Chapitre X : Servus et Dominus

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Roma
In prima hora diei ante diem VII Idus Apriles
anno ab Urbe condita DCCCLIX.

Rome,
Sept jours avant les Ides d’avril, 859 AUC
Aube du 7 avril 106 après J.-C.

L’aube se levait sur Rome comme une déesse lasse, étirant ses doigts de rose et d’or sur les toits de tuiles, glissant entre les colonnes des temples comme une voleuse.

Sur le Capitole, les premiers chants des augures montaient, graves et solennels, pour saluer le retour d’Aurora. Dans les insulae, les artisans s’éveillaient, toussant la poussière de la veille, tandis que les patriciens, lovés dans leurs domus, rêvaient encore de conquêtes ou de corps soumis.

Je m’étirai sous les draps de lin, la peau encore tiède des caresses de la nuit. À côté de moi, Vladis dormait. Ou feignait de dormir. Son souffle était régulier, presque trop régulier, comme s’il comptait chaque inspiration. Ses cheveux blonds, épars sur l’oreiller de soie, captaient la lumière naissante, les transformant en fils d’or pâle. Son dos, large et musclé, se soulevait à peine, comme s’il retenait même dans le sommeil le droit de prendre trop de place.

Je passai un doigt le long de sa colonne vertébrale, suivant la courbe de ses épaules jusqu’à la taille étroite où le drap glissait. Il ne frémit pas. Je déposais des baisers sur son corps. Mes lèvres effleurèrent les cicatrices fraîches sur son dos, là où le fouet de l’intendant avait marqué sa peau la veille.

Puis, je posai ma main sur sa poitrine, sentant son cœur battre sous ma paume, rapide et fort, comme celui d’un animal traqué. Il ne recula pas, mais ses doigts se crispèrent sur le drap, trahissant sa tension. Je fis descendre ma main, lentement, traçant un chemin brûlant sur son ventre plat, jusqu’à la toison sombre qui encadrait son sexe. Il était déjà dur.

— Tu bandes pour moi, constatai-je, ma voix basse et rauque.

Ses mâchoires se contractèrent, mais il ne détourna pas les yeux.

— Je bande parce que mon corps est vivant, domine. Rien de plus.

Quelle réponse audacieuse ! Je ris, un son sec, sans joie. Puis je serrai son sexe dans ma main, assez fort pour qu’il halète. Ses hanches se soulevèrent malgré lui, une réaction instinctive, et je sentis une chaleur me monter en voyant cette preuve de son désir — et de ma victoire.

— Mens encore, murmurai-je en me penchant pour mordre doucement la courbe de son épaule.

Je caressai sa joue, mes doigts glissant jusqu'à ses lèvres.

— Tu sais ce que je veux, dis-je.

Il ne répondit pas. Mais quand je guidai son visage vers mon sexe, déjà dur, il n'offrit aucune résistance. Ses lèvres étaient chaudes, presque brûlantes, et je sentis un frisson me parcourir quand sa langue effleura ma peau.

Je fermai les yeux, savourant la chaleur de sa bouche, la façon dont ses doigts se crispaient sur mes cuisses. Il ne me regardait pas. Il fixait un point devant lui, les mâchoires serrées, chaque mouvement calculé pour me rappeler qu'il faisait cela contre son gré.

J'enroulai mes doigts dans ses cheveux, tirant juste assez pour qu'il lève les yeux vers moi. Des yeux qu imploraient ? Qui détestaient ? Qui aimaient ? Peut-être tout cela en même temps.

Ses pupilles étaient dilatées, par le désir ou par la rage. Il ne s'arrêta pas. Il accéléra même le mouvement, sa langue traçant des cercles autour de mon gland. Je grognai, sentant mon contrôle vaciller.

Ses yeux croisèrent les miens.

À ce moment là, ce n'était pas lui, l'esclave. C’était moi, enchaîné à ce corps sauvage et magnifique, à ces épaules marquées par les fouets de mon propre intendant, à ces lèvres qui me haïssaient tout en me donnant du plaisir.

Inquiétant, pensai-je en sentant nos souffles s’entremêler, nos cœurs battre à l’unisson comme deux tambours de guerre. Comme si les dieux, dans un rire cruel, avaient lié nos âmes malgré nous.

Ce n'était plus seulement un plaisir physique, ni même un simple désir sexuel. Ce qui montait en moi était plus dangereux, plus insidieux : une faim dévorante, une addiction que je ne pouvais étouffer. Quelque chose de plus ancien, de plus profond, comme si mon âme — cette part de moi que je croyais invincible — reconnaissait la sienne dans un murmure silencieux mais terrifiant.

J'étais en train de tomber amoureux d’un esclave.

Il fallait me ressaisir. Retrouver cette carapace de patricien que j’avais si longtemps portée comme une armure. Mais comment ? Quand chaque regard de défi de Vladis, chaque soupir étouffé, chaque marque de ses doigts sur ma peau me rappelait que j’étais déjà perdu — et que Rome tout entière ne serait qu’un palliatif à cette défaite.

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