Chapitre XXIII : Guerrier Dace
⚠️ Ce roman contient des scènes explicites, mais ce chapitre l'est tout particulièrement... Sans doute le plus explicite du livre. Si vous pensez que cela pourrait vous heurter, vous pouvez passer directement au chapitre suivant.
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Roma
In prima hora diei ante diem III Idus Apriles
anno ab Urbe condita DCCCLIX.
Rome,
Avant le troisième jour des Ides d’avril, 859 AUC
Aube du 11 avril 106 après J.-C.
Quatre nuits avaient passé depuis le banquet.
Cette nuit, comme les précédentes, l'ergastulum m'avait avalé. L'odeur de moisi, de sueur séchée et de chaînes rouillées emplissait mes poumons, collait à ma peau comme une seconde chair. Les chaînes lourdes et rugueuses me faisaient mal. Chaque mouvement les faisait cliqueter. Une musique pour les gardes. Une prière pour moi.
Je fermais les yeux, et je voyais Vladis. Pas celui de Dacie. L'autre. Celui qui dormait dans la soie, réchauffé par le corps du jeune Romain. Celui qui recevait des baisers là où moi je recevais des coups. Celui pour qui j'avais pris le fouet, quatre jours plus tôt. Je ne lui en voulais pas. Comment lui en vouloir ? Il n'était pas vraiment responsable.
Mais la haine, elle, avait un visage. Une bouche. Des mains. Lucius.
Depuis mon arrivée, il y a cinq jours, il m'avait pris trois fois.
La première fois, le jour même de notre arrivée. J'avais été le premier à être « préparé » — leurs doigts gras sur ma peau, leur huile parfumée comme un affront, leurs regards qui me déshabillaient déjà. Et lui, debout dans l'ombre, qui attendait. Il m'avait fait mettre à genoux, il m'a forcé lui à lui embrasser les pieds. Il m'avait forcé à m'allongé comme si j'étais une femme. Moi Zalmo, Fils de Vezina, guerrier Dace. J'avais eu mal mais surtout j'avais eu honte.
Puis, au cours des quatre jours qui avaient suivi, il était revenu deux fois.
Une fois, dans l'ergastulum même. J'avais senti ses sandales sur la pierre avant même de voir son ombre. Il s'était approché sans un mot. Les chaînes avaient cliqueté, ma nuque avait heurté la pierre, et ses mains — froides, impatientes, comme des serres — avaient écarté mes cuisses malgré moi. Je n'avais pas crié. J'avais serré les dents, fixé le plafond, compté les fissures dans la roche. Neuf. Dix. Onze. Il avait grogné contre mon oreille, son souffle chaud et moite, son poids écrasant. Essoufflé. Satisfait. Puis il était parti sans un mot, comme on se lève d'un banquet.
Et hier, alors que les autres travaillaient dans le hortus, il m'avait fait monter dans ses appartements. Il m'avait fait attacher à son lit — les bras écartés, les chevilles entravées, offert comme un sacrifice sur un autel de porphyre. « Pour que tu apprennes », avait-il murmuré, ses lèvres effleurant mon cou. Cette fois, j'avais fermé les yeux. Pas par soumission. Pour ne pas voir le miroir de bronze face à moi. Pour ne pas voir ce que j'étais devenu. Un jouet. Une chose. Un corps sans nom.
Il m'avait pris lentement. Savourant chaque seconde. Chaque frisson de mon corps traître qui répondait malgré moi, qui se soulevait, qui s'offrait. Je n'avais pas dit oui. Je ne dirais jamais oui. Mais je n'avais pas crié non plus. Parce que crier, c'était lui donner plus de plaisir que mon silence.
Alors je m'étais tu.
Puis, je l'avais regardé droit dans les yeux, sans les baisser.
Parce que j'étais un guerrier Dace.

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