Chapitre XLII : Un matin presque comme les autres
Hora quinta
Un peu après onze heures
La journée de la veille avait été éprouvante. La privation d'eau, une épreuve cruelle et implacable, m'avait marqué bien plus profondément que je ne voulais l'admettre.
Ce matin, je m'étais réveillé dans l'ergastulum, et la journée avait commencé comme les autres : par les exercices physiques. Puis l’intendant nous avait réparti les tâches.
Nos corps étaient contraints à cette discipline, comme des instruments entre les mains de notre maître. De simples objets. Des jouets.
Les muscles tendus, les jambes frémissantes, nous avions suivi les ordres, sans un mot.
Le jeune romain qui passait souvent nous voir et m'infliger des punitions ne l'avait pas fait ce matin.
Soudain, l’intendant vint chercher mon frère.
— Taris. Suis-moi.
Mon cœur cessa de battre une seconde. Taris obéit, la tête basse, sans un regard pour moi. Je vis ses épaules trembler — à peine — comme une feuille sous l’orage.
Pour les plaisirs du jeune Romain ? La pensée me frappa au ventre. Je sentis le dégoût me monter à la gorge, âcre, brûlant. Peut-être. Sans doute.
Le couteau, dérobé quelques jours plus tôt dans la cuisine, me rappela sa présence. Je n’avais pas encore eu l’occasion de m’en servir. Mais le moment s’approchait. Je le sentais dans mes os, dans cette tension qui ne cessait de monter, comme une corde qu’on tend jusqu’à la rupture.
Bientôt. Très bientôt.
En attendant, je soulevai les jarres. Je courbai l’échine. Je serrai les dents. Et je regardai la porte par laquelle Taris avait disparu.
Je la regardai longtemps.

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