4.6    Piauto IV, une utopie pragmatique (2)

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À cet instant, un groupe d’huissiers entre dans la salle. Avant même qu’ils arrivent à nous, nos hôtes nous indiquent qu’il faut laisser la place car une séance de conseil va se tenir dans les prochaines minutes. Les étrangers n’étant pas autorisés à assister aux délibérations, il nous faut sortir.

Encore stupéfait de sa simplicité, je jette un dernier coup d’œil sur la salle. Rien n’y indique une quelconque organisation politique ou sociale. Sans que j’aie à l’exprimer, Aimo comprend mon questionnement.

  • Comme vous avez pu le constater, explique-t-elle, il n’y a ici aucune marque qui distingue les participants. Chacun peut se placer librement dans la salle à l’exception des deux cercles de banquettes qui sont réservés aux délégués qui sont les seuls à pouvoir s’exprimer. Mais ce sont leurs seuls privilèges car les votes sont ouverts à tous les participants, la seule condition étant, bien sûr, d’habiter la cité.
  • Mais que se passe-t-il si la salle est envahie par un groupe organisé qui veut imposer ses vues ?
  • Lorsque la salle est pleine, les sociétaires qui n’ont pu rentrer peuvent suivre les débats à distance et voter à l’égal de ceux qui sont dans l’hémicycle. Mais cela n’arrive que très rarement.

Ainsi donc ici aussi des adaptations ont été portées à l’organisation du premier village, mais je sens qu’il y en a encore beaucoup d’autres et j’admire le fait que des systèmes aussi complexes puissent évoluer en tirant les leçons des expériences précédentes. Je reprends donc mes questions.

  • Combien de délégués sont appelés à siéger et comment sont-ils désignés ?
  • Ils sont une quarantaine, répartis en 5 collèges. Mais ici ce ne sont pas les métiers qui sont représentés, ce sont les catégories de population. Nous avons intégré les jeunes, ceux-ci doivent pouvoir s’exprimer et entre quatorze et vingt-deux ans, ils forment une communauté. Les femmes enceintes et les mamans d’enfants de moins de cinq ans en forment une autre. Nos anciens, de plus de soixante-cinq ans une troisième Le reste de la population se répartit entre les deux ensembles restants en fonction de leur ancienneté dans la cité.
  • Je ne comprends pas l’utilité de ces collèges puisque chacun peut voter selon sa conviction. C’est alors forcément la tendance majoritaire qui emporte la décision, quel que soit l’avis des cinq assemblées.
  • C’est exact, cependant une proposition ne peut être soumise à débat que si elle a précédemment été agrée par au moins trois des cinq collèges. Un texte consensuel est alors adopté et diffusé auprès de la population et chacun peut proposer des amendements. Ce sont eux et eux seuls qui font l’objet des débats lors des assemblées.
  • Mais il peut y avoir un nombre important de propositions d’adaptations et comment vous en sortez-vous ?
  • Chacun a ici le sens de l’intérêt commun et à partir de ce principe, évite de présenter des motions farfelues ou ineptes. Aussi en général les discussions sont enrichissantes et il arrive très souvent que des révisions soient intégrées au texte final.

Décidemment, cette ville est surprenante, ses habitants semblent avoir un sens de l’équilibre et du bien commun tout à fait extraordinaire. Alors que je m’apprête à poursuivre mes investigations, un homme d’une vingtaine d’années nous rejoint en courant.

  • Antainu, lance-t-il avant même de nous atteindre, nos premiers agents sont de retour, il semble qu’ils aient des informations très importantes. Venez vite !

Sans avoir besoin de nous concerter, nous entamons tous les quatre une course débridée pour le rejoindre et le suivre vers le bâtiment que nous avions visité peu de temps auparavant. Tous un peu essoufflés, nous nous retrouvons devant la porte principale et rapidement rejoignons le poste de supervision où nous avions pu découvrir les cartes de la région. Nous ne nous y arrêtons pas et pénétrons dans la pièce suivante qui s’organise autour d’une énorme table de bois blond. Plus d’une trentaine de chaises l’entoure sur deux rangées. Dans l’angle opposé, face à une carte qui recouvre tout un pan de mur, quatre personnes, deux hommes et deux femmes, échangent de façon animée en désignant des points sur le plan. Elles s’interrompent dès que nous pénétrons dans la salle.

Si je reconnais Sanchun Yaton le responsable du renseignement, les trois autres me sont inconnus. Tous trois ont l’air profondément fatigués et meurtris probablement du fait du long et dangereux voyage qu’ils viennent d’entreprendre pour revenir ici.

Sanchun affiche lui une étrange expression où l’on peut lire à la fois espérance et inquiétude.

  • Nos efforts ont été récompensés s’exclame-t-il. Nous savons où ils sont ! Mais il va falloir faire vite et fort si l’on veut les sauver !

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