46 - Xutik : Personne ne va venir pour moi
Xutik se leva, plein d'un nouvel espoir. Il avait grandi avec Gec-Nüj, connaissait ses techniques. Son ancien héritier d'argent ne pouvait l'emporter contre lui. Le garçon allait sortir, fit demi-tour, récupéra la veste, puis se remit en route. Il allait rejoindre l'étage inférieur quand Rafirin lui barra le passage en montant le petit escalier de bois :
-Ah. T'as fini ? Où sont tes affaires ?
Xutik le dévisagea :
-Qu'est-ce que tu fais là ?
-Ils font leur devoir. Je venais voir si tu avais besoin d'aide.
L'adolescent ne comprenait pas ce qu'ils avaient à vouloir soudainement l'aider comme ça.
-Non. J'ai un truc à faire.
Rafirin ne bougea pas :
-Autre chose que tes sacs ? Il vaut mieux que tu ne bouges pas trop pour l'instant non ?
Xutik s'avança en espérant qu'il se décalerait pour le laisser passer :
-Ce sera rapide. Il faut que je vois Gec-Nüj.
-Pourquoi ?
Le garçon s'exaspéra :
-Tu te prends pour qui à me questionner comme ça ?
Il réalisa combien sa réaction était déplacée, mais Rafirin ne broncha pas :
-Tu ne peux pas agir sans le consentement de lae Cinquième.
Le premier réflexe de Xutik fut de demander pourquoi, mais il se souvint à temps de sa situation.
-Tu veux te venger ?
Xutik se recula d'un pas et répondit d'une voix basse, sachant qu'il faisait une erreur :
-Je veux le provoquer en duel et récupérer mon clan.
Rafirin se contenta de hausser un sourcil. Sans le regarder en face, l'adolescent ajouta :
-Je n'ai plus de clan.
-Tu en as un.
Xutik grimaça :
-Je sais, mais...
L'héritier d'argent le coupa :
-Mais quoi ? Tu es le premier héritier d'argent des Cinq de toute l'histoire. Est-ce que tu réalises ?
-Non, pas vraiment.
Rafirin ajouta, ne semblant pas avoir entendu sa réponse :
-Tu es du clan Plilaz. Fais gaffe à ne pas l'humilier en t'attaquant à un héritier d'or.
Xutik eut l'impression de mieux respirer et osa lever le regard sur son interlocuteur :
-Je ne pense pas être fait pour être héritier d'argent...
Rafirin plissa les yeux, prêt à répliquer. Xutik l'en empêcha en ajoutant :
-Mais je vais essayer de ne pas faire trop de connerie.
-Donc, pas de duel.
Xutik secoua la tête.
-Un coup de main pour tes sacs ?
Le nouvel héritier d'argent tourna les talons :
-Tant que t'es là.
L'affaire fut vite vue et ils se retrouvèrent tous les deux assis sur le lit en silence pendant un moment. Xutik était plongé dans ses pensées. Il n'avait pas menti en disant qu'il ne réalisait pas bien ce que sa situation impliquait. L'adolescent commençait à peine à comprendre qu'il y avait désormais des choses qui lui étaient interdites. Mais j'ai un clan. Le clan Plilaz. Le dernier clan. Xutik n'y croyait toujours pas. En vérité, tout ce qui s'était passé plus tôt avait un goût d'irréalité. Ce n'est pas encore officiel. Il ne s'était pas attendu à une cérémonie, c'est sûr, mais le fait que son statut d'héritier d'argent lui ait été donné dans un huit clos lui faisait imaginer que Gec-Nüj pouvait encore arriver pour l'emmener.
-...Xutik ?
-Hum ?
-Je demandais si tu voulais que je retourne au bureau du directeur pour savoir où ça en est ?
Xutik haussa les épaules sans écouter. Il remarqua à peine le départ du garçon. Il ne fit pas plus attention quand il revint.
-Ils sont en train d'installer la chambre. Tu veux y aller ?
Xutik se leva, prenant ses sacs, prêt à suivre l'héritier d'argent. Rafirin tendit la main :
-Tu veux que je porte un truc ?
L'adolescent secoua la tête, les yeux au sol. Il avait encore la tête ailleurs, si bien qu'il fut surpris quand Rafirin s'arrêta au troisième étage au lieu de descendre au deuxième. Des surveillants étaient en train de sortir un bureau d'une chambre en bout de couloir. En les voyant approcher, l'un d'eux les informa :
-Nous avons bientôt terminé.
Rafirin hocha la tête :
-Mais on peut déposer les sacs ?
-Bien sûr.
Le surveillant se tourna vers Xutik :
-On serait venu vous chercher. Une fois que nous aurions fini.
Il sembla attendre une réponse, mais Xutik se contenta d'entrer dans la pièce sans rien dire. La chambre normalement prévu pour deux personnes était maintenant aménagée pour une. Lorsque les affaires prévues pour un deuxième occupant furent vidées, le surveillant qui leur avait adressé la parole dit sur un ton d'excuse :
-Nous n'avons jamais eut à installer une chambre pour l'héritier d'argent d'un des Cinq, donc on a essayé de trouver un compromis entre héritier d'argent et or.
Xutik chercha la salle de bain par réflexe, puis comprit qu'il n'y en avait pas. Une chambre pour moi tout seul, mais pas de salle de bain.
-On peut bouger les meubles pour rendre ça un peu plus...
Le nouvel héritier d'argent le coupa :
-Je vais me débrouiller.
L'homme chercha confirmation auprès de Rafirin qui lui fit signe que cela irait. Lorsqu'ils ne furent plus que tous les deux, le jeune homme demanda :
-Tu veux que je t'aide à bouger des trucs ?
Xutik aperçut le ciel d'orage derrière la fenêtre. Le néant venait de complètement reprendre sa place. Il n'y a rien dehors.
-Je vais dire aux autres où est ta chambre.
L'adolescent garda son regard vide sur la fenêtre en demandant :
-Pourquoi ?
-Parce qu'Hiloy est ton héritière d'or... enfin, plutôt de diamant, je pense.
Xutik eut soudain le sentiment d'être tout de même la propriété de quelqu'un. Il n'aimait pas ça. Se tournant, il remarqua que Rafirin n'était déjà plus là et l'adolescent sentit le néant juste derrière la porte. Personne ne va venir pour moi. Hiloy n'avait pas été ravie de se le voir imposer comme héritier d'argent et cela ne l'étonnerait pas que maintenant que les papiers étaient signés, il n'entende plus parler d'elle.
Accablé d'une fatigue soudaine, le nouvel héritier d'argent se laissa tomber sur le lit. Des coups légers à la porte le réveillèrent, mais il ne bougea pas. La dernière fois qu'il avait laissé entrer le néant, il avait finit assis sur le bord d'une fenêtre. Xutik n'était pas sûr de vouloir revivre cette expérience. La voix de Falibi finit par se faire entendre :
-Xutik ? T'es là ? T'es présentable ? On va entrer.
C'est ton héritière de diamant. Les paroles de Rafirin le forcèrent à se lever. Il savait au moins qu'il ne pouvait laisser son supérieur dehors. A pas lents, il alla ouvrir la porte pour tomber sur le visage rayonnant de Falibi et le sourire discret d'Hiloy.
-On t'a apporté les cours et les devoirs. On va t'aider à rattraper ton retard.
Xutik n'eut pas le temps de dire quoique ce soit, Falibi força le passage. Hiloy s'excusa pour elle en disant :
-On t'a fait une copie de certains cours pour que tu n'aies pas à tout recopier.
Le garçon s'écarta pour la laisser entrer. Plantée au milieu de la pièce, Falibi était perplexe :
-Ça ne fait pas un peu vide de ce côté ?
Xutik expliqua :
-Ils viennent de vider les meubles en trop. J'ai dit que je bougerais les autres moi-même.
L'héritière d'argent proposa avec espoir :
-Tu veux qu'on t'aide à emménager ?
Xutik secoua la tête, les mains dans les poches. Hiloy posa les cahiers qu'elle avait en main sur le bureau :
-On commence ?
Le garçon se gratta le crâne en répondant :
-Vous n'avez qu'à laisser ça ici. Je jetterais un œil après.
La Cinquième l'observa avec inquiétude :
-T'es sûr ?
Il hocha la tête en espérant qu'elles comprendraient le sous-entendu et partiraient. Falibi fit remarquer :
-Il peut y avoir des choses que tu ne comprends pas, ce serait peut-être mieux qu'on reste pour te donner un coup de main.
Xutik secoua encore la tête :
-Non, je viendrais vous voir si c'est le cas.
Le duo échangea un regard avant de se diriger vers la porte. Hiloy précisa :
-On a gardé les affaires dont on a besoin pour demain. On te les donnera après les cours.
Xutik continua de hocher la tête, les yeux sur la porte, calculant mentalement la distance qui le séparait d'un retour à la solitude. Quand la porte fut fermée, l'adolescent jeta un regard désintéressé aux cahiers posés sur son bureau avant d'aller se coucher. Il n'alla pas en classe le lendemain et resta la journée blottit dans son lit, laissant son ventre crier famine. Il n'aurait certainement pas bougé du tout si personne n'avait frappé à la porte.
-Quoi ?
-C'est nous.
Xutik rampa hors de son lit pour leur ouvrir, mais, cette fois, appuya son bras contre le chambranle de la porte pour prévenir Falibi d'entrer. Celle-ci se contenta de demander :
-T'as réussi à rattraper quelques cours ?
Sa réponse fut faite d'une voix éteinte :
-Pas vraiment, non.
Hiloy lui tendit les cours du jour :
-On peut te reprendre nos cahiers pour demain ? On te les rapportera si t'as pas fini.
Le nouvel héritier d'argent alla prendre le tas sur son bureau pour le leur rapporter. Ils récupérèrent ce dont ils avaient besoin et repartirent. Xutik laissa tomber les affaires au sol et retourna se coucher. Il fut absent également le lendemain, mais, cette fois, quand on vint frapper à sa porte, il ne bougea pas. Son estomac le faisait parfois souffrir, sans que cela ne le pousse à descendre au réfectoire chercher à manger. Le néant soufflait un vent froid sous la porte. L'adolescent n'arrêtait pas de frissonner.
Cependant, ce jour-là, l'on frappa à la porte bien avant la fin de la journée. Xutik leva les yeux sur le réveil. Il était près de midi. Le garçon n'avait pas l'intention de se lever, mais la porte s'ouvrit sans attendre sa réponse. D'abord inquiet que ce ne soit Gec-Nüj, le nouvel héritier d'argent se redressa. Il se laissa retomber en voyant Falibi et Rafirin.
-Comment vous êtes entrés ?
La jeune fille fit tourner une carte entre ses doigts :
-Tu es l'héritier d'argent d'Hiloy. Elle peut entrer dans ta chambre avec sa clé.
Xutik releva à peine la tête pour demander :
-Elle est où ?
Falibi se contenta de répondre :
-Occupée.
-Comment ça se fait que tu ais sa clé, alors ?
L'héritière d'argent haussa les épaules :
-Je l'ai empruntée.
Rafirin tint à préciser :
-Je voudrais que l'on sache que je n'approuve pas cette action.
Falibi haussa le ton :
-Oui, mais c'est un cas de force majeure.
Xutik reprit la parole :
-Vous êtes là pour quoi ?
Le regard pourpre de la jeune fille s'assombrit :
-A cause de toi, évidemment.
Elle prit la chaise du bureau et la rapprocha du lit avant de s'asseoir dessus. Sa gracieuse silhouette empêchait Xutik de voir la fenêtre et le néant derrière.
-Tout le monde est au courant maintenant. Lae Cinquième a un héritier d'argent, je ne te raconte pas comme cela a choqué tout le monde. Gec-Nüj n'est pas content du tout, j'aime autant te le dire.
A défaut de pouvoir regarder par la fenêtre, Xutik posa les yeux sur son réveil, comptant les secondes avant que le chiffre des minutes ne change.
-Le problème vois-tu, c'est que personne ne l'a vu cet héritier d'argent. Tu avais prévu d'humilier Hiloy dès le départ ou ça t'es venu comme ça ?
Xutik revint sur elle :
-Quoi ?
Rafirin intervint doucement :
-Je te l'ai dis, Xutik. Tu n'es plus tout seul. Chacune de tes actions a maintenant une influence sur Hiloy.
Le nouvel héritier d'argent faisait de son mieux pour essayer de comprendre :
-C'est Hiloy qui vous envoie ?
Rafirin jeta un regard en coin à Falibi qui affirma :
-Non. J'ai décidé seule. Hiloy préfère laisser les gens tranquilles. Moi, je ne suis pas si gentille. Ton absence se fait remarquer dans un mauvais sens. Des blagues ont déjà commencé à apparaître. Les Cinq peuvent se battre, pour la position, le pouvoir, mais sont incapables de savoir où se trouve leur héritier d'argent.
Xutik se redressa lentement :
-Qu'est-ce que les quatre autres ont à voir là-dedans ?
Falibi fronça les sourcils :
-Oh, je t'en prie. Tu devais bien te douter que ce qui affecte lae Cinquième finirait par retomber sur l'ensemble des Cinq.
-Pas vraiment, non. Je ne comprends pas bien ce que tu veux que je fasse.

Annotations
Versions