Chapitre 9 – Adieu

Une minute de lecture

Les nuits, les semaines, les mois s’enchaînèrent.
Parfois ponctués de rêves désagréables, mais moins effrayants. Plus faciles à gérer.

Je continuais à lire à voix haute. Les histoires défilaient. Cela ne semblait pas l’intéresser. Mais il ne m’interrompait jamais.

Je restais pourtant anxieux.
Certaines nuits, lorsque cet arrière-plan apeuraisant manquait, que son absence laissait un vide paradoxalement plus terrifiant que sa présence, la peur, brute, totale, sans nuance, revenait.

Alors je lisais encore et encore, d’une voix claire, forte, aussi puissante que mes cordes vocales d’enfant me le permettaient.
Comme pour repousser toute intrusion, circonscrire toute matérialisation possible d’un cauchemar.

Il me rendait visite moins fréquemment, tandis que je gérais de mieux en mieux mes nuits agitées.

Intuitivement, je savais.
La séparation approchait.

Je m’accrochais pourtant, désespérément, à lui.
À sa présence, son aura, son regard, sa position fixe et reconnaissable sur le bord de ma fenêtre.

À ce phare à la lumière ombrée, mais perçant néanmoins la nuit, à cette terreur si rassurante.

Je ne saurais dire quand j’ai cessé de le voir, ni quand j’ai arrêté de voyager, de déambuler dans ce monde des rêves.
C’est arrivé sans prévenir. J’ai commencé à oublier mes rêves. Et lui avec.

Il s’effaçait. Lentement. Inexorablement.

Je crois que je dormais mieux, juste assez pour me réveiller apaisé.
Sans veilleuse, le corps plus détendu.

De temps à autre, comme tout le monde, je faisais l’expérience de rêves étranges. Plus ou moins agréables. Mais rien d’insurmontable. Et surtout, de façon ponctuelle.

Des rêves aussitôt oubliés au réveil.

J’avais vieilli. Pas beaucoup. Mais sans doute assez. Juste assez pour rentrer dans le rang.

Même lorsque je fus opéré de l’appendicite, plongé dans une anesthésie totale, je n’ai aucun souvenir de rêve ou de cauchemar.

Et surtout, je ne l’avais jamais revu.

Jusqu’à cette nuit-là.
Pile pour mes quarante ans.

Pourquoi ?
Comment ?

Je ne le sais pas.

Mais je compte bien le découvrir.

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