Chapitre 11 - Appel lucide

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Je continuai mes expériences. Encore et toujours. Avec plus ou moins de facilité selon les nuits.

Par sécurité, je limitai mes errances oniriques au périmètre de mon appartement.

Des détails infimes m’indiquaient que je rêvais en pleine conscience, tels que ma tasse de thé changeant d’endroit, comme si elle me suivait, passant de la cuisine au salon, puis à la chambre, au gré de mes déplacements. Certaines affiches semblaient floues, flottantes, presque instables.

En revanche, je ne notai aucune différence de température ambiante, peu importe la saison, comme si le monde là-bas offrait naturellement des conditions optimales.

Il ne se passait généralement pas grand-chose, et c’était davantage amusant que terrifiant.

Je ne me souviens pas avoir expérimenté de bascules soudaines, comme dans les rêves ou les cauchemars ordinaires.

Tout restait… contenu.

Je finissais toujours par revenir à mon lit, m’allongeais, puis respirais lentement. Enfin, je clignais des yeux, plusieurs fois, avant de me rendormir normalement.

Mais, avant cela, je jetais toujours un regard vers la fenêtre.

Comme un espoir, un peu vain.

Parfois, je l’ouvrais, m’accoudais et attendais.

Dépité.

Puis, un jour, alors que je n’y croyais plus vraiment, cette sensation — l’apeuraisement, la présence terroveillante — s’infiltra dans ma chambre.

Derrière moi, je le sentais. Et surtout, près. Beaucoup trop près.

Je me tournai alors, lentement, avec la plus grande précaution, teintée de peurquiétude et d’excitation.

Il était là. Assis. Le genou relevé. Sa coiffure toujours impeccable. Ses beaux cheveux bruns. Et son regard perçant, rouge rubis.

Cette nuit-là, je me tenais à quelques centimètres à peine de lui. Si j’avais tendu le bras, j’aurais pu le toucher.

Il ne dit rien, car il n’exprime jamais rien, ou si peu.

Je restai figé, le cœur battant. Terrorisé, excité, fasciné, frissonnant de peur et de joie.

Puis, tandis que j’approchais lentement mon bras, l’injonction arriva.

Différente, mais bien présente. Elle ne m’ordonnait pas de me coucher.
Simplement… de ne pas m’approcher davantage.

Je lui posai des questions : son nom, qui il était, d’où il venait, pourquoi il était là.

Aucune réponse.
Aucune émotion.

Dans un mouvement d’agacement teinté d’ironie, je décidai de le nommer Maupassant.

Ses apparitions me rappelaient Le Horla.

Il ne manifesta toujours rien.

Je me recouchai. Avec cette même sensation de terreur rassurante en arrière-plan.

Si demain tu es encore là, pensai-je, je te lirai une histoire que tu n’as jamais entendue.

Bonne nuit, Maupassant.

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