Chapitre 14 – Expérience

2 minutes de lecture

Je fis alors une expérience simple.

Une nuit, je décidai de ne pas lire, de ne pas laisser la fenêtre ouverte, de ne pas m’accouder, et surtout de ne rien attendre.

Je m’éveillai lucidement, reconnus les signes habituels — une lumière légèrement trop stable, un objet déplacé — puis je restai immobile.

Il n’apparut pas.

Je me rendormis sans difficulté et passai une nuit normale, ni agitée ni vraiment calme. Juste un sommeil que je qualifierais d’acceptable, au vu de son irrégularité.

Une autre nuit, au contraire, je lus plus longtemps que d’ordinaire, et à voix haute. Jusqu’à ce que les mots se dissolvent légèrement.

Je m’arrêtai, interrompu par cette peurquiétude diffuse qui annonçait son arrivée et sa présence.

Il était là, à bonne distance, ni trop près ni trop loin.

Je notai simplement : présence concomitante à la lecture.
Rien de plus.

Je refusai de tirer des conclusions hâtives. Trop de récits évoquent un observateur qui finit par façonner ce qu’il observe. Je ne voulais pas transformer une expérience fragile en construction artificielle.

Je ne modifiai donc pas ma routine onirique : dormir, lire, noter.
Et vivre mes journées.

Puis surtout, je cessai de lui poser des questions.

Je compris que les questions, même silencieuses, avaient un poids, une forme de tension et d’attente. Et que cette attente modifiait l’état dans lequel je me trouvais.

Lorsque je n’attendais rien, les nuits se déroulaient sans heurt.

Quand il était là, je l’acceptais, et je ne considérais plus son absence comme un manque aussi important qu’autrefois.

Il n’y avait pas de progrès significatif, ni de révélation, et encore moins de seuil franchi.

Seulement une coexistence intermittente.

Un soir, alors que je refermais mon carnet, je réalisai que cela faisait plusieurs jours que je n’avais rien écrit de particulier. Juste quelques notes plates.

Et cela me rassura.

Je me couchai, reconnaissant à peine le moment où le rêve prenait le relais.

Au réveil, je me sentais reposé.

Je compris alors que, quelle que soit la nature de ce phénomène, il ne cherchait pas à être compris. Et que, peut-être, le comprendre n’était ni possible, ni nécessaire.

Je refermai le carnet.

La fenêtre était fermée.
Les volets aussi.

Pour la première fois depuis longtemps, cela ne me posa aucun problème.

Je ne regardai pas la fenêtre.

Annotations

Vous aimez lire Aurelian3310 ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0