes.

Annotations