Chapitre 17

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L’abri semblait plus petit qu’avant.

Plus sombre.

Comme si l’apparition avait laissé une trace dans l’air.

Calywen referma la porte, puis s’assit près du mur.

Je restai debout, incapable de tenir en place.

— Tu devrais dormir, Kara.

— Je ne peux pas.

Il soupira doucement, puis tapota le sol à côté de lui.

— Viens. Je vais te raconter quelque chose.

Je m’assis, les genoux contre ma poitrine.

Il resta un moment silencieux, comme s’il cherchait ses mots.

Puis il parla d’une voix basse, presque chantée.

— On raconte que Sylven‑Maar n’est pas un lieu.

C’est un seuil.

Un passage entre ce que l’on est… et ce que l’on devient.

Je frissonnai.

— Les sirènes disent que l’eau là‑bas reconnaît les siens. Qu’elle s’ouvre pour celles qui portent la mer dans leurs veines. Et qu’elle se referme sur tout le reste.

Il marqua une pause.

— Le Feu n’y entre pas. Jamais.

Je sentis mon cœur se serrer.

— Alors… tu ne pourras pas venir avec moi.

Il détourna le regard.

— Peut‑être pas.

Un silence lourd s’installa.

Je jouais nerveusement avec mes doigts.

— Et moi…je ne suis pas seulement une sirène. Je suis aussi… autre chose, avec du sang qui n’a rien à voir avec l’eau.

Ma voix trembla.

— Et si…Sylven‑Maar me rejetait aussi ?

Calywen se tourna vers moi.

Ses yeux dorés brillaient d’une douceur rare.

— Les sanctuaires ne rejettent pas les êtres. Ils rejettent les intentions. Et toi… tu ne portes aucune ombre dans ton cœur.

Je ne répondis pas. Je n’étais pas sûre de le croire.

Il reprit, plus doucement encore :

— On conte, en des âges si reculés que nul scribe n’en garda trace, une autre légende. Une parole voilée, que les anciens ne soufflaient qu’à voix basse, lorsque la nuit pesait lourd sur les remparts et que les torches vacillaient comme des âmes inquiètes.

Il est dit qu’en de rares temps, lorsque deux royaumes que tout oppose se frôlent en silence, il peut naître une âme singulière. Non point forgée d’un seul monde, mais enfantée par deux souffles contraires, liés par un dessein que nul mortel ne saurait démêler.

Cette âme, murmurent les vieux chevaliers, n’est ni de l’eau mouvante, ni de l’ombre profonde… mais d’un entre‑deux que nul ne nomme, un lieu où les lois se brisent et où les frontières se taisent.

Et l’on jure, dans les salles froides des forteresses oubliées, que telle âme peut ouvrir un passage que même les Anciens, dans leur sagesse austère, ne purent comprendre. Un passage qui ne répond ni au temps, ni aux serments, ni aux royaumes des hommes. Un passage qui ne s’ouvre qu’une fois, et seulement devant celui ou celle qui porte en son cœur la fracture des mondes.

Mais certains, plus prudents, murmurent que cette légende n’est point promesse, mais avertissement. Car si une telle âme venait à paraître, nul ne saurait dire ce qu’elle libérerait… ni si ce qui s’éveillerait pourrait jamais être scellé de nouveau.

Je levai les yeux vers lui.

— Tu crois que… c’est moi ?

— Je crois que tu es plus que ce que tu penses.

Je me couchai, mais mes yeux restèrent ouverts.

La légende tournait dans ma tête.

L’Esprit du Vent.

Sylven‑Maar.

L’eau qui choisit.

Le Feu qui ne peut entrer.

Mon sang d’Ombre.

Et cette question qui revenait encore et encore :

Et si je n’étais acceptée nulle part ?

À un moment, Calywen se leva et s’approcha de moi.

— Essaie de dormir, Kara.

Sa voix était douce.

Presque fragile.

Je fermai les yeux.

Je ne dormis pas vraiment.

Je glissai juste dans un demi‑sommeil agité, où le vent murmurait mon nom.

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