Chapitre 13
Le matin se leva doucement sur le cabanon.
Une lumière dorée filtrait à travers les feuilles, dessinant des éclats mouvants sur le sol.
Je m’éveillai lentement, encore enveloppée de la chaleur du foyer.
La petite fée dormait toujours, blottie dans son tissu, comme un minuscule animal paisible.
Calywen était déjà dehors.
Je le voyais par l’ouverture du cabanon : il se tenait immobile, les yeux fermés, comme s’il écoutait la forêt respirer.
Je sortis à pas lents.
L’air était frais, chargé d’une odeur de mousse et de fleurs humides.
— Tu es réveillée.
Sa voix était douce, presque un murmure.
Il n’ouvrit pas les yeux tout de suite.
Il semblait… ailleurs.
Je m’approchai.
— Tu médites ?
— J’écoute.
— Quoi ?
— Toi.
Je restai figée.
Il ouvrit enfin les yeux, dorés, calmes.
— Ta magie est agitée ce matin. Elle cherche un équilibre.
Je posai une main sur ma poitrine.
Mon cœur battait trop vite.
— Je ne sais pas comment… la calmer.
— Alors on va apprendre.
Il se leva, lentement, comme si chaque geste avait un sens.
Il m’invita à le suivre jusqu’à la clairière où nous avions trouvé la fée blessée.
La lumière y était plus douce qu’ailleurs.
Les fées flottaient entre les rayons du soleil, silencieuses, comme des poussières d’or vivantes.
— Assieds‑toi.
Je m’exécutai.
L’herbe était tiède sous mes doigts.
— Ferme les yeux.
J’obéis.
Le monde devint plus vaste, plus bruyant.
Je sentais tout :
le sang dans les racines,
le souffle des fées,
la chaleur du soleil,
la magie dans l’air.
C’était trop.
— Calywen… ça recommence…
— Respire profondément.
Sa voix était un fil auquel je me raccrochai.
— Inspire… laisse entrer la lumière.
— Expire… laisse sortir ce qui brûle.
Je suivis son rythme.
Lentement.
Très lentement.
La douleur diminua.
Les bruits s’adoucirent.
La magie cessa de me heurter.
Je rouvris les yeux.
Le monde n’avait pas changé.
Mais moi, si.
— Tu vois ? murmura Calywen. Tu peux la guider. Pas la combattre.
Je restai silencieuse.
Je n’avais jamais ressenti quelque chose d’aussi… apaisant.
Il s’assit à côté de moi, sans me toucher, mais assez près pour que je sente sa chaleur.
— Ta nature n’est pas un fardeau, Kara. Elle est une voix. Tu dois apprendre à l’écouter.
Je tournai la tête vers lui.
— Et si elle me fait peur ?
— Alors je serai là.
Il dit ça simplement, sans emphase.
Comme une évidence.

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