10 - Hiloy : C'est pas comme ça que je vais m'imposer moi
La Cinquième eut une légère grimace :
-Parce que je ne suis pas sûre qu'ils soient enclin à écouter quoique ce soit. Je pense qu'il vaut mieux s'adresser à des gens qui ont plus de recul, mais qui se sentiront néanmoins concernés.
Comme ses amis acquiesçaient, Hiloyrécapitula :
-Nous avons quatre personnes qui ont causé des problèmes dans la classe. Elférad, Indilk, Tahiya et Qegh. Donc, on va parler à Gzadien, Nsoah et l'héritière d'or de Qegh. Je ne sais pas qui on pourra interroger concernant Indilk.
Falibi lâcha :
-Il a une copine.
Hiloy la fixa :
-Comment tu le sais ?
Elle haussa les épaules :
-Je le sais.
Rafirin fit un geste vers la Cinquième :
-Laisse, elle dira rien. Elle aime bien avoir l'air mystérieuse.
Falibi rejeta sa longue chevelure dans son dos d'un geste ample de la tête :
-Ça renforce mon charme.
Hiloy rit :
-OK. Mais tu sais où la trouver ?
L'héritière d'argent se mordit la lèvre pour retenir un rire avant de pointer Rafirin du doigt :
-Dans sa classe.
L'adolescent sursauta :
-Quoi ?
-Et oui. Elle est dans ta classe. Une fille un peu forte, pas très grande...
Hiloy glissa avec humour :
-Comparé à toi, aucune fille n'est très grande.
Falibi était ravie :
-Merci.
L'adolescente reprit son sérieux :
-Je sais qu'elle est dans ta classe, parce qu'un jour de perdition, je suis allée t'attendre devant ta salle. Tu te souviens ?
L'adolescent hocha la tête.
-Eh bien, j'ai vu la fille sortir. Indilk est apparu au bout du couloir et elle lui a sauté dans les bras.
Hiloy était soulagée :
-Cool, elle sera facile à trouver. Voilà ce que je pensais faire. On pourrait les rassembler et discuter...
Falibi la coupa :
-Ils ne voudront sans doute pas agir dans le dos de leurs amis. Certains leur en parleront sans doute.
Rafirin pencha la tête de son côté :
-Elle a raison. Il vaudrait mieux leur parler séparément. Que chacun cherche ensuite à discuter avec ceux qui font problème.
Falibi appuya cette stratégie, alors Hiloy demanda :
-On commence par qui ?
L'héritière d'argent réfléchit à haute voix :
-Nsoah quitte rarement la chambre, il me semble. Il ne vaut mieux pas que l'on nous voit y entrer ou on peut être sûrs que Tahiya rappliquera. On peut essayer de trouver les autres, mais il vaut mieux éviter de leur parler dans les lieux trop... visibles.
Rafirin compléta :
-Les salles communes, le réfectoire...
Hiloy intervint :
-Ça ne nous laisse pas beaucoup de choix.
Falibi abattit lourdement sa main sur son épaule :
-Ne sois pas défaitiste. Il faut sauver la classe.
Prenant un air combatif, elle se mit debout :
-Allons-y. En exploration.
Elle pointa le doigt dans une direction et partit dans l'autre sens. Rafirin leva les yeux au ciel :
-Youpi.
Hiloy riait.
La chance ne leur sourit que dans l'après-midi. Lors d'un énième passage à la bibliothèque, Falibi saisit brusquement Hiloy et Rafirin pour les dissimuler derrière une étagère :
-C'est elle.
Par réflexe, la Cinquième demanda :
-Qui ça ?
-La reine.
Saisissant l'ironie, Hiloy continua :
-Non, c'est vrai ?!
Falibi réussit à conserver son sérieux :
-Je te jure. Assise juste là.
Rafirin passa de l'une à l'autre, l'air morne :
-Sérieusement ?
Le duo lui sourie, puis Hiloy risqua un coup d'œil. Sur une table, une fille aux cheveux bouclés, les épaules un peu large, était penchée sur un livre.
-La copine d'Indilk ?
Falibi leva le pouce :
-Affirmatif.
Hiloy était admiratifve. L'adolescente aurait été incapable de reconnaître une personne après ne l'avoir vu qu'une fois. D'ailleurs, Rafirin lui demanda :
-T'es certaine ? On ne peut pas dire que vous ayez fait connaissance.
Falibi fit une moue vexée :
-On va voir.
Elle s'avança fièrement vers la jeune fille :
-Excuse-moi.
L'interpellée leva la tête :
-Oui ?
-Tu connais Indilk ?
La jeune fille la dévisagea avec attention, avant de faire doucement basculer sa chaise en arrière pour apercevoir Hiloy et Rafirin qui était restés près de l'étagère. La Cinquième lui sourit, le garçon lui fit un petit salut de la main. La fille reposa son regard sur Falibi :
-Je ne crois pas.
Loin de se décourager, Falibi prit une des chaises et s'assit en croisant bras et jambes d'un mouvement magistral :
-Je t'ai vue avec lui.
-Pourquoi tu poses la question, alors ?
Falibi pointa ses amis :
-Ils ne veulent pas me croire.
La fille semblait s'amuser de la situation :
-Et tu veux que je dise oui pour quoi ? Gagner un pari ?
Falibi lui saisit soudain le bras en disant d'un ton mélodramatique :
-Il faut que tu nous aides à sauver notre classe. Tout dépend de toi... ou presque.
La fille avait sursauté et fixait son interlocutrice avec des yeux ronds, ne sachant comment réagir. Hiloy estima qu'il était temps d'intervenir :
-En fait, on est dans la classe d'Indilk. Et on aurait besoin d'aide, disons, pour ramener un peu de sérénité. Je ne sais pas s'il t'a raconté.
La fille soupira :
- Ça pour me raconter... Il rêve de mettre le feu.
Falibi prit un air rêveur :
-Quel romantique.
Rafirin était resté à sa place :
-Falibi, c'est sérieux. T'imagines s'il le fait vraiment ?
L'héritière d'argent affirma :
-Il ne le fera pas... pour l'instant.
Hiloy allait reprendre la parole, mais Falibi l'en empêcha en disant :
-Les présentations d'abord. Bonjour, je suis Falibi du clan Féetérique. Lui, c'est Rafirin, même clan, garde du corps autoproclamé. Iel, c'est Hiloy Plilaz...
-La Cinquième ?
La fille avait pâli en prononçant ce mot. Falibi confirma, un peu surprise de cette coupure :
-Le Cinquième aussi, mais oui, c'est ça. Iel est tout.
Hiloy envoya un coup de coude à Falibi pour calmer ses élans dramatiques. Leur interlocutrice fixa sur elle un regard inquiet avant de ranger ses livres :
-Désolée. Je ne préfère pas m'impliquer plus que ça. Comme je l'ai déjà dit à l'autre garçon, je ferais en sorte qu'il n'agresse plus personne.
Les trois amis lâchèrent en même temps des questions différentes :
-Quoi ?
-L'autre garçon ?
-Tu pars ?
La fille se leva, mais Rafirin bondit pour lui bloquer le passage et Hiloy tenta de rouvrir le dialogue :
-Attends, c'est à cause de moi ? Si tu veux tu parles avec eux et j'attends plus loin.
Falibi se leva pour passer les bras autour de son cou :
-Ah non ! C'est ensemble ou personne.
L'héritière d'argent ne put s'empêcher de sourire à la réaction de la jeune fille, mais reprit son sérieux en croisant le regard d'Hiloy :
-Je suis désolée. Indilk est mon héritier d'or. Je n'ai pas de problème à remuer la merde avec des héritiers d'argent, mais avec toi, c'est autre chose. Je ne vais pas prendre le risque de lui créer des problèmes avec les Cinq.
Rafirin parla calmement :
-On est justement là pour essayer de régler les problèmes.
Elle le fixa :
-Qui me dit que vos problèmes sont les miens ? Qui me dit que je ne risque pas de dire ou faire quelque chose qui ne vous plaira pas et que la Cinquième ne nous tombera pas dessus.
L'adolescent s'empressa de dire :
-Hiloy n'est pas comme ça.
La Cinquième fut touchée par ces paroles, d'autant que Falibi ajoutait en resserrant son étreinte autour de son cou et pressant sa joue contre la sienne :
-Oui, iel est tout mignon, comme un doudou.
C'est pas comme ça que je vais m'imposer moi. Hiloy entendait déjà Tefpiro hurler pour s'être laissée traité de doudou devant témoins. En l'occurrence, ça la faisait sourire. De plus, l'adolescente était bien contente d'avoir suivi le conseil de Phirand. Si elle était venue seule, elle n'aurait jamais pu parler à cette fille. Celle-ci semblait détendue par les paroles de Rafirin et le comportement de Falibi. Elle hésita encore une minute avant de dire :
-Je m'appelle Matharia, du clan Apluri.
Rafirin relâcha son souffle qu'il avait retenu depuis une bonne minute :
-Génial. Si on retournait s'asseoir.
Matharia leva la main :
-D'abord, je veux une garantie.
Elle fixait Hiloy et celle-ci hocha la tête :
-D'accord. Tout ce que tu veux.
L'héritière d'argent lui fit face et dit d'une voix déterminée :
-Je veux un papier signé disant que quoique je fasse ou dise, il n'y aura pas de retombées sur Indilk ou mon clan. Tu règles le problème avec moi et c'est tout.
Hiloy fut soulagée. La Cinquième s'était attendue à plus dur.
-OK. J'ai pas mon sac...
Matharia fouilla dans le sien pour lui tendre papier et stylo. Une fois la note rédigée, la jeune fille la glissa dans la poche de sa jupe après l'avoir relue :
-Qu'est-ce que vous voulez faire exactement ?
Hiloy lui répondit :
-On voudrait comprendre ce qu'il se passe. On pense que si on sait d'où vient le problème, on pourra leur parler, apaiser les tensions.
Rafirin intervint :
-Mais peut-être qu'ils ont déjà essayé d'en discuter, non ?
Il posait la question à Matharia et celle-ci répondit :
-Elférad a envoyé ses héritiers d'argent, mais Indilk n'a pas voulu les écouter.
Hiloy tenta :
-Et, par hasard, tu saurais ce qu'il lui reproche exactement ?
Elle la regarda comme si la réponse était évidente et qu'elle ne comprenait même pas qu'on lui pose la question. Alors, Hiloy n'attendit pas :
-Tu peux nous dire de quoi il s'agit ?
Matharia inspira profondément avant de bloquer sa respiration en fermant les yeux. Quand elle les rouvrit et qu'elle lâcha son souffle, ce fut pour répondre :
-Je ne crois pas pouvoir le dire. Mais si la situation de la classe vous inquiète, comme je l'ai dit à l'autre, je calmerais Indilk. Vous devriez peut-être voir avec les autres si vous voulez des détails.
Falibi posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis quelques minutes :
-Ah oui, ce garçon, c'est qui ?
Elle fit un effort de mémoire pour répondre :
-Je crois qu'Indilk l'a appelé Citseko.
Rafirin et Falibi échangèrent un regard tandis qu'Hiloy demandait confirmation :
-Citseko est allé le voir ?
-Oui. Comme vous, il voulait régler le problème. Je crois qu'il s'inquiétait pour son héritier d'or.
Falibi reprit :
-D'accord, mais nous, on ne peut pas se contenter de ce genre de promesse. On doit savoir si on veut que la situation évolue.
Hiloy approuva :
-Elle a raison, Matharia. Si ça reste comme ça, on va tous finir par se taper dessus et on ne saura même pas pourquoi.
La jeune fille allait répondre, mais Rafirin rajouta avant :
-En plus, Indilk retourne en classe après-demain, qui te dit qu'il ne va pas péter un plomb une fois que tu ne seras plus là.
Annotations
Versions