45 - Xutik : Je peux le provoquer en duel
Hiloy reprit la parole après s'être tue pendant un moment :
-Il devient mon héritier d'argent, alors ?
Phirand conclut :
-Si tu veux l'aider, c'est le seul moyen. On ne peut pas lui permettre de quitter l'école au service de l'une ou l'autre de nos familles. On ignore ce qu'il sait, ce qu'il pourrait raconter sur nous ou sur les autres.
Weikom suivit la pensée du Premier :
-Il pourrait en profiter pour utiliser nos clans pour se venger.
Même Tefpiro resta incrédule :
-Tu crois franchement qu'un petit gars comme ça serait capable de manipuler des gens pour avoir ce qu'il veut ?
Weikom lui jeta un regard de pitié :
-Tu réalises que tu n'as aucune idée de qui il est et de ce qu'il est capable de faire ?
Onfionne se permit d'ajouter :
-Il a peut-être manipulé la Puînée pour nous parler.
Xutik n'osait toujours pas dire un mot, trop intimidé par la présence de l'ensemble des Cinq. Pourtant, ce serait le moment. C'est Hiloy qui sauta le pas :
-Non, je ne crois pas qu'il ferait quoique ce soit dans ce sens.
Avant que le Second ne reprenne la parole, elle ajouta :
-Pour la vengeance, je sais pas.
La Cinquième jeta un regard à Xutik qui se décida :
-Je veux juste survivre pour le moment. Sincèrement. Je veux pas être l'esclave de Gec-Nüj.
Le Premier reprit la parole :
-Alors, c'est décidé. Demain, allez tous ensemble voir le directeur. Ne le laissait pas seul. Je ne pense pas que le nouvel héritier d'or permettra qu'il lui glisse entre les doigts.
Hiloy confirma en disant :
-Il était dehors quand on vous a rejoint, mais il a tourné les talons en voyant les jumeaux.
Weikom se décolla du mur, visiblement prêt à partir :
-Il y a peu de chance qu'il tente quoi que ce soit, sauf si Hiloy est seule.
La Cinquième s'étonna :
-Pourquoi ?
-Parce qu'il te connaît. Tu ne t'es pas tellement présentée comme une figure d'autorité dans ta classe à ce qu'on dit.
Tefpiro s'agaça contre Hiloy :
-Je t'avais dis de pas faire copain-copain. Tu n'écoutes jamais.
Sa sœur tapota contre la porte et le Premier répondit :
-Je crois que c'est une bonne idée. Oru va rester dans la chambre d'Hiloy. Dès la première heure, vous allez voir le directeur. Plus nombreux vous serez, mieux se sera. On n'a jamais trop de témoin.
Weikom se tourna vers Hiloy :
-Tu as des gens qui accepteraient de venir ?
Elle hocha la tête. Onfionne bâilla :
-Bon, si c'est décidé, alors au lit.
Oru tapota à la porte, permettant au Premier de lancer :
-OK. Bonne nuit à tous.
Comme ils l'avaient décidé, Oru accompagna Hiloy et Xutik. Tandis qu'ils marchaient dans la nuit, Xutik prit la parole :
-Merci pour tout ce que vous faites. Franchement. Je ne sais pas comment je peux montrer ma gratitude...
Hiloy ne le laissa pas continuer et dit de suite :
-En me lâchant. Ce serait super.
Pas d'agressivité dans le ton, juste une information et Xutik n'eut pas besoin de plus pour comprendre ce dont elle parlait. Je suis si chiant que ça ? Il se tut en songeant que dans la situation actuelle, il avait autre chose à penser qu'un mariage. Il voulait simplement que le plan marche.
Installé sur le matelas, Xutik était incapable de dormir pour la première fois depuis l'annonce de la disparition de son clan. Il faut que ça marche. Des larmes coulèrent. Une minute, puis plus rien. Le garçon ferma les yeux.
Il se réveilla rapidement, soudain certain que Hiloy avait changé d'avis et qu'il se retrouverait seul dans la chambre. Le cœur battant, incapable de respirer, l'adolescent se redressa maladroitement pour découvrir que les deux autres étaient toujours en train de dormir. Dehors, le soleil était levé, ce qui l'inquiéta. Un coup d'oeil au réveil et l'adolescent secoua Hiloy pour la réveiller :
-Il faut qu'on y aille.
A son grand soulagement, Hiloy se redressa aussitôt et tira, à son tour, Oru du sommeil. Alors qu'ils allaient sortir, la Cinquième s'arrêta :
-Il faut que j'aille chercher les autres. On se retrouve là-bas.
Xutik se sentit étrangement vulnérable en ne marchant qu'en compagnie de la Quatrième. Ils se dirigèrent rapidement vers le bâtiment de la direction. Le bureau n'étant pas encore ouvert, ils durent attendre devant. Xutik ne put s'empêcher de demander :
-Vous croyez qu'Hiloy arrivera à temps ?
Oru haussa les épaules en fixant le couloir. Ce fut un nouveau soulagement, lorsqu'il vit arriver Hiloy avec Falibi et Rafirin. Les trois autres garçons des Cinq ne tardèrent pas à les rejoindre, escortant le directeur. Celui-ci semblait passablement mal-à-l'aise et lâcha un profond soupir en voyant ceux qui l'attendaient déjà. Il ouvrit son bureau et les invita à entrer.
-Bon, de quoi s'agit-il exactement ?
Xutik hésita à prendre la parole, mais Hiloy fit le premier pas :
-Je veux que Xutik devienne mon héritier d'argent.
L'homme la regarda un instant avant de demander :
-Vous savez dans quelle situation se trouve ce jeune homme actuellement ?
-Oui.
Le directeur soupira encore :
-Je ne pense pas que vous réalisiez à quel point tout cela est sérieux...
Weikom et Onfionne ricanèrent ce qui prévint l'homme de continuer. Il ne chercha plus à lutter :
-Bon, Gec-Nüj ne m'a pas encore fait part de sa décision, par conséquent, j'ai parfaitement le droit de vous donner la préférence.
Weikom passa de l'autre côté du bureau et vint murmurer à l'oreille du directeur. Le visage de celui-ci se décomposa progressivement et quand Weikom se redressa, l'homme s'empressa de bafouiller :
-Oh, non, non. Je n'ai jamais voulu sous-entendre que la volonté des Cinq puisse venir en second. J'ai la tête pleine de protocole, vous savez. C'est seulement ça. Je n'ai pas réfléchi, c'était un réflexe.
Il se racla la gorge avec gêne :
-Bien sûr, si la Cinquième veut en faire son héritier d'argent, je ne vois aucune objection. Je dois juste remplir un formulaire.
L'homme se mit à fouiller ses tiroirs. Xutik avait mal aux mains à force de serrer les poings d'angoisse. Grouille, grouille, grouille. Il lança un regard à la porte s'attendant à voir surgir Gec-Nüj et les surveillants. Rien ne laissait entendre que le directeur pencherait en faveur du nouvel héritier d'or si celui-ci débarquait, mais Xutik n'était plus sûr de rien.
C'est à cet instant que des bruits de pas se firent entendre dans le couloir. Pendant une seconde, ils s'entre-regardèrent avant que Weikom ordonne :
-Onfionne, va voir.
Le Troisième obéit. Cela ne rassura pas Xutik. Si le Second éprouvait le besoin de vérifier si c'était Gec-Nüj, c'était que même lui avait des doutes sur la façon dont le directeur réagirait. Comme celui-ci s'était figé, Oru frappa le bureau du plat de la main en même temps que Tefpiro lançait :
-Grouillez-vous, vous !
L'homme sursauta et se remit à fouiller. Il sortit enfin un papier et prit un stylo :
-J'ai juste à remplir rapidement..
Xutik eut le sentiment que le directeur était pris en otage. Il vit une goutte de sueur glisser le long de sa tempe et se demanda, finalement, ce que le Second avait pu réellement lui murmurer. Le directeur s'arrêta dans son élan pour demander :
-Il y a certaines chose sans lesquelles je ne peux rien faire, cependant. Je suis navré.
Appuyé au bureau, les bras croisés, Weikom demanda :
-Lesquelles ?
-Il vous faut des témoins.
Hiloy fit signe à Rafirin et Falibi qui s'étaient tenus sagement en retrait. Les deux héritiers d'argent se présentèrent en témoin et le directeur nota leur noms sur la feuille avant de dire :
-Pour ne rien craindre....
Il appuya sur les mots en leur jetant des regards plein de sous-entendu, avant de continuer :
-Il faut qu'il sorte d'ici en héritier d'argent. Mais il me semble que ses affaires ont été confisquées hier. Il n'a donc plus de blason, ni d'uniforme.
Personne ne se trompait sur les intentions du directeur. C'était le seul moyen pour lui de plaire aux Cinq sans risquer de se mettre le clan de Gec-Nüj sur le dos. Désolé, j'ai fait tout ce que j'ai pu, mais je ne peux pas changer les règles. Xutik fut assez fier de le voir pâlir lorsqu'il déclara :
-J'ai encore un blason, si c'est ça qu'il faut. Je l'ai caché.
Weikom fit signe aux jumeaux :
-Allez le chercher.
Xutik expliqua rapidement où le trouver et quand les Quatrièmes sortirent, le directeur tenta :
-Il reste la question de l'uniforme.
Falibi donna un coup de coude à Rafirin qui retira sa veste aux broderies d'argent pour la donner à Xutik qui l'enfila sur son T-shirt. Weikom affirma :
-Ça devrait aller pour l'instant. Non ?
Le ton n'impliquait qu'une réponse. Finissant de remplir le formulaire, le directeur hocha la tête. Quand les jumeaux revinrent, Tefpiro les informa :
-Gec-Nüj est dans le couloir. Onfionne lui tient compagnie.
Oru donna le blason à Xutik qui l'accrocha à la poche de poitrine du veston. Le directeur tendit la feuille :
-Signez en bas.
Hiloy prit la feuille en demandant :
-Nous tous ?
Le directeur se contenta de hausser les épaules. Visiblement, il renonçait. Pour plus de certitude, ils signèrent tous. Puis, Weikom sortit un autre papier de sa poche :
-Tiens, Xutik. Ça, c'est pour toi.
Pendant que le directeur faisait une copie de son propre formulaire, les Cinq faisaient signer leur exemplaire de l'union au garçon. Quand les différents documents et exemplaires furent passer de main en main et signés, ils se préparèrent à sortir.
Xutik croisa le regard de Gec-Nüj lorsqu'ils furent dans le couloir. A côté de la haute stature d'Onfionne, son ancien héritier d'argent lui semblait ridicule. Il s'étonna d'avoir pu avoir peur de lui. Le nouvel héritier d'argent se détourna sans qu'aucun sentiment ne traverse son visage. Gec-Nüj était visiblement furieux, mais refusait d'agir en présence des Cinq. Lorsque Onfionne rejoignit le groupe, le nouvel héritier d'or attendit qu'ils s'éloignent avant d'entrer dans le bureau du directeur. Tefpiro eut un sourire amusé :
-Le pauvre gars va passer une très mauvaise journée.
Hiloy posa la question qui brûlait alors les lèvres de Xutik :
-Il peut contester ce qu'il vient se passer ?
Weikom jeta un regard à la porte, dont ils s'éloignaient, en répondant :
-Il peut contester tant qu'il veut. Le directeur sait où sont ses intérêts. Au pire, je me ferais un plaisir de lui rappeler.
Tefpiro tenta :
-Tu lui as dit quoi ?
Pas de réponse. Hiloy finit par demander :
-On fait quoi maintenant ?
Le Second lui fit face :
-Nous, rien. Toi, tu te démerdes.
Il s'éloigna sans rien ajouter. Onfionne prit une autre direction, mais quand Tefpiro voulut les imiter, sa sœur le retint. Elle tapota son épaule et son frère traduisit :
-N'oublie pas de présenter le formulaire à ton professeur que le nouveau statut de Xutik soit connu.
Hiloy hocha la tête et ils s'éloignèrent. Xutik ne savait pas non plus ce qu'il était supposé faire maintenant. Rafirin marcha à sa hauteur pour lui dire :
-Je peux te prêter des uniformes en attendant que tu en ais de nouveau.
-D'accord.
Il parlait d'une voix étranglée, incapable d'ajouter le moindre mot. L'image de ses parents, tellement fiers de le voir dans son uniforme venait de lui traverser l'esprit. Des larmes lui piquèrent les yeux qu'il s'empressa d'essuyer. L'adolescent réussit à se ressaisir suffisamment pour dire :
-Mais j'ai pas d'argent pour en refaire.
Hiloy et Falibi s'alignèrent sur leur marche et la Cinquième prit la parole :
-Je peux m'en occuper. Tu connais ta taille ?
Il hocha la tête. Falibi ajouta :
-Tu devrais aller préparer tes affaires aussi. Je pense qu'un surveillant viendra te donner une nouvelle chambre. Ils ne peuvent pas te laisser sous les toits, maintenant.
-Tu veux un coup de main ?
Xutik n'avait écouté que d'une oreille discrète, mais se tourna vers Hiloy quand elle lui posa la question. Il s'étonna :
-De l'aide pour quoi ?
La Cinquième sourit :
-Pour faire tes sacs.
-Non. C'est bon. J'y vais.
Xutik allongea le pas pour les distancer. Il sentait qu'il allait se remettre à pleurer. L'adolescent craqua en montant les escaliers. Il atteignit sa petite chambre, en larme. L'héritier retira la veste de Rafirin pour la poser sur le dossier de la chaise, avant d'aller s'asseoir sur le lit. Les coudes sur les genoux, il s'essuya les joues. La crise était passée. Les yeux sur la veste, Xutik aurait dû être reconnaissant. Une part de lui l'était, mais une autre, maintenant que le soulagement d'être sauvé était retombé, se rebellait. Xutik avait été un grand héritier d'or et se retrouver dans la peau d'un simple héritier d'argent le hérissait. C'est mieux qu'esclave. Il eut beau se le répéter, le jeune homme n'arrivait pas à faire partir sa frustration. Celle-ci se mua peu à peu en colère. Pourquoi moi ? Toujours fixant la veste d'argent, il se calma soudainement lorsqu'une idée lui traversa l'esprit. Je peux le provoquer en duel. Récupérer mon clan. Destitué de son statut d'héritier, il n'en avait plus eu le droit, mais, à présent, l'adolescent pouvait tenter le coup.

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