Chapitre 10 – Rêve éveillé
Les jours passèrent sans que j’y prête plus d’attention que cela. Mais il était là. Dans un coin de ma tête. Et avec lui, des souvenirs parfois nets, parfois flous, m’envahissaient.
Je décidai de consulter des ouvrages et des sites sur le sujet. J’appris que la paralysie du sommeil existait. Je n’en avais jamais entendu parler auparavant. Certains éléments coïncidaient. D’autres non.
Comme si j’avais fait l’expérience d’une forme atténuée de paralysie du sommeil. Pas vraiment une, mais sans pouvoir affirmer que ce n’en était pas une non plus. De toute façon, seul un médecin, je suppose, pourrait le confirmer.
Peut-être aussi des formes de terreurs nocturnes. Je n’en savais rien. Et jusqu’à présent, je n’avais jamais vraiment cherché.
Depuis des années, je m’étais de toute façon accommodé de mes insomnies. Sans rapport, du moins le pensais-je, avec ces phénomènes.
Je crois que j’ai commencé à devenir insomniaque régulier vers l’âge de douze ans.
J’aime la nuit. Et j’aimais ce moment suspendu. Quand tout est silencieux, ou presque. Quand le fond de l’air est frais. Quand personne ne vous voit, ne vous demande quoi que ce soit. Quand les rues vous appartiennent.
Que la brutalité du jour s’efface : la lumière aveuglante du soleil, l’agitation des gens, le brouhaha ambiant. Le jour, tout agresse.
Un ouvrage attira cependant mon attention. Il évoquait, en substance, des façons de « provoquer des rêves lucides ».
Cela n’avait rien de spectaculaire. Juste une série de recommandations simples. Presque déconcertantes.
Tenir un carnet près du lit.
Noter ses rêves, même les plus insignifiants. Même lorsqu’on avait l’impression de n’avoir rien rêvé.
Se demander, plusieurs fois par jour, si l’on était éveillé ou en train de rêver. Sans chercher à en être certain. Juste poser la question. Puis l’oublier.
Avant de dormir, formuler une intention. Pas un ordre. Pas une injonction. Une phrase neutre. Ou même une pensée vague. Du type : « Si je rêve, je m’en souviendrai. »
Je refermai le livre sans trop y croire.
Cela ressemblait davantage à un entraînement de l’attention qu’à une véritable méthode.
Ou à une manière élégante de dialoguer avec soi-même sans trop en avoir l’air.
Je décidai d’essayer. Sans grande conviction.
Par curiosité plus que par espoir.
Je posai un carnet sur ma table de nuit. Un vieux cahier, sans valeur particulière.
Le premier matin, je n’y écrivis qu’une phrase :
« Rien de précis. Images floues. »
Les nuits suivantes, pas grand-chose non plus.
Des fragments, des impressions, dees couleurs.
Parfois même, une absence totale de souvenirs.
Mais quelque chose changeait. Lentement.
Je me surpris à me réveiller avec l’étrange impression d’avoir été conscient.
Pas tout à fait éveillé.
Pas vraiment endormi non plus.

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