La Capture
La lumière de fin d’après-midi se faufilait à travers les tôles éventrées du hangar, découpant le béton en stries pâles et froides. Une clarté sans chaleur, malade. L’air était saturé de rouille, de poussière figée. Chaque inspiration râpait la gorge.
Marc avançait collé au mur. Respiration basse. Il comptait tout : les angles morts, les ombres épaisses, les secondes qui s’étiraient. Ici, le silence n’était pas une absence. C’était une mécanique. Un piège déjà armé. La porte du fond était entrouverte. Il s’approcha lentement.
Le canon surgit dans son champ de vision.
- Vous pensiez vraiment que ça serait aussi simple ?
Valmont. La voix était calme, aucune tension inutile. La voix d’un homme qui n’improvise jamais.
- Les mains sur la tête, lentement - un temps -, sinon je vous explose le crâne.
Marc obéit. Sans discuter. Les mains montèrent, le regard resta fixé sur Valmont. Le sourire du psychologue n’avait rien de victorieux. Il était clinique, le sourire d’un diagnostic posé depuis longtemps. Une masse le percuta par-derrière. Une clé sèche, une pression brutale sur la nuque. Les menottes claquèrent. On le projeta sur une chaise métallique. Les sangles suivirent, serrées avec méthode, sans colère, sans précipitation.
Un protocole. Toujours le protocole.
Valmont tourna autour de lui, lentement, comme lors d’un entretien d’évaluation.
- Vous savez ce que j’ai toujours trouvé fascinant chez les policiers ?
Il s’arrêta derrière lui.
- Vous cherchez la vérité… mais vous n’êtes jamais prêts à vivre avec ce qu’elle implique.
Il fit un signe bref à son homme de main.
- Va voir dehors. Il était avec une femme tout à l’heure.
Puis il revint face à Marc.
- Groupe sanguin ?
Marc serra les dents. Ne répondit pas. Valmont haussa légèrement les épaules.
- Peu importe. Aujourd’hui, tout se vend.
Marc releva la tête malgré la brûlure dans ses poignets.
- De quoi tu parles… bordel ?
Le regard de Valmont se durcit. Plus de sourire. Plus de masque.
- On ne va pas vous tuer, - une pause -, pas tout de suite.
Il se pencha, réduisant l’espace jusqu’à l’étouffement.
- On va vous prélever.
Chaque mot tomba avec précision.
- Cœur, reins, cornées. Tout ce qui a une valeur, - un souffle -, c’est propre, rentable, et surtout… discret.
Marc ricana, malgré la douleur.
- Pas si discret que ça, sinon je ne serais pas là.
Valmont ne réagit pas.
- Vous avez mis le nez dans une chaîne très bien huilée.
À l’extérieur, l’homme de main s'approcha de la voiture de Marc. Il ouvrit la portière. Vide. Il aperçut alors une seconde voiture, un peu plus loin. Celle de Clara. Il fit le tour, posa la main sur la poignée. Il n’eut pas le temps de comprendre. La branche s’abattit sur l’arrière de son crâne dans un craquement sourd. Son corps s’effondra sans un cri. Clara récupéra l’arme avant même qu’il ne touche le sol. Elle traîna le corps hors de vue, inspira une seconde, puis entra dans le hangar.
Valmont parlait encore.
- Un corbillard arrive.
Il regardait Marc.
- Direction notre laboratoire. Personne ne posera de questions, - un sourire bref -, comme pour les autres.
- Lâche ton arme, la voix de Clara claqua derrière lui. Sans la moindre hésitation.
Valmont se retourna. Une fraction de seconde. Assez pour tenter de lever son pistolet.
Deux coups. Le premier pulvérisa son épaule, le second le frappa en pleine poitrine. Valmont s’effondra lourdement, sans un cri, les yeux grands ouverts, figés dans une surprise presque enfantine. Comme s’il n’avait jamais envisagé cette issue.
Clara se précipita vers Marc. Les sangles cédèrent. Il se leva difficilement, le corps encore engourdi.
- On reste, dit-il, un corbillard arrive, on va l’utiliser pour s’infiltrer.
Marc, ramassa l'arme de Valmont. Ils se mirent en position, armes levées, à l’écoute. Dehors, la lumière déclinait lentement, et avec elle, la dernière illusion que cette affaire pouvait encore être contenue.
Ce qu’ils venaient de mettre au jour ne retournerait pas dans l’ombre.
Pas cette fois.

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