Chapitre 3 — De rêves en cauchemars
Les jours qui suivirent furent plus calmes.
Je crois.
Je n’en suis pas certain.
Les cauchemars semblaient lointains.
Presque absents.
Je ne le voyais plus.
Puis, un jour, sans prévenir, il revint.
Je ne cauchemardais pourtant pas.
Mais il était là.
Je me réveillais souvent.
Plusieurs fois par nuit.
Et à chaque fois, il était présent.
Encore.
Et toujours.
Comme un gardien de mon sommeil.
Comme s’il savait, avant moi, que les cauchemars allaient revenir.
Et qu’il les empêchait de se manifester.
C’est ce que je pensais, à l’époque.
Mes souvenirs sont flous.
Je voulais lui parler.
Mais je n’y parvenais jamais.
Alors j’essayais de retenir le moindre détail.
Sa pâleur.
Son immobilité.
Son détachement.
Il me faisait penser à un vampire.
Par son apparence.
Par son attitude.
Mais il n’en était pas un.
Ou peut-être seulement celui de mes cauchemars.
Comme un vampire.
Quelque chose qui me veillait…par la peur.
Un terroveilleur, peut-être.
Je sentais surtout qu’il n’était ni mon ami, ni mon ennemi.
Je ne l’intéressais pas vraiment.
Pourquoi était-il là ?
Je ne l’ai jamais su.
Jusqu’au jour où quelque chose changea.
J’ouvris les yeux.
Dans mon sommeil.
Au-dessus de moi flottait une forme.
Un spectre.
L’un de ces cauchemars qui deviendraient récurrents par la suite.
Il était clairement hostile.
Suspendu au plafond.
Éthéré.
Instable.
Un croisement étrange entre une dame blanche et une nonne sortie d’un film d’horreur.
Des films qui, pourtant, n’existaient pas encore.
Du moins pas pour moi.
Et que mes parents ne m’auraient jamais laissé regarder.
Mais il était là, lui aussi.
Toujours à la fenêtre.
Le spectre se figea.
Alors qu’il descendait lentement vers moi.
Puis il se retourna.
Il s’immobilisa complètement.
Un son s’échappa de lui.
Un grognement.
Ou quelque chose qui, à l’époque, m’apparut comme tel.
Mon terroveilleur — c’est ainsi que je le nomme, faute de mieux —ne bougea pas.
Il resta impassible, soutenant du regard l'entité spectrale hostile.
Un affrontement silencieux.
Mais sans équivoque.
Le spectre résista.
Puis il céda.
Il se dissipa dans l’air.
Presque d’un coup.
Je tournai les yeux vers la fenêtre.
La sensation était la même.
Mais plus intense.
Et cette… injonction.
Passive.
Indescriptible.
Ni un mot.
Ni tout à fait une pensée.
Pas même une émotion. Pas complètement.
Une forme de communication.
À un niveau que je ne connaissais pas.
Je fermai les yeux.
Et je me laissai glisser dans le sommeil.
Ce n’étaient pas les bras de Morphée.
Ni ceux de Nicolas ou de Pimprenelle.
Non.
À la place, il y avait un regard.
Une présence.
Dérangeante.
Et rassurante.

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