Chapitre 12
Le soir tomba.
Calywen m’emmena dans un petit cabanon niché sous les arbres.
L’intérieur était chaleureux : des tabourets couverts d’herbe, un foyer, des livres, des objets étranges.
Je m’assis près du feu.
La petite fée dormait dans un tissu, paisible.
Pendant que Calywen sortait chercher des fruits, je explorai le cabanon.
Un sablier dont le sable remontait.
Un couteau sculpté dans un bois vivant.
Une fiole noire.
Un livre ouvert.
Une phrase attira mon regard :
Le pouvoir ne se transmet pas. Il s’éveille.
Je frissonnai.
Une page se tourna toute seule.
Je refermai le livre d’un geste brusque.
Calywen revint avec un panier.
— Les fruits de nuxira. Très nutritives.
Il en donna un morceau à la fée, qui s’éveilla doucement.
Je le regardai faire.
Ses gestes étaient précis, doux, presque rituels.
— Tu… tu fais ça depuis longtemps ?
— Depuis plus longtemps que tu ne peux l’imaginer.
Il ne développa pas.
Il ne développait jamais.
Et pourtant, je sentais qu’il en disait plus qu’il ne le pensait.
Plus tard, il me fit signe de le suivre dehors.
La nuit était bleutée, presque irréelle.
Des lucioles flottaient dans l’air.
Nous arrivâmes devant une souche d’arbre immense, creusée comme une arche.
— Passe la première.
Je hésitai.
— Tu es sûr que c’est… stable ?
— J’ai construit cet endroit pour qu’il te protège.
Je ne répondis pas.
J’entrai.
De l’autre côté…
un monde irréel.
Herbe lumineuse.
Fleurs phosphorescentes.
Pierres flottantes.
Un ciel étoilé si proche qu’on aurait pu le toucher.
Je restai bouche bée.
— C’est… magnifique.
— C’est ton monde, murmura Calywen. Celui auquel tu appartiens.
Je m’assis près d’une fleur.
Elle vibra sous mes doigts.
— Tu crois que ma mère est venue ici ?
Il s’assit à côté de moi, pensif.
— Elle connaissait cet endroit mieux que quiconque.
Je sentis mon cœur se serrer.
— Tu es doué pour entretenir le mystère.
— Et toi, pour le percer.
Nous restâmes là longtemps, à observer les fées danser dans la lumière.
Pour la première fois depuis longtemps… je me sentais en paix.

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