Chapitre 7 – Un semblant de réponse
Mes nuits se déroulaient ainsi.
Quasiment dénuées de cauchemars. Je n’y pensais plus.
Quand je m’éveillais dans mes rêves, je marchais jusqu’à ma bibliothèque, prenais un livre au hasard et lisais.
Un jour, j’eus l’idée de proposer, innocemment, sans attendre de réponse, de lire l’histoire à haute voix.
Je crois qu’il s’agissait du début des Malheurs de Sophie.
À ma grande surprise, et bien qu’il ne manifesta aucune émotion, je sentis quelque chose.
Une forme de réponse. Ou plutôt de curiosité.
Peut-être un mélange des deux.
Ce n’était pas un oui franc.
Mais ce n’était pas un refus non plus.
Et surtout, ce n’était pas une absence totale.
Une sensation à peine perceptible.
Mais de même nature que celle qui me renvoyait dans mon lit lorsque je dépassais les bornes.
Ou lorsque, manifestement, il fallait que je me rendorme.
Je relevai les yeux vers lui.
Il ne dit rien.
Ne sourit pas.
N’afficha aucune colère.
Je le regardai.
Franchement, cette fois.
Surpris.
Interloqué.
Et cette nuit-là, je crois que je pus le contempler longtemps.
Du moins, plus longtemps que d’ordinaire.
Il était magnifique.
Un teint blafard, pâle, qui semblait illuminer la nuit.
De beaux cheveux bruns — presque noirs — courts, parfaitement lissés, en place.
Et son regard.
Profond.
D’un rouge rubis étincelant.
Je ne l’avais jamais observé aussi longtemps, ni d’aussi près, tout en restant à bonne distance.
Il me semblait jeune.
À l’époque, j’avais du mal à lui donner un âge.
Si je me fie à mes souvenirs, je dirais qu’il avait l’allure d’un jeune homme.
Ou d’un adolescent tardif.
Alors je lus.
Sans m’arrêter.
Je ne me souviens plus de l’endroit précis où j’interrompis le récit avant de regagner mon lit.
Quelque chose avait changé.
Était-ce exceptionnel ?
Autorisé, même ?
Mon arrogance — ou peut-être ma naïveté d’enfant — me fit penser que, peut-être, moi aussi, je le fascinai.
Autant que lui me fascinait.
Je n’aurais jamais la réponse.
Je le sais.
Mais à défaut d’une réponse claire, j’avais obtenu un semblant de réponse.

Annotations