Chapitre 43 - Partie 1

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Je suis arrachée au sommeil par la sensation d'une main remontant le long de ma jambe. Je me redresse aussitôt, le cœur battant, recule contre la tête de lit, les draps rabattus sur ma poitrine.

  • Tout va bien, murmure une voix familière.

Il s'assoit sur le matelas, tout près de moi. Je cligne des yeux, crispée, essayant de calmer le réflexe de fuite qui monte malgré moi.

  • Je suis désolé, j'espérais vraiment que tu ne te réveillerais pas en sursaut cette fois. C'est raté, chuchote-t-il avec un petit rire.

Ses doigts viennent encadrer mon visage, tandis qu'il pose ses lèvres sur les miennes. Le contact m'ancre à la réalité, à l'énergie solaire qu'Ameth émet en permanence et à laquelle je ne peux pas résister.

  • Tu viens prendre le petit déjeuner ? On va être en retard pour l'atelier sinon.

J’acquiesce, les épaules un peu tendue, mais incapable de retenir un sourire. Il m'embrasse à nouveau et quitte la chambre.

Je me lève, encore un peu hébétée, et enfile brassière, short et un t-shirt ample. Dans la cuisine, Ameth est également en tenue de sport, ses cheveux ébouriffés lui donnent un air encore plus lumineux qu’à l’accoutumée.

  • Tu veux du chocolat ?
  • Oui. Chaud, ce serait parfait.

Il hoche la tête, sourit, et commence à préparer des tartines pendant que je me coiffe rapidement et enfile mes baskets.

Depuis que nous nous sommes mis ensemble, tout s’est déroulé doucement : nous avons appris à nous connaître sans pression, à composer avec nos habitudes, nos fragilités. Ce n’est pas parfait, mais ça avance.

  • Il faudra qu'on discute aussi des 25 ans de Clara qui arrivent. Elle a prévu une après-midi et soirée dans un bar à jeux. Elle veut savoir si on vient ou non.
  • Evidemment ! Je lui ai trouvé une collection de serre-tête qu'elle va adorer.

La routine est simple, presque banale, et pourtant rassurante. C’est dans ces moments-là que je me rends compte à quel point j’ai appris à m'ouvrir aux autres, à me laisser approcher, sans crainte immédiate.

Le micro-ondes s'arrête dans un petit "bip".

  • Tu reviens ce soir ? demande-t-il en me tendant la tasse fumante.
  • Je ne sais pas. Il faudra au moins que je repasse chez moi récupérer des affaires et mon ordinateur.
  • D'ailleurs, puisqu'on parle de ça. Le bar n'est pas loin de chez toi…

Je détourne les yeux. Je sais déjà ce qu'il suggère.

  • Je… préfère qu’on revienne chez toi.

Il sourit, plaisante malgré sa déception évidente.

  • Il va falloir qu’on songe à te faire de la place dans un placard si on continue de passer toutes nos nuits ici.

Ça aussi, il l’a déjà évoqué plusieurs fois et j’ai toujours repoussé l’idée. Après ma première rebuffade, je n’ai pas le cœur à lui refuser ouvertement.

  • Commence par m’acheter une brosse à dents et on reparlera du placard.
  • Vraiment ?
  • Vraiment.

Il se précipite dans la salle de bain et revient avec une brosse flambant neuve dans un emballage aux couleurs pastel. J’en reste bouche bée.

  • Fais tes bagages ma belle ! lance-t-il en me la tendant.
  • D’où tu sors ça ?
  • On s’est écroulé avant que j’aie pu te la donner hier soir. Vois ça comme un signe du destin !

Il ne me lâche pas du regard, ses yeux illuminés de cette confiance et de cet espoir que je connais si bien. Je sais ce qu’ils disent, je les ai déjà lus mille fois : ses sentiments sont là, solides, tangibles. Le problème, c’est moi.

Je prends la brosse, une moue boudeuse aux lèvres.

  • Pas plus d’une étagère…, je marmonne en me laissant contaminer par son enthousiasme.

Il rit, ce petit rire qui me fait toujours flancher et me prend dans ses bras.

  • Parfait ! Une étagère pour commencer, la première d’une longue liste !

Je reste un instant blottie contre lui, respirant son parfum et me laissant aller à la chaleur de ses bras. Même si je ne sais pas toujours quoi faire de mes sentiments, sa persévérance force le respect.

  • Je vais tout de suite aller la mettre à côté de la mienne !

Il s’éclipse sans me laisser le temps de protester. Je lève les yeux au ciel, termine ma tasse et commence à ranger la cuisine, encore un peu distraite.

Le téléphone vibre sur le plan de travail. Je fronce les sourcils, étonnée : personne ne m’écrit en dehors de Ben ou de Caroline. Et ils n’ont pas l’habitude de m’écrire si tôt un dimanche matin.


Zed : Salut Maud, ça va ? Je rentre en France dans deux semaines. On pourra se voir ?


Mon cœur fait un petit saut, une multitude de sentiments se bousculent – excitation, curiosité, culpabilité. Je laisse mon regard glisser vers Ameth, prêt à partir, et son sourire insouciant, ignorant le tourbillon dans ma poitrine.

Je n’ai jamais pris le temps de dire à Zed… que j’étais avec quelqu’un. Ça a pris des semaines après notre “rencard” au ciné pour qu’on officialise quelque chose avec Ameth. Ma psy est au courant, Ben aussi bien sûr et Jona… et bien étant l’instigateur de la relation, il ne peut pas l’ignorer. Peut-être en a-t-il parlé à Zed ? Je n’ai jamais franchi le pas moi-même.

Je tape quelques mots, m’arrête, mes doigts suspendus au-dessus du clavier.

Est-ce que je dois lui dire que je suis en couple ? Non, pas encore. Je ne peux pas faire ça par SMS.

Je déglutis, consciente que je dois répondre vite, pour ne pas perturber notre matinée plus que nécessaire.


Moi : Salut Zed ! Ça va, merci. Et toi ? C’est super que tu rentres bientôt ! ^^ On pourrait se voir, oui, ça me ferait plaisir. On se tient au courant pour les détails ?


J’envoie le message et relève les yeux vers Ameth, qui me tend mon sac, le regard pétillant, sa présence rassurante. Une partie de moi sait que cette rencontre pourrait compliquer les choses, mais je décide de la mettre de côté pour l’instant.

Aujourd’hui, c’est Ameth et moi, nos amis à l’atelier de danse. Zed saura bien assez tôt que ma vie a avancé sans lui. En tout cas, j’essaie de la faire avancer sans lui.

  • Tout va bien ?
  • Oui, oui. C’était mon ami en Grèce.

Il acquiesce, sans quitter mon regard. Il n’y a ni reproche, ni ironie — juste cette attention tranquille qu’il a toujours eue.

  • Ah. Le fameux “ami” de Grèce. “Jona”, c’est ça ?
  • Oh, non. Un autre.

Un silence bref s’installe, comme s’il pesait ses mots.

  • Tu es… toute rose.
  • Il rentre bientôt, j’avoue dans un sourire franc. On ne s’est pas vu depuis des mois.

Il attrape ses clés.

  • Tu me le présenteras ?

Ça sonne comme une question. Ce n’en est pas une.

  • Bien sûr. Je ne sais pas encore quand on trouvera le temps… Mais, oui, si tu veux.

Il hoche la tête, comme si ça lui suffisait.

  • Super. Je suis curieux de le rencontrer.

Il ouvre la porte et s’efface pour me laisser passer. L’air frais me saisit, me ramène un peu à moi-même. À côté de moi, Ameth continue de parler, léger, enthousiaste, déjà plongé dans la journée. Je l’écoute à moitié, portée par sa voix plus que par ses mots.

Zed et Ameth qui se rencontrent… Je ne sais pas quelle réaction j’appréhende le plus : la leur ou la mienne ?

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