Chapitre 23

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« La psychologie humaine est très intéressante à étudier. Étant donné qu’il s’agit d’un domaine interdit au grand public, les candidats potentiels pour son apprentissage sont triés sur le volet. Il en est ainsi depuis des années, pour éviter que des esprits malsains n’en usent pour manipuler autrui. Les recherches se font donc en toute discrétion et lient par un contrat de confidentialité toutes personnes y prenant part. Pourquoi un tel engouement pour ce domaine ? La nature humaine est riche et variée, il est impossible de prédire avec certitude sa réaction – même si certains Chercheurs ont tenté d’établir des règles générales à ce propos. Sans devoir dévoiler quoique ce soit de confidentiel, il est souvent sujet des raisons qui nous poussent à faire certains actes – cela est notamment utilisé pour éclaircir les crimes ; plusieurs expériences, sondages ont été menés sur le sujet, mais, parfois, il arrive que nous nous retrouvions dans une impasse, aussi scientifique soit notre méthode. Notre inconscient nous pousse parfois à faire certaines choses surprenantes pour atteindre notre but. De manière plus poétique, les raisons du cœur sont parfois un mystère. »

Extrait d’une interview de Charles Gossman à la radio SPELL


À mon arrivée, je découvre le traditionnel panier de nourriture à l’entrée. Un tissu à carreaux le recouvre, sans doute pour éviter qu’un animal n’y trouve festin. Je souris, un remerciement silencieux et je l’emporte à l’intérieur, le serrant tout contre moi. La salle de classe est sombre. Seul le tic tac de l’horloge y résonne. Personne. Tempête a dû rentrer chez elle il y a moment déjà. Le Soleil a presque disparu à l’horizon. En y réfléchissant, j’aurais peut-être dû me hâter de rentrer pour lui dire au revoir ? Non, cela n’aurait sans doute servi à rien. Si ça se trouve, elle est partie à peine quelques minutes après moi. Piqûre au cœur. Son souvenir ravive ma conversation avec Midona. Sors de ma tête. Soupir. Je me frotte un œil. Fatiguée. La journée… a été longue et éprouvante. Après avoir soigneusement verrouillé la porte derrière moi et vérifié qu’aucune fenêtre n’était ouverte, je me décide à monter à l’étage.

L’accès est quelque peu caché. Il s’agit en fait d’un escalier pliable : on tire sur un anneau en métal au plafond et la structure s’abaisse pour révéler des marches en bois, étrangement neuves mais tout aussi grinçantes que le reste du bâtiment. Au niveau supérieur, l’état de la pièce se démarque peu de celle du dessous. Ceci dit, j’aime tout autant cet endroit – exception faite du trou dans le parquet, particulièrement vicieux. La glycine continue de s’étendre ici aussi, jusqu’au-dessus de mon lit et de la fenêtre qui le surplombe. Le seul endroit où elle est absente est le coin où sont installés la cuisinière et le lavabo. Ses fleurs s’arrêtent juste avant que le carrelage ne commence.

D’un geste rapide, j’allume la lumière, m’assieds sur mon lit, le panier à mes pieds. Je me demande bien à quoi pouvait servir cette pièce avant. Il y a bien tout le nécessaire d’un logis normal – un canapé, une table à manger et des chaises, une bassine pour se nettoyer ou prendre un bain – mais la majeure partie des murs est occupé par des étagères et du matériel en verre. Des bocaux, des instruments de mesure ou des pots avec de la terre sèche à l’intérieur. Il y a même un établi en bois avec une grande feuille de papier accrochée comme pour y dessiner un plan ou y noter des résultats.

Je m’étale sur ma couverture en patchwork – encore une donation de Martha. Monsieur Tuì n’était probablement pas qu’un simple Enseignant. Il devait mener des recherches ici, peut-être sur des plantes au vu des pots qui s’empilent par dizaine. Peut-être bien ou… Je ferme les yeux. Peu importe ce qu’il faisait ici, je ne suis pas sûre que tout ce matériel me soit d’une quelconque utilité. Je ne suis pas qualifiée pour être Chercheuse, la simple possession de cet équipement pourrait me valoir des ennuis. Enfin si ce n’est… Une idée traverse mon esprit. Oui. Si j’ai un peu de temps, je pourrais moi aussi faire grandir quelques plantes ici. Cela pourrait s’avérer utile et aussi justifier la présence de tout ce matériel. Je devrais me renseigner.

Bref. Avec un peu d’élan, je me remets sur pied. Mangeons ! Je me dirige jusqu’à une commode – un vieux meuble en bois massif sculpté –, farfouille un moment avant d’en sortir une assiette et des couverts. Encore et toujours des cadeaux de ma bienfaitrice. Il faudrait que je tienne une liste… L’ampoule au plafond n’éclaire que faiblement la pièce, il est difficile d’y voir plus que la silhouette des objets. J’imagine que je finirais par me souvenir des emplacements de tout ce qu’il y a dans cette pièce : cela réduira nettement le temps que je passe à chercher au fond de ses tiroirs. Mais cet éclairage est suffisant pour le moment. J’imagine que si je veux lire un livre tard le soir, il me suffira d’une bougie. J’installe le tout sur la table à manger. Une fois le panier posé, je m’assieds, prête à me régaler – pardonne-moi Martha, il faudra attendre encore un peu avant que je puisse te rembourser toute ta bonté. Je soulève le bord du tissu…

– Oh ! J’ai oublié le verre.

Le parquet grince sous mon poids, sous chacun de mes pas. Je chantonne un petit air. Ma main se pose sur la poignée en métal. Alors que je m’apprête à ouvrir de nouveau la commode…

Criii !

Je me fige.

Un souffle dans mon cou.

Tue-le !

Je me retourne… !

– Personne.

Mon regard dérive dans la pièce nerveusement. Pas un mouvement. Pas âme qui vive. Je passe une main tremblante sur mon visage. J’ai… j’ai dû rêver. C’est la fatigue qui me joue des tours, c’est ça. Je répète cette phrase plusieurs fois, mais je frissonne dans ma recherche d’un verre. Les assiettes et les couverts s’entrechoquent, mais je finis par mettre la main sur ce que je cherchais. J’essuie mes mains moites. Tout est normal voyons. Respire. Ce n’est qu’une fois assise que mon cœur a décidé de se calmer. Oui. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Un bâillement m’échappe. Finissons-en vite.

– Qu’est-ce que Martha m’a préparé de bon cette fois ?

Je soulève le tissu et… mes yeux s’écarquillent. Le repas est bien là, joliment emballé et sous des…

– Des pétales blancs…

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