Prologue
Le vent soufflait fort cette nuit‑là, plus fort qu’il ne l’avait fait depuis des années.
Dans les hauteurs de la Nation du Vent, là où les falaises se dressaient comme des lames blanches contre le ciel, les sentinelles ailées avaient du mal à tenir en place.
Le courant était instable, nerveux, chargé d’une énergie qu’aucun d’eux ne reconnaissait.
Un jeune messager, aux ailes pâles et aux yeux clairs, se tenait au bord du promontoire.
Il observait l’horizon, les sourcils froncés.
Le vent lui parlait. Il le faisait depuis qu’il était enfant.
Mais ce soir, sa voix était différente.
Plus lourde.
Plus pressante.
Presque inquiète.
Il ferma les yeux, tendit la main.
Le vent tourna autour de ses doigts, hésitant, comme s’il cherchait à lui transmettre quelque chose qu’il ne parvenait pas à formuler.
— Qu’est‑ce que tu veux me dire…? murmura-t-il.
Une bourrasque violente le fit reculer d’un pas.
Puis une autre.
Puis une troisième, plus froide, plus profonde, comme un souffle venu d’un autre monde.
Il rouvrit les yeux.
Le ciel, pourtant clair quelques instants plus tôt, s’était assombri.
Pas de nuages.
Pas d’orage.
Juste… une ombre.
Une ombre qui n’avait pas de forme, pas de contour, mais qui semblait glisser au-dessus du monde comme un voile.
Le messager sentit son cœur se serrer.
Il n’avait jamais ressenti cela.
Ni peur.
Ni menace.
Plutôt… une attente.
Comme si quelque chose, quelque part, venait de s’éveiller.
Il posa une main sur sa poitrine, là où le vent vibrait encore.
— Ce n’est pas pour nous, murmura-t-il. Ce n’est pas contre nous.
Il ne savait pas comment il le savait.
Mais il le savait.
Le vent changeait. Le monde changeait.
Quelque chose approchait.
Il leva les yeux vers l’horizon.
Une lueur pâle, presque imperceptible, scintilla au loin.
Pas dans le ciel.
Pas dans la mer.
Dans l’air lui-même.
Une naissance.
Un souffle nouveau.
Un déséquilibre qui n’était pas encore un danger… mais qui le deviendrait.
Le messager recula d’un pas, les ailes frémissantes.
— Un enfant… souffla-t-il sans comprendre pourquoi ces mots lui venaient.
Le vent tourna autour de lui, plus doux cette fois, presque tendre.
Il ne savait pas encore que ce souffle nouveau changerait le destin des quatre nations.
Il ne savait pas encore que ce qu’il venait de sentir n’était pas une menace… mais une promesse.
Il savait seulement que le monde venait de basculer.
Et que rien ne serait plus jamais comme avant.

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