44 - Xutik : Et Gec-Nüj vivra de toute façon, bien tranquille

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Xutik replongea dans le mutisme, se tournant vers l'extérieur. Il n'avait pas prévu de faire quoique ce soit. Il n'était même plus sûr de la raison pour laquelle il était assis sur le rebord de cette fenêtre. L'idée de couper l'herbe sous le pied de Gec-Nüj ne lui était même pas venue à l'esprit. Mais maintenant qu'il le dit... Envoyez en zone de départ, l'adolescent ne survivrait pas longtemps, c'était un sujet sur lequel il ne se faisait pas d'illusion. Et Gec-Nüj vivra de toute façon, bien tranquille. Si on l'exécutait, la fin serait la même. Son ancien héritier d'argent continuerait de vivre. Et en esclave... alors, là, il s'en donnera à cœur joie. Xutik savait que la « formation » des esclaves lui retirerait toute sa volonté. Personne n'y avait jamais résisté. Il dit soudain à haute voix :

-Même si je trouve des alliés, je ne pourrais pas reprendre mon clan avant des années.

-Je ne pensais pas à ça en te disant de prendre des alliés.

Xutik revint à l'héritier d'argent :

-Tu pensais à quoi ?

-Je parlais d'allié qui te permettrait d'éviter de subir un des choix de Gec-Nüj.

L'adolescent fronça les sourcils :

-Comment ça ?

-Ne cherche pas un allié qui t'aiderais à reprendre le pouvoir. Cherche un allié qui t'accepterais dans son clan.

Xutik ricana :

-Je ne crois pas que qui que ce soit m'acceptera...

-Pas en égal, non. Ne t'attends pas à devenir un héritier quelconque. Par contre, quitte à finir esclave, autant choisir ton maître, non ?

L'ancien héritier d'or resta bouche bée. C'est pas con, ça. Soudain, l'envie d'agir le saisit. Il bondit dans le couloir :

-Merci pour tes conseils. Il faut que je réfléchisse.

L'ancien héritier d'or retourna dans sa chambre pour s'habiller précipitamment. Xutik s'arrêta une minute pour réfléchir plus calmement. Il faut que je trouve quelqu'un qui ne sera pas chiant. Qui ne profitera pas de la situation. Quelqu'un de plus puissant que mon clan... ancien clan. Que Gec-Nüj n'est pas l'idée de vouloir s'opposer. Le choix s'imposa à lui. Il n'y avait qu'une possibilité. Une personne qui pourrait accepter de lui venir en aide. Il courut dans les escaliers, sans regarder si Gzadien était encore là.

Xutik ignora les regards qui se tournaient vers lui et les chuchotements qui naissaient sur son chemin. Il ne lui fallut pas longtemps pour se retrouver devant la porte de la Cinquième. L'adolescent frappa avec véhémence jusqu'à ce qu'elle ouvre la porte.

-Il faut que je te parle.

Il força son passage dans la chambre sans laisser le temps à Hiloy de proférer un son. Ce n'est qu'une fois là, témoin du luxe de la pièce qu'il commença à réaliser à quel point elle était à un autre niveau. Bien sûr, le jeune homme avait déjà commencé à revoir son jugement sur la Cinquième lors des duels. Xutik l'avait vu changer de style de combat aussi facilement qu'elle respirait. S'il avait dû l'imiter, il ne l'aurait pas pu. Du moins pas immédiatement. En fait, même après avoir été témoin des différents duels, il n'avait pu saisir de quelle manière elle modifiait ses techniques, rendant une parfaite imitation impossible. Pourtant, il y a un truc, il y a toujours un truc.

-De quoi tu veux parler ?

Xutik sursauta comme s'il avait oublié sa présence. Hiloy n'avait toujours pas fermé la porte, montrant qu'elle n'approuvait pas son comportement. Contrit, le garçon demanda :

-Tu veux bien fermer la porte ? J'ai peur que Gec-Nüj ne découvre où je suis.

Hiloy haussa un sourcil en jetant un regard dans le couloir où des élèves s'attardaient encore pour tenter de voir ce qu'il se passait vers sa chambre :

-Je crois que toute l'école est déjà au courant.

Elle ferma la porte :

-Tu aurais dû être plus discret.

Xutik réalisa qu'elle avait raison. Il s'était précipité sans se soucier de ce qui pourrait arriver sur le trajet.

-Je suis désolé. Il faut que je te parle.

Hiloy se contenta de croiser les bras en souriant avec indulgence :

-Oui ?

-Est-ce que tu aurais besoin d'un esclave ?

La Cinquième ne s'attendait visiblement pas à cela :

-Quoi ?

Xutik expliqua :

-Je ne veux pas dépendre de la décision de Gec-Nüj, quelle qu'elle soit. Il n'osera pas s'opposer à toi si tu veux bien me prendre comme esclave.

Hiloy secoua vigoureusement la tête :

-Non, non. Surtout pas. Je veux pas d'esclave.

L'adolescent réfléchit rapidement :

-Alors, je peux travailler dans ton clan. Il faut que je trouve un clan au moins. Vous n'avez pas besoin de serviteur ?

Elle haussa les épaules :

-J'en sais rien. Il faudrait que je demande à mes parents.

Xutik se sentit au bord du désespoir :

-Je n'ai pas le temps d'attendre. Gec-Nüj peut prendre sa décision n'importe quand.

Surtout s'il apprend que je suis là, il va se douter de quelque chose. Il attendit avec de plus en plus d'impatience que Hiloy dise quelque chose, comme si c'était à elle de trouver la solution. Pourtant, la Cinquième finit par dire :

-Reste là. Je vais voir les jumeaux. J'ai peut-être une idée.

Xutik obéit sans rechigner. Quand il se retrouva seul, l'adolescent se cala dans un coin de la chambre, n'osant pas s'asseoir sur les sièges ou sur le lit. Il attendit avec patience, la chambre de la Cinquième lui donnait l'impression d'être dans un bunker que personne ne pouvait pénétrer. Ici, il se sentait en sécurité.

Lorsque Hiloy fut de retour, le corps du garçon était ankylosé de ne pas avoir bougé pendant un bon moment :

-Alors ?

Au lieu de répondre directement, elle l'informa :

-Des surveillants sont montés récupérer tes affaires.

Xutik eut une pensée pour le blason caché.

-Gec-Nüj a dû prendre sa décision en sachant que tu étais venu ici.

-Je fais quoi ?

La question lui avait échappé, mais Hiloy répondit sans hésiter :

-Tu restes là. Il ne peut pas faire valoir son choix immédiatement. Surtout si tu n'es pas là. Le directeur demandera ta présence pour que les choses soient officielles. Donc, tu ne bouges pas. Cette nuit, on doit rejoindre les autres.

Elle parlait rapidement, tout en tirant un tiroir caché dans le sommier de son lit qui dissimulait un matelas. Xutik réussit à l'interrompre en demandant :

-Les autres ?

Hiloy continua à s'activer en sortant oreiller et couverture de son immense armoire :

-Oui. Je leur ai demandé si tu pouvais entrer dans l'union. Ils veulent réfléchir, bien sûr...

-L'union ?

Elle s'arrêta pour le dévisager :

-Oui, l'union du droit de vie. Tu seras protégé par les Cinq s'ils t'acceptent. Je pense que c'est le seul moyen. Mon clan ne prend pas d'esclave et mon père ne s'intéressera certainement pas à un sans clan. Il t'enverra en zone de départ dès qu'il en aura l'occasion.

Xutik avait des difficultés à réaliser ce qu'elle proposait :

-Mais... Ils vont m'accepter ?

-C'est ce qu'on verra ce soir. Il va falloir attendre que les chambres soient fermées pour être sûrs de ne croiser personne.

L'ancien héritier d'or hocha la tête :

-Gec-Nüj ne peut rien faire avant demain.

Hiloy hocha la tête. Xutik resta donc, le reste de la journée dans la chambre de la Cinquième tandis qu'elle se chargeait de lui apporter de quoi manger.

Malgré l'influence de la Cinquième, Xutik craignait encore que Gec-Nüj ne vienne le sortir de force de sa planque. Il ne réussit qu'à se détendre complètement que lorsqu'il entendit les portes se fermer. Hiloy leva la tête de son cahier :

-Ah, on va pas tarder.

Ils patientèrent quelques minutes encore, avant de sortir. Dans l'école vide, Xutik retint son souffle, certain que Gec-Nüj allait surgir au coin d'un couloir. Ils quittèrent le bâtiment sans problème, mais une fois dehors, l'adolescent repéra la silhouette qui s'approchait d'eux à grands pas. Il n'avait pas vraiment besoin de le voir distinctement pour savoir de qui il s'agissait :

-Gec-Nüj est là. S'il a prévenu des surveillants...

-J'ai vu. Continue de marcher. Ils sont juste là.

Xutik reporta son regard vers l'avant et vit les jumeaux qui se dirigeaient également vers eux. Gec-Nüj les remarqua enfin, ralentit, hésita, puis tourna les talons. Les Quatrième ne semblaient pas ravis de la situation. Sans même se saluer, ils se dirigèrent vers les dortoirs des secondes années. Xutik n'y tint plus et demanda dans un murmure :

-Où on va exactement ?

Hiloy lui répondit sans prendre autant de précaution :

-On doit se réunir à la chambre du Premier.

Tefpiro et Oru lui jetèrent un regard réprobateur dont la Cinquième ne sembla pas se soucier. Ils trouvèrent le Second et le Troisième devant la porte portant le hibou du clan Doulos. Appuyé contre la porte, les bras croisés, Weikom lança en percevant la présence de Xutik :

-Alors ? Ces renseignements vous ont été utiles ?

L'adolescent lui jeta un regard noir :

-Pas vraiment, non.

-Oups.

La réaction complètement détachée du Second fit monter la colère en Xutik, qui n'explosa pas à cause d'Onfionne qui demandait :

-C'est quoi cette histoire, Puînée ?

Avant que Hiloy ne réponde, Oru alla frapper à la porte du Premier, poussant Weikom de l'épaule. Un enchaînement de coup lui répondit. Tefpiro alla s'asseoir sur le bord d'une fenêtre, l'air boudeur. La voix douce de Phirand se fit entendre :

-Puînée ?

Hiloy s'approcha de la porte :

-Je suis là.

-Explique-nous ce qu'il se passe exactement.

La Cinquième obéit et Xutik ne put s'empêcher d'apporter des précisions quand cela lui semblait nécessaire. Il espérait qu'en leur inspirant suffisamment de pitié, ils seraient plus enclin à accepter la proposition d'Hiloy. Cependant, il ne put déchiffrer les différentes expressions de ces interlocuteurs. Le Premier écoutait en silence et les autres fixaient le sol, sans faire de commentaire. Hiloy avait à peine fini qu'Onfionne répondait déjà :

-Non.

Pris de court, les autres le dévisagèrent une seconde avant que Tefpiro prenne la parole :

-Je suis d'accord. On a fait l'union pour qu'on ne se tape pas dessus. Qu'est-ce qu'il a à voir là-dedans, lui ?

Hiloy répondit :

-Il pourrait être exécuté. On ne peut pas laisser ça arriver.

Weikom fit doucement remarquer :

-S'il ne t'avait pas demander de l'aide, tu ne t'en serais pas préoccupée.

Onfionne le pointa du doigt :

-Il a raison.

Hiloy ne nia pas :

-Mais il m'a demandé de l'aide, donc...

Tefpiro la coupa :

-Donc, tu te démerdes. Qu'est-ce qu'on a à voir avec ça ?

Hiloy ouvrait la bouche pour parler, mais Weikom la devança :

-On a rien à gagner à le faire entrer dans l'union. Il aurait un clan ou une puissance quelconque, on aurait pu l'envisager...

Oru tapa un code sur la porte de la chambre pour que le Premier sache aussi ce qu'elle disait. Xutik ne comprit rien, mais Tefpiro bondit de sa fenêtre :

-Comment tu peux dire ça ?

La voix du Premier le refroidit aussitôt :

-Je pense qu'elle a raison.

Weikom se redressa :

-Pourquoi on ferait ça ?

Phirand répondit :

-Comme l'a dit Oru, il ne s'agit pas d'alliance, mais d'aider simplement. On ne perd rien.

Oru tapota de nouveau la porte et Tefpiro répliqua :

-Mais bien sûr que si. Si on commence à agir sans rien gagner, on va se retrouver envahis de demandes.

-Tu devrais moins te soucier de ce qui pourrait arriver et te concentrer sur ce qui arrive en ce moment.

Tefpiro fit la moue et retourna s'asseoir sur le bord de la fenêtre, tandis que le Premier reprenait :

-Cependant, on ne peut pas l'accepter dans l'union au même titre que nous.

Xutik suivait la discussion l'estomac noué, attendant le verdict. Onfionne reprit la parole :

-On fait comment alors ?

Le Premier répondit aussitôt :

-Hiloy est celle qui a voulu lui venir en aide. Nous ne voulons pas d'esclave et nos clans n'ont pas besoin de ses services. Faites-lui signer nos contrats, faites-lui un exemplaire...

Tefpiro le coupa :

-A quel titre ?

-Je n'ai pas fini.

La voix douce s'était faite tranchante obligeant Tefpiro à se ratatiner dans son coin.

-Il entre dans l'union en temps que premier héritier d'argent d'un des Cinq.

Xutik oublia de respirer et il ne fut pas le seul. Onfionne glissa dans un souffle :

-Il n'y a jamais eu d'héritier d'argent chez les Cinq.

Le Premier restait calme :

-Et cela risque de le mettre en danger. C'est pourquoi il entre dans l'union. Cela évitera que des héritiers ambitieux ne tente de le tuer pour prendre sa place.

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