9 - Hiloy : Peut-être un peu dramatique comme garçon

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Hiloy sourit. Au final, elle avait peut-être une chance d'y voir clair, de régler les choses. Il vaut mieux agir discrètement. Celui ou celle qui fout la merde n'hésitera peut-être pas à s'attaquer à moi ou, à défaut, à Falibi. L'adolescente décida que cela valait le coup d'essayer.

Après avoir mangé, la Cinquième abandonna ses amis en parlant d'une affaire importante et passa par sa chambre pour prendre une douche et se laver les dents. Ensuite, Hiloy se rendit auprès des seules personnes capables de lui donner conseil sur la marche à suivre.

Les jumeaux étaient sur leur banc comme à leur habitude. Quand Tefpiro la vit approcher, il lança en riant :

-On t'a mangé les mains ?

Hiloy leva ses manches dans lesquelles ses mains disparaissaient :

-T'as vu ? Je me suis réveillée ce matin, zoup, plus de mains.

Elle agita la manche pour saluer Oru.

-C'est pour quoi cette fois ?

-J'avais une question. Si je m'implique dans une certaine situation et que ça me retombe dessus, vous me protégerez, n'est-ce pas ? C'est ce que dit le papier de l'union.

Tefpiro la regardait avec méfiance :

-Si on regarde de loin, pourquoi ?

Hiloy n'alla pas dans les détails et se contenta de dire :

-Il y a quelques conflits dans ma classe et je veux aider à les régler.

Le Quatrième grinça des dents :

-Pourquoi tu ne peux pas te contenter de t'occuper de tes affaires ?

Les paroles de Rafirin lui traversèrent l'esprit et Hiloy les remania pour donner :

-Là, c'est une intervention nécessaire. Parce que pour l'instant, c'est que deux ou trois, mais si ça s'étend à toute la classe, je ne serais plus en sécurité. Et si je ne suis plus en sécurité, ça veut dire que vous allez de toute façon devoir m'aider.

Tefpiro allait râler, mais sa sœur lui envoya un coup de pied dans la jambe :

-Elle est ravie. Que veux-tu exactement ?

Hiloy pinça les lèvres un instant :

-Savoir comment me renseigner sans que tout le monde ne sache que je cherche ?

-Pour ça, faut que tu vois Weikom. C'est lui qui contrôle tout ce qui est information.

La Cinquième soupira :

-Je sais, mais j'avais espéré qu'il y aurait un autre moyen.

Hiloy n'avait rencontré le garçon qu'une fois, mais celui-ci ne lui avait pas adressé la parole et lui avait semblé en colère contre elle.

-Je crois qu'il ne m'aime pas beaucoup.

Tefpiro eut un petit rire :

-Pas du tout, tu veux dire.

La Cinquième ne cacha pas sa surprise :

-C'est vrai ? Pourquoi ?

Oru tapota le banc et son frère traduisit :

-Il n'aime pas ne rien savoir.

Hiloy haussa les épaules :

-Il doit savoir des tas de trucs, il sait tout apparemment.

-Oui, mais, sur toi, rien de signifiant. Il ne fait pas confiance aux gens insignifiants.

Charmant. La Cinquième reprit :

-Mais, du coup, il n'y a pas quelqu'un d'autre ?

Oru tapota et Tefpiro retransmit :

-Tu peux aller voir Phirand.

-Je croyais qu'il ne sortait pas de sa chambre.

Tefpiro répliqua :

-C'est vrai, mais ça ne t'empêche pas d'aller lui parler. Je n'ai pas le souvenir que sa porte coupe le son.

Hiloy hésita. Elle avait l'impression que de parler au Premier était comme parler au Roi et se sentait intimidée. La Cinquième s'était imaginée que la première fois qu'elle rencontrerait le Premier, les autres seraient avec elle.

-Je dois lui parler d'une façon spéciale ?

Tefpiro éclata de rire :

-Quoi, tu veux l'appeler votre altesse ?

Hiloy se défendit :

-Je sais pas, moi.

-Tu lui parles normalement. Oh et en frappant, tu fais trois, deux et un. Sinon, il ne te répondra pas. Avec ça, il saura que tu es l'un des Cinq.

La Cinquième se rongea un ongle, hochant la tête et réfléchissant à ce qu'elle devrait lui dire, puis, une fois son courage rassemblé :

-OK, j'y vais.

Hiloy espéra encore qu'ils proposent de l'accompagner, mais ils restèrent sur leur banc. Tout le long du trajet, l'adolescente réfléchit à la façon dont elle devrait faire sa demande. J'ai juste besoin de récupérer des informations. Il n'y a pas trente-six façons de formuler la chose. Elle gravit les trois étages pour atteindre la chambre au bout du couloir portant le hibou aux yeux de diamant du Premier. Hiloy vit qu'une petite trappe avait été aménagée au milieu de la porte. Pour les repas et le courrier, sans doute.

La Cinquième inspira profondément avant de toquer comme le lui avait dit Tefpiro. Une voix basse lui parvint :

-Qui est-ce ?

-Hiloy Plilaz. Je suis le dernier des Cinq.

L'adolescente entendit comme quelqu'un qui s'asseyait près de la porte :

-Je sais qui tu es.

Le réflexe voulant qu'elle soit à la hauteur de celui qui lui parlait et comme la voix lui venait maintenant du bas, la Cinquième s'assit à son tour. Croisant les jambes, elle dit :

-Je suis désolée de te déranger, mais c'est les jumeaux qui m'ont dit de venir.

-Tu vas bien ?

Hiloy s'étonna qu'on lui pose la question et bafouilla un peu en répondant :

-O..oui, oui.

Puis, se disant qu'elle devait rendre la politesse, l'adolescente demanda à son tour :

-Et toi ?

Le jeune homme ne répondit pas :

-Vraiment ?

-Heu... oui. Je vais bien.

Comme il semblait décidé à mener la discussion, la Cinquième le laissa continuer :

-Comment tu t'en es sortie durant le Grand Jeu ?

Hiloy répondit sans hésiter :

-Bien. Comparé à d'autres classes. On s'en est tous sorti sans trop de blessure.

-Des cauchemars ?

L'adolescente frémit :

-Oui, pas mal... au début. Moins maintenant.

Et comme si elle devait se justifier, la Cinquième ajouta :

-Mais je ne suis pas seule dans ce cas. On en a parlé avec Falibi et Rafirin.

-Qui sont-ils ?

Hiloy ne s'était pas attendue à cette question :

-Eh bien, Falibi est dans ma classe et Rafirin est de son clan.

-Ils sont fiables ?

Cette fois, la Cinquième n'hésita pas :

-Oh, oui. Je pense bien.

-Tant mieux.

Le silence se fit, alors Hiloy tenta :

-Je suis venu pour te demander quelque chose, en fait.

La voix douce et basse reprit :

-C'est vrai. Je suis désolé. C'est pour quoi ?

-Il y a quelques problèmes dans ma classe.

Elle s'empressa d'ajouter :

-Je me doute que toutes les classes doivent en avoir, mais là, c'est particulier. C'est comme si cela s'étendait petit à petit à toute la classe.

-Raconte-moi comment ça a commencé.

Hiloy s'exécuta avec le peu qu'elle savait.

-Sais-tu pour quelle raison ce Indilk a attaqué Elférad ? Et pourquoi, celui-ci, c'est à son tour fait attaquer par la fille ?

La Cinquième secoua la tête avant de se souvenir qu'il ne la voyait pas :

-Non. Je l'ignore.

-Commence par ça.

Hiloy soupira :

-Oui, mais comment ? Il serait mieux que je n'attire pas l'attention.

L'adolescente crut deviner qu'il souriait en disant :

-Évidemment. Ne t'adresse pas à ceux de ta classe. Parle à ceux d'à côté.

Hiloy réfléchit. Je peux aller parler à Gzadien pour Elférad, mais Indilk ? Pour Tahiya, je peux essayer de parler à Nsoah.

-Tu as des idées ?

La Cinquième se rendit compte qu'elle avait gardé le silence un petit moment :

-Oui, je crois savoir à qui parler.

-Quoi que tu fasses, veille à ne pas te faire tuer. Les choses actuelles nous conviennent. Les Cinq ne doivent pas tomber.

Hiloy eut un sourire. Peut-être un peu dramatique comme garçon.

-Oui, d'accord.

L'adolescente attendit un peu, pour s'assurer qu'il n'avait rien à ajouter, puis dit :

-Je vais y aller. Merci d'avoir écouté et pour ton conseil.

-De rien. La prochaine fois, tu devrais aller voir le Second. Je pense qu'il te sera plus utile.

Hiloy se frotta la nuque, un peu gênée :

-En fait, je ne sais pas trop, mais il n'a pas l'air de m'apprécier.

Et ajouta en marmonnant :

-Les jumeaux me l'ont confirmé en plus.

Le Premier rit doucement :

-Il me l'a dit oui. Il ne te fait pas confiance, mais cela ne veut pas dire qu'il ne t'aidera pas.... Il demandera sans doute quelque chose en échange par contre.

-C'est un peu ça qui m'inquiète aussi.

-Je comprends.

Hiloy attendit encore, puis le Premier demanda :

-T'es partie ?

Elle sourit :

-Non, mais je vais y aller. Merci encore.

La Cinquième se leva.

-Hé.

-Oui ?

-Ne fais pas l'idiote. Trois têtes valent mieux qu'une.

Hiloy sourit de nouveau :

-Compris.

La Cinquième s'éloigna avec un pincement au cœur en pensant au garçon qui restait enfermé dans sa chambre. Il faudrait que je revienne, mais pour l'instant... Hiloy dévala les marches, sortit du bâtiment et rejoignit ses amis dans le parc où ils traînaient les jours de beau temps.

-Alors ? Comment vont tes affaires ?

Hiloy prit un air mystérieux :

-J'ai besoin de vous pour une mission secrète.

Les yeux de Falibi se mirent à briller, contrairement à Rafirin qui grinça :

-Oh non.

La Cinquième le regarda en fronçant les sourcils :

-Mais, enfin. J'ai encore rien dit.

Le garçon répliqua :

-Ouais, mais, qui dit mission secrète, dit danger. Une mission est rarement secrète si elle n'est pas dangereuse.

Falibi fit remarquer :

-Elle peut être secrète parce que les gens ne doivent pas savoir, pas parce que c'est dangereux.

Rafirin la fixa avec le plus grand sérieux :

-Si des gens ne doivent pas savoir, c'est qu'ils peuvent être dangereux et qu'ils peuvent s'attaquer à nous si on est découvert.

Il se tourna vers Hiloy comme pour la mettre au défi de démentir ce qu'il venait de dire, mais la Cinquième confirma avec un léger haussement d'épaule :

-Il a pas vraiment tort. Ça peut mal tourner, très vite.

Falibi laissa échapper une exclamation :

-On doit tuer quelqu'un ?

Rafirin secoua la tête :

-Falibi, franchement.

Puis, à Hiloy :

-On doit tuer quelqu'un ?

La Cinquième se mit à rire :

-Si c'était le cas, je vous aurais fait venir dans un endroit plus discret.

Falibi regarda autour d'elle avec un sourire :

-Au contraire. C'est l'endroit idéal. Personne ne soupçonnera que l'on a ce genre de discussion.

Hiloy reprit son sérieux :

-Concernant la mission.

Ils étaient tout ouïe, la dévisageant avec des expressions avides.

-Ramener l'ordre dans notre classe.

Falibi ouvrit la bouche en grand :

-Wouah. Trop classe.

Rafirin ne fut pas si enthousiaste :

-Comment on fait ça ?

Hiloy partagea le conseil du Premier :

-Il faut que l'on trouve ce qu'il se passe vraiment entre ceux qui se battent. On va donc devoir interroger des gens mêlés à l'histoire, mais sans trop l'être.

-Je te suis pas. Pourquoi pas parler directement aux concernés.

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