Chapitre 11
Nous quittâmes le sanctuaire sans un mot.
La lumière bleutée derrière nous s’éteignait lentement, comme si elle refermait la porte que j’avais franchie.
L’air était plus doux ici, mais mon corps vibrait encore. Chaque pas réveillait une tension dans mes veines, comme si la magie refusait de me quitter.
Calywen marchait devant moi, silencieux.
Il ne me pressait pas. Il ne me regardait pas.
Mais je sentais qu’il surveillait chacun de mes gestes, prêt à intervenir si je vacillais.
Après un moment, il murmura simplement :
— On ne va pas encore à l’endroit où ta mère a disparu…
Je levai les yeux vers lui, surprise.
— Pourquoi ?
— Tu dois d’abord apprendre à respirer.
Je ne compris pas tout de suite ce qu’il voulait dire. Mais je n’eus pas le temps de demander.
Quelque chose s’accrocha à ma cheville.
Je sursautai, manquai de tomber.
Calywen me rattrapa d’un geste rapide, presque naturel.
— Ne t’inquiète pas. Elles ne font pas de mal.
Je baissai les yeux.
Une petite créature végétale était accrochée à moi.
Une fleur sur la tête, un corps de feuilles, des ailes translucides qui vibraient doucement.
Je restai figée.
— C’est… quoi ce truc ?
— Ce truc... c'est ce que tu appelles une fée.
Il dit ça comme si c’était la chose la plus normale du monde.
Moi, j’avais l’impression de rêver.
Je m’accroupis lentement.
La fée me regardait, curieuse, comme si elle essayait de comprendre qui j’étais.
— C’est… magnifique.
Calywen hocha la tête, un léger sourire au coin des lèvres.
— Regarde autour de toi.
Je levai les yeux.
Des dizaines de petites lumières flottaient entre les arbres.
Elles virevoltaient, légères, silencieuses, comme des paillettes vivantes.
Je restai bouche bée.
— On dirait… des étoiles tombées du ciel.
— Elles te sentent, murmura Calywen. Elles reconnaissent ta magie.
Je frissonnai.
Ma magie.
Je n’étais pas prête à entendre ça.
Nous suivîmes un sentier étroit.
La forêt s’ouvrit sur un village miniature, niché dans les arbres.
De petites maisons de bois, de pétales, de feuilles.
Toutes différentes.
Toutes délicates.
Je marchai lentement, comme si j’avais peur d’abîmer quelque chose.
— C’est toi qui as construit tout ça ?
— En partie. Et ta mère m’a aidé pour le reste.
Je m’arrêtai, le cœur serré.
— Elle… elle est venue ici ?
— Souvent.
Il ne dit rien de plus.
Il n’avait pas besoin.
Je sentais que cet endroit lui appartenait autant qu’à elle.
Nous continuâmes jusqu’à une clairière.
Une rivière claire serpentait entre les rochers.
La lumière du soleil faisait briller l’eau comme du verre liquide.
— Les fées se perdent parfois, expliqua Calywen. Elles cherchent l’eau, la lumière. Certaines finissent blessées.
Je m’accroupis près d’un rocher.
— Et toi… tu les aides ?
— Quand je le peux.
Il grimpa sur un rocher et m’aida à le rejoindre.
Son geste était simple, naturel, presque tendre.
— Cherche dans les ombres.
Je fouillai du regard.
Et soudain, je la vis : une petite fée recroquevillée, ses pétales abîmés.
— Calywen… j’en ai trouvé une.
Il s’approcha, silencieux.
Je la pris délicatement dans mes mains.
Elle était si légère que j’avais peur de la casser.
— Tu peux la couvrir avec ça.
Il me tendit un tissu doux.
Je l’enveloppai avec précaution.
Nous retournâmes au village.
Calywen sortit une sacoche pleine de petits outils en bois.
— On va la soigner.
Il parlait doucement, comme s’il avait peur de la brusquer.
Ou de me brusquer, moi.
Je suivis ses instructions.
Tapoter doucement. Ne pas appuyer. Laisser le temps faire le reste.
Les pétales repoussèrent sous mes yeux.
Je restai bouche bée.
— C’est… incroyable.

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