35 - Hiloy : Pourquoi personne n'intervient ?

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Sans hésiter, Hiloy expliqua :

-Les quatre m'ont dit qu'ils avaient fait des paris, mais ils n'ont pas voulu me dire sur qui. Je suis sûr que ce n'est pas sur moi, on ne peut pas dire qu'ils me tiennent en très haute estime.

Falibi dit franchement :

-Je pense que j'aurais pu combattre encore deux duels. Sauf si j'étais tombée sur Tahiya. Je ne sais pas comment tu as fait pour tenir debout avec les coups qu'elle a envoyé. Je ne pense pas que j'aurais vaincu Meb non plus, sa façon de combattre est trop bizarre. Ne parlons pas d'Indilk... en fait, je ne crois pas que j'aurais été de taille face à un héritier d'or.

Hiloy en profita pour dire :

-Les quatre pensent que des héritiers d'argent auraient pu aller plus loin s'ils avaient eu la permission de se battre sérieusement contre les héritiers d'or.

Rafirin glissa :

-Je suis d'accord. C'est le genre de situation où on évite de se battre de toutes nos forces.

Falibi avait commencé à réfléchir de qui il pouvait s'agir :

-Je crois que Ora aurait été jusqu'au bout.

Hiloy ouvrit des yeux ronds :

-C'est à elle que je pensais aussi. Je l'ai trouvé plus à l'aise au duel que Theaon.

Rafirin lui rappela doucement :

-Ce n'est pas vraiment étonnant. C'est rare qu'un héritier d'or se batte, il fera plutôt combattre son héritier d'argent.

Ah oui, c'est vrai. Hiloy se désolait de voir qu'elle avait encore des difficultés à penser aux liens or et argent. Falibi disait déjà :

-C'est vrai, mais elle est vachement entraînée.

Rafirin fronça les sourcils :

-Quel clan ?

-Miordenne.

Comme il semblait se perdre dans ses réflexions, Hiloy demanda :

-Tu connais ?

Le garçon garda les yeux dans le vague en répondant :

-Ça me dit quelque chose.

Ils attendirent un moment avant que l'héritier d'argent ne finisse pas renoncer :

-Non, je ne trouve pas. Peut-être que ça ressemble au nom d'un autre clan. Mais, vous pensez que ça va marcher ces duels ?

Hiloy observa Falibi pour connaître sa réponse. Seulement, l'héritière d'argent ne fit qu'énoncer tout haut ce qu'elle-même pensait tout bas :

-Franchement, j'en sais rien. J'espère.

Ce soir-là, Hiloy se coucha en repensant aux événements qui avaient secoué la classe en se demandant si ce petit tournoi suffirait à régler la situation.

Ce fut sans surprise que, le lendemain, Hiloy remporta le tournoi après que Laxo est vaincu Xutik. La Cinquième eut comme un arrière-goût d'insatisfaction quand tout fut terminé.

-On fait quoi maintenant ? On sacre Hiloy reine ou roi de la classe ou on s'arrête là ?

L'ironie d'Indilk ne fit rire personne. Ils s'étaient tous imaginés que la fin des duels apporteraient une conclusion, d'une façon ou d'une autre, mais rien n'avait changé au fond. Tahiya se tourna directement vers Xutik :

-T'es satisfait ?

L'héritier d'or se contenta de répondre par un haussement d'épaule. L'adolescente s'en contenta :

-Bon, et bien je vous souhaite bonne soirée à tous.

Elle s'éloigna en attrapant son cousin au passage. Ils les regardèrent partir en silence, puis se regardèrent les uns les autres comme pour se demander ce qu'ils étaient supposés faire ensuite. Les quatre spectateurs habituels s'approchèrent, faisant signe à Hiloy de les rejoindre. Sous les regards de sa classe, la Cinquième s'exécuta :

-Vous savez que vous pouvez aussi parler aux autres, ils ne vont pas vous manger.

Onfionne haussa un sourcil :

-Ils ne sont pas vraiment au niveau pour qu'on leur adresse la parole.

Weikom secoua sa tête balafrée :

-Ils craignent surtout de se faire assassiner par la masse.

Tefpiro lui répliqua :

-Oh, parce que toi, t'as pas d'inquiétude.

-En plein jour, face à des premières années, non.

Le Troisième fit remarquer :

-Ils peuvent être en première année et être très forts. Regarde-moi.

Weikom sourit, un sourire que les cicatrices aux coins de ses lèvres semblaient étendre jusqu'à ses oreilles :

-Je sais.

Deux mots et ils comprirent que cela s'étendait plus loin que ce qu'ils pouvaient s'imaginer. Hiloy le dévisagea comme si cela pouvait lui permettre de connaître l'étendue de ce qu'il savait.

-C'est quoi la prochaine étape ?

Tefpiro venait de transmettre ce que Oru avait tapoté sur son épaule. Hiloy se tourna vers elle :

-Comment ça ?

Le Quatrième compléta :

-Vous avez fini les duels, vous faites quoi maintenant ? Vous savez qui fout la merde ? Tu vas devoir le battre, maintenant ?

Hiloy sentit soudain réellement à quel point la situation était loin d'être réglée :

-Non, on a fini.

La sidération les rendit muet. Ne sachant que dire d'autre, elle attendit qu'ils reprennent la parole. Onfionne fut le premier à se ressaisir :

-Mais... votre problème n'est pas réglé, là.

La Cinquième fut tentée de tourner les talons et de les planter là. Il lui était difficile de les voir mettre à jour sa propre naïveté.

-Qui que ce soit qui ait arrangé tous ces événements, on espère que cela lui aura passé maintenant que l'on s'est tous battus.

Weikom était grandement amusé de la situation :

-Vous étiez fatigués à quel point quand vous avez eu cette idée ?

Hiloy répondit en questionnant :

-Vous auriez fait quoi, vous ?

Tefpiro était au bord du désespoir :

-On te l'a déjà dit, on aurait provoqué le responsable en duel. Que le responsable, pas toute la foutue école.

Hiloy parla doucement en espérant l'apaiser :

-J'ai écouté ce que tu as dit, mais on ne sait pas qui est responsable. On a tout au plus des soupçons et aucune preuve.

Onfionne proposa simplement :

-Vous auriez pu interroger vos suspects. Il y a des tas de moyens pour rendre les gens bavards.

L'adolescente ne fut pas étonnée qu'il propose ce genre de solution :

-Et si on se trompe et que l'on torture un innocent ?

-C'est que c'était pas son jour.

La Cinquième chercha un soutien auprès des autres, mais ils étaient clairement tous du même avis que le Troisième. Renonçant à prolonger la conversation, elle leva les yeux au ciel et rejoignit ses camarades. Falibi fut celle qui osa poser la question :

-Qu'est-ce qu'ils voulaient ?

Les autres étaient suspendus à ses lèvres et Hiloy se contenta de répondre :

-Ils voulaient savoir ce qu'on allait faire ensuite.

Meb demanda aussitôt, le regard méfiant :

-C'est tout ?

Cela lui attira quelques regards désapprobateurs, mais il ne s'en préoccupa pas. Hiloy le déçu en se contentant de hausser les épaules. Qegh finit par marmonner :

-On va peut-être y aller, non ? On ne va pas rester ici éternellement.

Comme s'ils n'attendaient que ces mots pour se mettre en mouvement, la classe se dirigea vers le réfectoire. Peu à peu, des discussions s'amorcèrent, puis le groupe se divisa progressivement. Theaon s'approcha de Falibi et Hiloy :

-Dites, vous pensez vraiment que c'est terminé ?

Hiloy se demanda un instant si les deux filles avaient reparlé depuis leur rupture. Sans doute. Theaon ne nous parlerait pas sinon. Confirmant cette pensée, Falibi répondit naturellement :

-On ne sait pas. Le problème, finalement, c'est qu'on ne sait pas exactement ce que veux cette personne.

Elle s'adressait à la Cinquième et celle-ci ne put que dire :

-Laxo a supposé qu'il voulait des conflits...

Falibi la coupa, réfléchissant à haute voix :

-Oui, mais pourquoi ?

Hiloy s'imagina la situation, ses camarades se battant sous ses yeux. Ils se battent tous sauf moi.

-Divisez pour mieux régner ?

L'héritière d'argent ouvrit des yeux ronds :

-Tu crois ?

La Cinquième hésita :

-Je ne sais pas. C'est le seul truc qui me vient.

Theaon murmura :

-C'est réglé, dans ce cas, non ?

Ils ne surent que répondre.

-Chaque classe aura une couleur...

Falibi donna un coup de coude à Hiloy pour attirer son attention :

-On ne devait pas faire par deux classes ?

La Cinquième tenta de se souvenir de ce que leur professeur leur avait dit concernant les règles du tournoi du foulard.

-Il ne me semble pas... je ne sais plus.

Laxo vint près d'elles pour murmurer la même chose :

-On était pas censé faire des duels de classe ?

Falibi lui répondit :

-C'est ce qui me semblait aussi.

Hiloy posa la question importante :

-Mais pourquoi ils décideraient brusquement de faire participer toutes les classes en même temps ?

Rafirin traversa la foule des élèves pour les rejoindre. Il murmura, jetant un regard au surveillant qui était en train de rappeler les règles :

-Vous n'êtes pas facile à trouver. C'était pas censé être un tournoi ? Pourquoi on participe tous en même temps ?

Falibi passa son bras autour du sien :

-Oui, on se pose tous la question.

Le surveillant termina son discours en demandant :

-Est-ce que tout est clair ?

Des mains se levèrent, trop nombreuses pour que Hiloy puisse les compter. La personne désignée pour parler posa alors la grande question :

-On ne devait pas faire un tournoi ? Pourquoi on doit jouer tous en même temps ?

Toutes les mains qui s'étaient levés se baissèrent. Le surveillant se tourna vers ses collègues alignés derrière lui. Après un conciliabule qui n'annonçait rien de bon, il refit face aux élèves :

-La seule raison que l'on peut vous donner, c'est que le temps nous manque....

Des voix s'élevèrent aussitôt posant la question du pourquoi, qu'est-ce qui les pressait tant ? Près d'elle, Hiloy entendit Rafirin gronder :

-C'est quoi cette blague ?

Bélera, dissimulée près de son héritière d'or, dût parler fort pour se faire entendre dans la foule :

-Ils doivent préparer un Grand Jeu.

Laxo se contenta d'approuver d'un hochement de tête, l'air soucieux. Les surveillants firent revenir le silence.

-Il n'y a rien qui doive vous inquiéter, on vous assure !

Hiloy en aurait ri, si l'adolescente n'était pas si angoissée à la perspective d'un nouveau Grand Jeu.

-Je vais vous demander de vous mettre en ligne, par classe. On va vous distribuer les vestes.

Les élèves obéirent avec mauvaise volonté. Quand les six classes de première année furent correctement organisées, la distribution put commencer. Hiloy enfila le gilet de couleur verte avant d'être attachée à une fille portant une veste rouge. Face à la Cinquième, une autre adolescente avec du jaune. Il fallut un moment pour arranger la mise en place du jeu. Une fois les foulards attachés et les élèves dispersés sur tout l'espace possible, le surveillant lança :

-Commencez !

Hiloy se campa solidement sur ses jambes pour empêcher la fille derrière elle de la tirer. Timidement, elle tendit le bras pour attraper le foulard de l'adolescente en face. La Cinquième retira vivement sa main en sentant une brûlure sur le dos de sa main. Qu'est-ce que... Hiloy leva de grands yeux sur la jeune fille sans comprendre ce qu'il venait de se passer. Sans lui laisser le temps de réagir, son adversaire lui sauta dessus la plaquant au sol, un petit poignard en main.

Hiloy bloqua le bras avant que la lame ne lui traverse le cou. Elle ne perdit pas son temps à se demander comment la fille pouvait lui avoir sauté dessus vu la longueur de la chaîne, elle ne pensa pas à crier. Toutes ses pensées étaient concentrées sur l'arme que la Cinquième réussit à éloigner. Relevant la tête brusquement, Hiloy toucha le nez de l'adolescente dont le crâne parti en arrière. Un coup de poing dans le ventre, une torsion du bras et la Cinquième réussit à lui faire lâcher le poignard. A moitié sonnée, son adversaire tenta de reprendre son arme, mais Hiloy roula pour la devancer. Saisissant l'arme, elle trancha la veste pour libérer son deuxième bras. Le tissu était presque déchiré quand un coup violent lui tombant sur la tête l'aveugla. Étourdie, la Cinquième sentit une main lui arracher le poignard des mains. Une fois ses esprits retrouvés, elle nota rapidement que son nouvel adversaire était le garçon à qui l'attaquante était attachée. L'adolescent se jeta sur elle, Hiloy l'évita. Pourquoi personne n'intervient ?

Ce n'est que là que la Cinquième réalisa qu'avec tout le monde autour, il était impossible qu'il n'y ait pas une personne pour voir ce qu'il se passait. Hiloy se permit un regard alentours. Son regard accrocha aussitôt les yeux d'un surveillant qui se détourna. C'est une blague. Un coup dans les jambes manqua de la faire tomber, mais elle se rattrapa sur une main et se releva. Ne rêve pas, c'est pas le moment. Une brûlure sur sa joue. La lame frôla de peu son œil et le jeune homme profita de s'être rapproché pour refermer son bras autour de son cou. La gorge écrasée, Hiloy ne put crier quand le poignard s'enfonça dans son dos. Un sursaut de fureur permit à l'adolescente de réagir. Un coup de genou dans l'entrejambe de son assaillant la libéra. Seulement, alors que le garçon s'écartait, la fille reprit l'arme. Hiloy se mit en garde. Une douleur lui vrilla le dos, le sang dégouttant de sa veste. Tiens debout. Elle para le coup, saisit le bras armé d'une main, porta l'autre à la gorge de son adversaire. La fille qui commençait à étouffer la fixa avec des yeux ronds. Du coin de l'œil, la Cinquième vit le garçon attaquer. Hiloy relâcha la gorge de la jeune fille pour éviter le coup. L'adolescent tenta de saisir l'arme dans la main paralysée de son alliée, mais Hiloy en profita pour lui envoyer un coup au visage.

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