Chapitre XXXVII : La goutte
Hora sexta
À midi
Le soleil frappait l’échine comme un marteau, la terre craquait sous nos pieds, la sueur brûlait nos yeux, et l’air vibrait, lourd et implacable, comme une lame rougeoyante prête à trancher. La sixième heure. Le soleil, au zénith, étouffait la cour sous sa lumière blanche. L’ombre avait déserté l’espace, et la poussière, soulevée par la chaleur, rongeait la terre sous nos pas. Ma gorge était une brique incandescente, mes lèvres, gercées, s’ouvraient et se refermaient sur rien. J'avais avalé ma propre salive jusqu’à ce qu’il ne reste plus que cette soif, cette douleur cuisante qui vous tord les entrailles comme une main qui se serre.
Dacius s’approcha de l’amphore, les mains tremblantes. Beryllus, ce chien de garde aux yeux de taupe, lui fit un signe de tête. Et Dacius,plongea ses deux mains en coupe dans l’eau fraîche, but à s’en étouffer, l’eau dégoulinant sur son menton, sur son torse, comme une bénédiction volée.
Je le regardai, les dents serrées si fort que j’entendis mes mâchoires grincer. Ma gorge était un four, ma langue un morceau de cuir sec. Chaque gorgée de Dacius était un coup de poignard. Je sentais l’eau glisser dans sa gorge, entendais le glouglou de sa déglutition. Il fermait les yeux, comme s’il savourait le nectar des dieux, tandis que moi, je fixais l’amphore, mon regard noir assez pour faire bouillir l’eau à distance.
Beryllus me toisa, un sourire narquois aux lèvres.
— Toi, pas encore.
Ces mots résonnèrent en moi « Pas encore. »
La soif était la punition qui m'était infligée pour avoir su rester droit.
Dacius se redressa, les yeux mi-clos, repu. Il essuya sa bouche du revers de la main, sans même oser me regarder. Je vis une goutte perler à sa lèvre, grossir, puis tomber sur le sol. Une goutte. Une seule.
Je serrai les poings, L’eau était là, à portée de main, mais aussi loin que les étoiles.
La lame, elle, était froide, patiente.

Annotations
Versions