Chapitre 8
Le soleil montait lentement derrière les arbres, étirant de longues ombres mouvantes sur le sol.
Nous marchions depuis un moment déjà, et pourtant j’avais l’impression que le temps s’était figé autour de nous.
La forêt semblait nous observer.
Ou peut-être étais-ce moi qui percevais tout trop intensément.
Chaque bruit me traversait.
Chaque odeur me heurtait.
Chaque battement de mon cœur résonnait dans ma poitrine comme un tambour.
Calywen avançait devant moi, silencieux. Pourtant, je sentais qu’il surveillait chacun de mes pas.
Je finis par murmurer :
— J’ai l’impression que tout… m’agresse.
Il ralentit et se plaça à ma hauteur.
— C’est normal. Ton corps s’adapte. Tes sens se réorganisent.
Je grimaçai.
— Je n’aime pas ça.
Un léger sourire passa sur ses lèvres.
— Personne n’aime perdre le contrôle.
Il avait raison. Mais ça ne rendait rien plus facile.
Nous continuâmes à marcher.
Le sol était couvert d’une mousse argentée, douce sous mes pieds. Pourtant, chaque pas réveillait une tension dans mes muscles, comme si mon corps se battait contre lui-même.
Plusieurs questions se bousculaient dans mon esprit.
Finalement, l’une d’elles franchit mes lèvres.
— Je suis… une erreur ?
Calywen resta silencieux un instant.
Puis il répondit calmement :
— Non.
Il tourna légèrement la tête vers moi.
— Tu es une exception.
Je levai les yeux vers lui.
— Et c’est censé me rassurer ?
— Kara… tu es unique. Et le monde magique le sent.
Sa voix se fit plus grave.
— C’est pour ça que Tyler t’a reconnue. C’est pour ça qu’il a eu peur.
Un frisson parcourut ma nuque.
— Peur de quoi ?
— De ce que tu pourrais devenir.
Je m’arrêtai brusquement.
— Je ne veux pas devenir quelque chose.
Ma voix trembla.
— Je veux juste être moi.
Calywen s’arrêta aussi.
Il me regarda avec une patience étrange, presque infinie.
— Alors apprends à te connaître.
Je croisai les bras, frustrée.
— Et comment je suis censée faire ça ?
— En allant au sanctuaire.
Je soupirai.
— Tu répètes toujours la même chose.
— Parce que c’est là-bas que tout commence.
Nous reprîmes la marche.
La forêt changeait peu à peu.
Les arbres étaient plus hauts, leurs branches tordues comme des bras anciens. L’air vibrait légèrement, comme si une énergie invisible circulait entre les troncs.
Je murmurai :
— J’ai peur de ce que je vais découvrir.
— C’est normal d’avoir peur.
Il marqua une pause.
— Mais tu n’es pas seule.
Je levai les yeux vers lui.
— Tu me fais confiance ? demanda-t-il doucement.
Je déglutis.
— Je n’ai que toi.
Il hocha la tête, comme si cette réponse lui suffisait.
Nous marchâmes encore longtemps.
Puis soudain, la forêt s’ouvrit.
Un sentier plus clair apparaissait devant nous, baigné d’une lumière douce.
Calywen s’arrêta.
— Nous approchons.
Mon cœur se serra.
— Du sanctuaire ?
— De sa frontière.
Il posa son regard sur moi.
— Une fois que tu la franchiras… tu ne pourras plus revenir en arrière.
Je restai immobile, le souffle court.
Le vent se leva légèrement.
Il apporta avec lui une odeur salée.
Une odeur familière.
La mer.
Comme un souvenir de ma mère.
Je fermai les yeux.
Puis je murmurai :
— Je suis prête.
Calywen me regarda un instant.
Puis il inclina légèrement la tête.
— Alors viens.
Et nous avançâmes vers la lumière.

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