Chapitre 8 - Le Chaos
Cette nuit-là, je me réveillai face à un spectacle aussi amusant que déroutant.
Ma chambre s’était transformée en une zone déformée, absurde.
Les objets s’y déplaçaient, se tordaient, changeaient de place.
Certains disparaissaient lorsque je m’en approchais.
Mon lit, qui quelque temps auparavant tentait de m’avaler comme un marécage implacable, s’était mué en trampoline. Je sautai dessus, hilare. Parfois, j’attrapais au passage un objet — un livre, un jouet.
Tout semblait léger. Instable. Presque joyeux.
Mais quelque chose clochait.
Dans cette agitation euphorique, je ne sentais pas sa présence anxiopaisante caractéristique.
Il n’était pas là.
Ou du moins, je n’en avais pas la perception.
Je cessai de bondir. Je restai immobile, debout sur le lit. Je le cherchai instinctivement du regard.
Rien.
Alors l’anxiété arriva. La vraie. Pas celle, contenue, mêlée de réconfort, que je connaissais.
Une peur nue. Abrupte.
Je paniquai.
Abandonné.
Perdu.
Déboussolé.
Apeuré.
L’atmosphère de la pièce changea peu à peu, peut-être au rythme même de mon angoisse. Le chaos joyeux se résorba. La chambre retrouva un instant son apparence normale. Puis bascula de nouveau, mais différemment.
Ce n’était plus ludique.
L’espace devint sombre. Étroit. Oppressant. Comme s’il se repliait sur lui-même.
Je voulus fuir. Atteindre la porte. Elle était pourtant proche, mais impossible à rejoindre. La chambre elle-même semblait hostile. Elle tentait de m’engloutir. De me consumer.
Je criai.
Fort.
Je frappai le mur. Du moins, je crois.
Je ne sais pas combien de temps cela dura. Je finis par perdre connaissance.
Quand je rouvris les yeux, la nuit devait être bien entamée.
Je ne parvenais pas à me redresser.
Mais je savais. Je le sentais.
Mon terroveilleur était là.
Je crois avoir réussi à articuler, péniblement, un seul mot :
Merci.
J’étais trempé de sueur. Des frissons, tour à tour chauds et froids, me parcouraient. Je tremblais, recroquevillé en boule dans mon lit, allongé sur le côté.
Dire que j’avais mal dormi serait un euphémisme.
En une seule nuit, je venais de revivre l’équivalent de ces cauchemars récurrents que je pensais avoir laissés derrière moi.
Il faut croire que le monde — fût-il celui des rêves — n’oublie jamais.

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