Mon père
Une nuit sans Lune, une nuit à veiller, une nuit tout entière à penser à lui, à penser à eux et à comment j’allai les retrouver. Toujours debout à la même place, je chatoyai de flammes bleuâtres pour ne pas prendre trop froid. Je regardai le ciel et je vis une étoile filante dont la trainée était restée gravée un moment dans ce ciel noir de jais, clairsemé d’étoiles, dont l’une d’entre elles m’avait semblé être plus scintillante. Et le temps passa si vite que j’eusse à peine eu le temps de me souvenir de toute notre histoire. Histoire que j’avais envie de raconter à une personne de confiance. Ainsi, j’appelai cette grande femme par son prénom, Tayhra qui ne mit pas longtemps à rappliquer :
— Vous m’avez demandé, reine Destinée ?
Je l'observais d’un regard plus chaleureux et d’un ton plus humble, je lui avais proposé :
— J'aimerais vous raconter une histoire, puis-je ?
Elle se mit aussitôt à sourire, se rapprocha sans crainte et cette fois-ci, elle me répondit humblement :
— Je serai honorée de vous entendre me raconter une histoire et plus encore… permettez-moi de m’installer à même le sol, juste pour que je puisse être le plus à l’écoute possible.
À cela, je l'interrompit et lui avais demandé ceci :
— Voulez-vous, avant je vous prie de bien vouloir inviter mes plus fidèles serviteurs et vos amis, je vous prie. Car longue sera cette histoire et je ne veux en aucun cas être dérangée par vous autres, sauf si besoin nécessaire ou encore si grande question il y aura. Faites passer le mot, revenez et prenez place sur cette même terrasse et surtout, mettez-vous à l’aise. Car je crois bien qu’ici nous ne manquons de rien. Je vous attendrai, dans l’attente laissez-moi penser cette histoire et dès que prêt vous serez, dites-le-moi.
Je ressentis en cette femme, une joie que jamais je n’avais vue… et mon cœur se remis à battre comme pour la première fois. Je plongeai de nouveau mon regard au loin et je vis le Soleil se lever et éclairer plus bas mon royaume qui s’étendait à perte de vue. La vie commençait tout juste à s’animer d’une longue nuit à espérer.
J’avais attendu la moitié d’une journée avant que tous ne puissent se libérer de leur activité, car il fallait le dire et le reconnaître, un palais tel que celui-ci demandait à toutes et tous des tâches bien précises. Pour cela, je m’étais dit que je ne prendrais que quelques heures de leur temps, car un palais sans activités est un palais sans vie. Dès lors, quand tous furent présents devant moi, je leur avais fait part de ceci — je ne prendrai qu’une ou deux heures de votre temps — le reste vous en retournerez aux vôtres.
Le Soleil était au point le plus haut dans un ciel presque sans nuages. J’avais alors proposé à tous de manger à commencer par les femmes et les hommes en second. Quant aux plus jeunes, je leur avais exigé de jeuner, à chaque fois qu’ils viendraient et s’ils désiraient m’écouter. Je leur avais faire part à eux de ceci — comme vous ne savez pas faire taire votre faim — je vous impose cela, car face à moi, je ne tolérerai aucunement que l’un d’entre vous ne me coupe la parole.
De fait, je leur avais à tous fait se préoccuper de leur faim pour qu’ils ne s’occupent d’autres choses que de cela et pour qu’enfin, il puisse écouter leur cœur et surtout pour n’être uniquement qu’à l’écoute de mon histoire. Car cette histoire est avant tout une histoire douloureuse et violente. Et quand tous ou presque eurent terminé de manger, j’avais commencé mon histoire à commencer par ma rencontre avec celui qui m’avait sauvé d’une vie misérable, d’une vie d’esclave et en eux, j’avais projeté des images à commencer par celle-ci :
— Dans la pire des souffrances existera la plus grande des espérances, mais pour que celle-ci puisse délivrer, il ne faut jamais arrêter d’y croire.
Ainsi, c’était avec cette parole que je débutai mon histoire véritable, celle d’Anaëlle Florès, avant la mienne, celle qui fait que je suis, moi la Flamme Destinée. Mais aussi celles de mes fidèles et grands amis, sans oublier mon issue, mais cette issue sera la dernière idée à laquelle je penserai. En attendant, je conterai chaque après-midi à celles et ceux qui le voudront et ce tant qu’elle ne sera pas terminée cette histoire. Le reste du temps, j’attendrai la naissance des frères Clarens… car quelque chose me dit que sans eux, je ne pourrai repartir de ce monde et même si ce monde en paix et merveilleux. Je ne peux me permettre de laisser celui d’où je viens dans l’état où je l’avais laissé.
Cette première image avait de suite captivé leur attention et je poursuivis. À chaque parole dite, à chaque mot dit, à chaque phrase alignée, je voyais dans leur esprit se représenter mon histoire :
Tout commença alors que je n’étais qu’une simple adolescente d’à peine âgé de quinze ans. J’avais la vie simple, sans encombre, j’avais mes deux parents, une vie sans douleur, rien de plus une vie pleine d’humilité. Jusqu’au jour où mon père voulut agrandir la maison pour en faire une ferme et ainsi gagner un peu de monnaie. Tout cela parce qu’il voulait plaisir à maman et lui offrir des vêtements plus nobles. Alors, mon père se mit à travailler dur, très dur pour agrandir notre petite maison. Je me rappelle qu’elle ressemblait à une cabane de pêcheur, mais en un peu plus grand. Autant dire que mon père était ambitieux. Alors, il se mit à couper des arbres, deux beaux arbres, centenaire. Je crois qu’il lui avait fallu au moins une journée par arbre à la hache. Couper un arbre à la hache pour homme comme mon père dont le physique était faiblard était un véritable défi. J’aurai même dit un calvaire, mais avec volonté et force, il en était arrivé à bout.
Je me rappelle que maman le regardait inquiète, comme si elle regrettait sa requête. Il était vrai que les habits de maman ne ressemblaient à rien si n’était qu’à des morceaux de chiffons cousus et recousus. Et le soir après que l’arbre était tombé, alors que je jouais à chasser les papillons dans le pré qui ornait notre habitation, j’entendis maman crier et papa hurler tellement plus fort que j’avais trébuché alors que je courrai pour attraper ce papillon. Inquiète, je me suis précipitée vers notre cabane et j’avais vu maman effondrée sur le plancher et en pleurs. Ce jour-là, j’en avais tellement voulu à papa que pour la première fois de ma vie, j’avais fui. Fui loin, très loin alors que la nuit commençait à tomber, alors que le froid commençait à s’annoncer. J’avais passé un bon moment dans les bois à courir, jusqu’à ne plus entendre mon père me dire de revenir.

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