Chapitre 4

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Eldon quitta l'hôtel sans prévenir. L'air froid lui mordit le visage tandis qu'il descendait vers le bâtiment de la police locale, posé en contrebas de la station comme un refuge trop calme. À l'intérieur, l'odeur de café rassis et de papier humide l'écœura presque.

Il parla vite. Avalanche. Pouvoirs. Sabotage. Il expliqua la montagne, la femme qui entendait les pensées. Il alla jusqu'au bout, jusqu'au mot qu'il n'aurait pensé dire.

— Je suis revenu en arrière. J'ai remonté le temps !

Les regards changèrent. D'abord amusés. Puis agacés.

— Vous avez bu, monsieur ?

— C'est le Nouvel An, ce soir. Dit un autre policer.

— Une avalanche, on les surveille. Rien d'annoncé. Faut pas paniquer.

Il insista.
On soupira.

On lui demanda des preuves.
Il n'en avait aucune.

Son discours se délitait à mesure qu'il parlait. Les mots « voyage dans le temps » flottèrent un instant, ridicules. Des pouvoirs pareils n'étaient que des mythes, jamais recensés. On lui ouvrit la porte avec politesse. Trop de politesse.

— Reposez-vous.

Dehors, le silence lui tomba dessus. Seul. Humilié. Mais lucide. ''Personne ne m'aidera. Je suis le seul à me souvenir.'' Une tentation brève traversa son esprit. Partir. Quitter la station. S'enfuir ailleurs avant que tout recommence.

Puis il la vit. ''Elle est belle.'' La femme qui lirait les pensées plus tard, encore intacte, traversant la place avec un bâtonnet de fromage fondu à la main, riant avec quelqu'un.

Il se figea.

''Non.''

Il fallait intervenir. Arrêter l'avalanche.

''Mais comment ?''

Un visage lui revint. Le télékinésiste. ''Il pourrait retenir la neige ? S'il ne gâche pas son pouvoir.'' Eldon regarda sa montre. Midi approchait. Il savait. ''Il va le perdre.'' Il se mit à courir. Attrapa la première remontée, sauta dans un œuf, la station défilant sous ses pieds.

''Plus vite, bordel !''

Eldon arriva au flanc de la montagne essoufflé, l'hôtel déjà en train de se remplir pour le service du midi. Il le repéra immédiatement. Le serveur au plateau chargé. Puis le même homme. L'allure pressée. Le pas trop large.

L'instant revenait.

Eldon n'hésita pas. Il se jeta sur lui.

Le choc fut brutal. Ils tombèrent tous les deux, le serveur fut touché aussi. Le plateau vola, les verres s'écrasèrent au sol dans un fracas sec. Rien ne resta suspendu. Rien ne s'arrêta en l'air.

— Mais ça va pas !

Le télékinésiste se débattait, furieux, plaqué au sol. Le serveur restait figé, choqué, regardant les verres brisés.

— Écoute-moi. Dit Eldon à voix basse, urgente, tendue. Tu peux sauver l'hôtel.

Le télékinésiste le repoussa violemment et se releva.

— T'es malade ? Tu sais ce que tu viens de faire ? Tu sais qui je suis, connard ?!

— Non, mais attends, répondit Eldon, je viens de t'empêcher d'utiliser ton pouvoir.

L'autre recula, incrédule.

— Lâche-moi. J'ai pas le temps pour tes conneries.

Eldon inspira. ''Bordel... j'ai mal commencé. Une preuve. Il lui faut une preuve.'' Il l'attrapa par le bras et le tira vers les cuisines. L'homme jurait, répétant qu'il était le PDG d'une grande entreprise, mais Eldon n'écoutait pas.

— Attends ici. Dit-il. Regarde bien.

— Je vais te faire virer ! Appelle ton patron tout de suite, j'exige des réparations !

— Attends, bordel !

Une femme passa derrière eux. Eldon l'attendait. Il murmura, précis.

— Dans trois secondes, elle éternuera quatre fois. Et quand ça arrivera, l'électricité va déraper. Les cheveux de tous ceux autour vont se dresser.

L'homme ouvrit la bouche pour protester. Mais le premier éternuement claqua. Les lumières grésillèrent. Au deuxième, elles s'éteignirent. Au troisième, les poils se hérissèrent. Au quatrième, les cheveux se dressèrent.

— Putain... c'est quoi ça ?

L'homme fixa la scène, figé. Son visage se vida.

— Comment... Il déglutit. Comment t'as su ?

— Parce que ça s'est déjà produit. Dit Eldon. Et bien pire que ça.

Il parla vite. La montagne. Minuit. L'avalanche. La femme qui entendait les pensées.

— J'ai besoin de toi. Ton pouvoir peut tout changer. Sa voix tremblait à peine. Ta télékinésie peut retenir la neige. Protéger l'hôtel, les gens.

Le silence pesa. Puis l'homme sourit. Un sourire incrédule, presque heureux.

— Sérieux ? Télékinésie ? Il passa une main dans ses cheveux. Donc... mon pouvoir est cool. Genre vraiment.

— Oui.

''Mais on s'en fout.''

Il hocha la tête, encore secoué.

— D'accord. Je veux bien te croire... même si t'as l'air taré. Puis, plus bas. On fait comment ?

Eldon le regarda. Il n'y avait pas pensé. Il avançait à tâtons, une étape à la fois, sans voir la suivante.

— Je sais pas.

Ils se réfugièrent quelques secondes à l'écart, près d'un mur où le vent frappait moins fort. Le télékinésiste parlait vite, trop vite, excité par l'idée.

— Stopper l'avalanche, c'est bien. Mais le mieux, ce serait de l'empêcher. Il fronça les sourcils, soudain sérieux. Si la télépathe entend les pensées... on peut trouver le gars. Celui qui veut ça.

Eldon acquiesça. ''Un plan A, alors. Et un plan B.''

— Elle devient prioritaire. Mais je sais pas où elle est... elle sera là ce soir, à la fête.

— Parfait. On lui dira ce soir. Mais une fois trouvé, faut que cette merde de terroriste soit stoppée. Comment on fait ? Et si on échoue... plan B : je retiens la neige. Mais tout seul, c'est chaud.

Il fallait d'autres leviers. Eldon réfléchit, revit tout, pensa au téléporteur. À la cryokinésiste. Des pouvoirs gâchés. Mais utiles, s'ils n'étaient pas perdus.

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