Chapitre 18

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Le matin se leva sans couleur.

Une lumière pâle glissait entre les branches, encore hésitante, comme si elle craignait de troubler la forêt après ce qui s’était passé la veille.

Nous marchions depuis un moment déjà.

Pas un mot.

Juste le bruit de nos pas sur la mousse humide, et le souffle régulier de Calywen devant moi.

La forêt semblait différente.

Plus dense.

Plus attentive.

Comme si elle nous observait.

Calywen finit par ralentir, puis se tourna légèrement vers moi.

— Kara… écoute.

Je levai les yeux, un peu perdue.

— J’écoute déjà.

Il secoua doucement la tête.

— Non. Tu entends. Ce n’est pas pareil.

Il reprit la marche, mais plus lentement, comme s’il voulait que je me cale sur son rythme.

— La forêt n’est pas un bruit, dit-il. C’est une multitude de voix. Et toi… tu les prends toutes d’un coup...Tu dois apprendre à les séparer, les reconnaître, les laisser passer sans te heurter.

Je respirai profondément.

Les sons m’arrivaient en vagues :

le craquement d’une branche,

le froissement d’une aile,

le murmure du vent,

le battement d’un cœur.

Tout se mélangeait.

— Choisis-en un, murmura Calywen. Un seul. Laisse le reste couler autour de toi.

Je tentai.

Je me perdis.

Je tentai encore.

Puis, au milieu du chaos, j’entendis un bruit ténu.

Un filet sonore.

Un ruisseau, quelque part derrière les arbres.

— Je… je crois que je l’ai.

Calywen sourit, un sourire discret, presque fier.

— Bien.

Nous marchâmes ainsi longtemps.

Parfois je réussissais.

Parfois je me noyais dans les sons.

Mais Calywen ne se moquait jamais.

Il corrigeait d’un mot, d’un geste, d’un souffle.

Puis il s’arrêta.

— On va essayer quelque chose.

Il s’éloigna de quelques pas, ses ailes frémissant légèrement dans la lumière du matin.

— Ferme les yeux.

J'obéis.

Le monde devint noir.

Mais pas silencieux.

— Maintenant… trouve-moi.

Je restai immobile.

Au début, tout m’envahit :

le vent, les oiseaux, les feuilles, mon propre cœur.

— Respire, dit-il doucement. Laisse le monde se calmer. Ne cherche pas le bruit le plus fort. Cherche… celui qui t’appartient.

J'inspirai lentement.

Le sol vibrait sous mes pieds. Très légèrement.

Comme un battement étouffé.

Je me concentrai.

Une chaleur diffuse.

Un souffle régulier.

Un poids dans l’air.

— Tu bouges, murmurai-je.

— Peut-être.

Je tendis mes sens... Quelque chose de plus profond.

Je sentis une pulsation dans la terre.

Un rythme, un écho.

— Là, dis-je en pointant légèrement à gauche. Tu es là.

Un silence.

Puis un souffle amusé.

— Pas mal… pour une première fois.

J’ouvris les yeux.

Il se tenait à quelques centimètres de l'endroit indiqué.

La lumière du matin glissait sur ses ailes, et pendant un instant, il ne ressemblait plus à un guide… mais à un phare.

Je sentis une chaleur monter dans ma poitrine — un mélange de fierté et de peur.

— On recommence ? demandai-je.

Il sourit, un sourire rare, presque tendre.

— Autant de fois qu’il le faudra.

Nous reprîmes la marche...

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