Chapitre LI : Nuntius Malus
Ostia
In prima hora diei ante diem XVI Kalendas Maias
anno ab Urbe condita DCCCLIX.
Ostie,
À la première heure, seize jours avant les Calendes de mai, 859 AUC
Aube du 16 avril 106 après J.-C.
Une lueur blafarde filtrait par le soupirail, dessinant une traîne pâle sur le sol de terre battue. Ostie s’éveillait. Les cris des mouettes, le grincement des poulies sur les quais, le martèlement des charpentiers réparant les coques résonnaient comme un écho lointain, étouffé par les murs épais du medianum. L’odeur du pain frais se mêlait à celle, plus âcre, du poisson et du goudron.
Vladis dormait encore, son souffle lent et régulier. Taris, lui, était assis par terre, adossé au mur, les yeux mi-clos.
Un coup discret contre la porte nous fit tous sursauter.
— Lucius ? La voix de Lycus, étouffée. Vous êtes réveillés ?
Je me levai rapidement, enfilant ma tunique.
— Oui, répondis-je en ouvrant la porte.
Lycus se tenait là, un plateau à la main, son visage marqué par une tension.
— J’ai apporté du pain et des olives, dit-il en entrant, son ton trop léger trahissant l’agitation qui l’habitait. Et…
Il hésita, posant le plateau avec un bruit sourd.
— … J’ai une mauvaise nouvelle.
Mon estomac se noua.
— Laquelle ? demandai-je, la voix soudain rauque.
Il joint les mains, comme s’il cherchait le courage de continuer.
— Aucun marin romain n’acceptera de prendre la mer aujourd’hui… Il marqua une pause, le regard fuyant. … ni dans les prochains jours.
Un silence pesant s’installa. Je savais pourquoi.

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