Bienvenue femme
Le clan des Dilandos est un clan sordide où l’espoir avait cédé sa place à la magie, le genre de pouvoir à noircir les cœurs comme une nuit sans étoiles. C’est en jetant mon regard dans celui de Rydanio, le chef, que j’ai compris que nous étions proches, très proches des nécromanciens de l’Ordre des consuls. Nous étions alors tous les cinq, je me rappelle que ce soir-là Toi, Anaëlle, avait eu peur, très peur. Mais ce soir-là tu avais été très courageuse en te rapprochant de mon grand frère qui à cet instant compris que ton cœur tremblait comme tu frissonnais dans cet endroit, dont les objets exposés étaient des conserves de formol. Dans ces bocaux la mort ne pouvait être. Les têtes de loups, les renards, les serpents, les batraciens et autres nous observèrent de leur regard animal et surtout Toi, Anaëlle, comme si tous savaient qui tu étais, mais aucun d’eux ne révélèrent leurs pensées, non aucun. Car la vie au-delà de la mort protège les forces et d’autant plus celles du cœur et surtout quand ce sont des animaux de la création. Ce soir-là, j’ai compris que tu n’étais pas une simple femme, dont le Destin était commun à celui de mon grand frère, mais plus encore. Je compris en regardant que la mort entremêlée de la vie te vénérait comme si Déesse tu étais. Mais cette pensée fut coupée par la voix grave de Rydiano :
— Je vois que vous avez un Don, grand homme.
À cela, je n’avais rien dit, rien fait, pas même bougé, juste fermé les yeux et quand je les avais rouvert j’étais ailleurs. Ce mage noir m’avait emporté avec lui dans un monde, une illusion si forte, si insidieuse, que je ne puis voir le temps passer. Alors qu’en réalité, il ne s’était écoulé que quelques secondes. Autour de moi, la terre était noire, le Soleil était blanc comme la Lune, le vent hurlant portait des poussières grisâtres qui jonchaient ce sol obscur et face à moi se tenait Rydiano dont la parole avait résonné en tout lieu. Elle était partout.
— Il faut que vous sachiez qu’en danger vous êtes, en grand danger vous êtes, partez. Partez loin de mon clan, car je pourrais tenir ceux qui sont mêlés aux forces qui vous en veulent. Partez et ne revenez jamais plus. C’est moi qui vous retrouverai.
Ce monde s’effondra comme peut s’écrouler le flanc d’une vallée déboisée, ainsi Rydiano, était un Maître des illusions si puissant qu’il avait envouté tout son clan pour que nous puissions fuir. Ce que je compris bien plus tard était qu’il nous avait dit à tous le même message, mais des lieux différents et pour Toi Anaëlle, enchanté il était et lumineux comme ton âme. Nous nous posâmes à l’orée d’un bois et l’abri de tout regard. Doyantes alluma un feu et Dryane parti chasser de quoi manger, nous avait laissés tous les quatre autour du feu, dont la chaleur et la lumière m’avaient laissé entrevoir ta beauté naturelle.
Tes cheveux marrons se mouvaient légèrement par le vent d’Est et ton visage était comme le feu chatoyant de lumière, ton regard semblait plus ambré que vert et tu pris soudain la parole en prenant soin de nous regarder tous. Mais ton regard était plus encore attiré par celui de mon grand frère, tes mots étaient simples et pleins de grâce. Tu nous avais remercié chaleureusement. Discours que tu as répété alors que Dryane revint avec un lièvre en main et Toi, Anaëlle n’avait pas hésité à dire merci à deux reprises, sans te poser de question, juste parce que l’ingratitude tu l’avais vécue au quotidien. Ainsi je vis mon grand frère veiller pour nous protéger, car de nous tous c’est lui qui dort le moins et encore moins depuis que ton Destin est lié au sien.
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Destinée
Je m’en rappelle maintenant et pour cela merci le Don, car tu m’avais appris que même dans la plus sombre des magies ou dans la plus noire des nuits que l’Espoir est là et sera toujours là. J’avais relâché ton cou, pour que je puisse en voir plus, pour que je puisse en lire plus. Enfin et cette fois-ci, avec un autre regard, moins agressif, moins arrogant et plus pur.
Je me revis à faire partie des tiens et nous sommes repartis ensemble dans le clan des Rohandes où j’avais fait la connaissance de tous.
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Le premier à s’être présenté devant moi fut Drianes, le plus jeune du clan, dont la taille m’avait vraiment impressionnée, il devait être, je crois, trop grand pour moi pour lui donner une mesure véritable, précise. Le plus étrangement c’était qu’il m’avait semblé être aussi gentil que grand, car j’avais lu dans son cœur qu’il n’avait jamais affronté d’hommes, d’ennemis. Enfin, pas encore. Dès que tous me virent, au début ils m’avaient regardé de travers. Il était vrai qu’il n’y avait pas de femmes ici. Étrange, pour un clan où n’y avait que des hommes, mais comment dire cela, j’eus compris cela que bien plus tard — les hommes ici avaient tous ou presque trouvé une femme — cela s’appelle être en amour, mais sans avoir pleinement à le vivre au quotidien.
Cela m’était resté ce mot, en amour. Puis, je ne savais pas comment ni pourquoi, mais dès que j’étais mise à regarder Cléfer, l’homme de ma délivrance, mon cœur s’était mis à me brûler, non de douleur, mais d’amour. J’avais alors détourné mes yeux verts de lui parce que j’avais l’impression de m’embraser et ce fut pour moi, ma première révélation en tant que future Flamme Destinée, celle qui m’avait donnée la force d’un guerrier, tout en ignorant que cette même force allait me détourner de l’amour, mais aussi de mon amour, celui porté à mon bien aimé, Cléfer. Celui pour qui j’aurais tout donné y compris ma vie. Sentiment que j’avais eu et je savais avec certitude qu’il était partagé. Alors quand il me regarda à son tour de ses yeux noisette, je me rappelle qu’à cet instant, j’avais ralenti le temps parce que mon cœur s’était embrasé si fort. Mais au lieu d’en signaler l’effet, il m’avait souri et le temps s’était remis à s’écouler normalement comme s’il m’avait délivrée. Puis un homme qui m’avait semblé être le Chef sortit de sa tente eut dit cela d’une voix forte :
— J’espère que bonnes sont vos nouvelles, mes frères !
Visiblement, il semblait un peu ivre au timbre de sa voix, mais sa posture ne vacillait pas, rien, il était équilibré et quand il avait mis un pied devant l’autre, je ressentis qu’en lui son cœur était souffrance, qu’en lui grand chagrin il y avait. Alors, quand il m’avait regardé à son tour, je lui avais fait un sourire comme s’il était un membre de ma famille. Je me rappelle encore qu’il avait stoppé son élan vif et qu’il s’était comme soudainement détendu, comme si je lui avais permis de se libérer du poids qui lui faisait mal, très mal. Puis il a repris sa marche cette fois en observant les membres de son clan, les saluait et les encourageait, comme un Chef en est digne. Chacun lui répondit fier en grognant. C’était viril, mais tellement attendrissant, que j’eus failli rire. Enfin et ce n’est que lorsqu’il arriva face à nous que je détournai les yeux pour ne pas rire, mais sans moqueries, simplement parce qu’il m’avait donné l’envie de rire, comme le faisait autrefois mon père. Et cette fois-ci d’une voix moins forte, il m’avait dit :
— Bienvenue femme, je me nomme Rondine du clan des Rohandes.

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