Chapitre 4 - Des chutes sans fin
Les nuits passaient.
Plus ou moins agitées.
Mais il était toujours là quand les choses dégénéraient.
Parfois même en avance.
Je me souviens de m’être réveillé, sans être vraiment dans la réalité.
Paralysé, encore une fois.
Je m’enfonçais dans mon lit.
Sans fin.
Comme dans des sables mouvants.
Le matelas cessait d’être un support.
Il devenait meuble.
Et je glissais.
Jusqu’au moment où tout s’arrêtait.
Je le sentais.
Très nettement.
Comme si quelqu’un venait d’appuyer sur pause.
Pour appuyer, aussitôt après, sur le bouton de rembobinage.
Du moins, c’est ainsi que je le vivais.
Après cette suspension forcée, j’avais l’impression que le matelas se reformait.
Lentement.
Qu’il reprenait une horizontalité parfaite.
Je haletais.
Mais je n’étais pas apeuré.
Quelque chose s’était calmé.
J’étais… apeuraisé.
Lui ne disait rien.
Comme toujours.
Aucune émotion.
Mais je savais que c’était lui.
Alors je clignais des yeux.
Plusieurs fois.
Rapidement d’abord.
Puis de plus en plus lentement.
Comme si le temps lui-même ralentissait.
Comme s’il se suspendait.
Et je me rendormais.
Pas complètement serein.
Mais avec la certitude que mon lit ne tenterait plus de m’avaler, ni de se dérober sous moi.
Ou les deux à la fois.
Plus tard, à l’adolescence, j’expérimentai parfois un rêve proche.
Comme si ces cauchemars d’enfant n’avaient été que des préquelles.
Cette fois, il ne s’agissait plus de s’enfoncer.
Je chutais.
Indéfiniment.
Dans le vide.
Il y avait des objets.
Des obstacles.
Des paysages qui se succédaient sans logique.
Je passais de grottes à des déserts, d’océans immenses à des marécages.
Et surtout, j’en avais conscience.
J’étais coincé là.
Entre rêve et réalité.
J’entendais la télévision.
Ou la radio.
Des sons familiers.
Mais il m’était impossible de revenir.
Je continuais de tomber.
Sans fin.
Je heurtais parfois des objets dont on se demandait ce qu’ils faisaient là.
Un grille-pain.
Des chaussures.
Un parapluie.
Des sacs.
Et j’avais mal.
Mon corps était crispé.
Mes muscles tendus jusqu’à la douleur.
Puis, sans prévenir, je sursautais.
Les yeux grands ouverts.

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